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28.3.06

Interview de Christian Harbulot : guerre économique, intelligence économique en France

VTech

Je remercie Mr Christian Harbulot, pour avoir accepté de conduire cette interview via mail, et je vous laisse avec la suite. Bonne lecture !

Vous êtes le pionnier français de l'approche "guerrière" de l'intelligence économique, pouvez vous nous expliquer le vocabulaire employé en France : intelligence économique, guerre économique, espionnage économique et dernièrement patriotisme économique

Pour une approche exhaustive de ces définitions, il est bon de consulter le référentiel sur l’Intelligence économique qui a été réalisé sous l’égide d’Alain Juillet. Nous attendons toujours qu’il soit officialisé selon les critères administratifs appliqués par le Secrétariat Général de la Défense Nationale. N’oublions pas que le mandat donné par l’ancien Premier Ministre Raffarin à Alain Juillet portait en priorité sur la formation. Espérons que l’actuel Premier Ministre Dominique de Villepin soit assez énergique auprès de sa haute administration pour se faire obéir sur ce point crucial.

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27.3.06

Etude EGE : Les retraites françaises en danger

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L’unité occidentale, née après la seconde guerre mondiale, s’est constituée autour de valeurs communes telles que la notion d’Etat-Providence dont l’un des principaux piliers est l’assurance-vieillesse. L’une des réformes les plus emblématiques du Gouvernement de Libération fut ainsi la mise en place du régime général de retraite, par l’ordonnance de 1945.

Etude EGE : L'investissement socialement responsable

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Comment l’entreprise doit-elle aborder l’investissement socialement responsable (ISR), sur le mode du marketing pur ou plus en profondeur ? Doit-elle subir l’ISR, ou le considérer à la fois comme outil et vecteur de développement ? Pour y répondre, elle va devoir se pencher sur sa définition, sur ses implications, sur les failles de son système, sur ses risques et donc sur ses enjeux.

Le Paraguay, nouvelle tête de pont des Etats-Unis en Amérique du sud

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La récente implantation militaire des Etats-Unis au Paraguay n’a pas suscité un grand intérêt de la part des médias locaux et internationaux. Pourtant, cet engagement militaire dans cette zone revêt une dimension hautement stratégique. Pour l'heure, les Etats-Unis et le Paraguay ont signé un accord militaire permettant l'entrée de 400 marines sur une période s'étalant de juin 2005 à janvier 2007. Mais, une fois établies, il est rare de voir les forces américaines quitter leurs positions à l'étranger. La capacité d'accueil de la base aérienne de Mariscal Estigarribia pourrait rapidement passer à 10.000 hommes. Le choix de ces installations n’est pas anodin car la position géographique de la base présente plusieurs avantages.
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Mouvements stratégiques dans le secteur du nickel

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Après l’échéance du 31 Décembre dernier sur les prises de positions des grands acteurs du nickel calédonien sur le projet d’usine du nord en Calédonie, le paysage minier ressent plus que jamais les mouvements stratégiques que lui imposent ses principales industries, présentes ou non sur le Territoire. Ainsi, les antagonismes entre le canadien Falconbridge et le français SLN (filiale d’Eramet) ne cessent d’être alimentés par les atouts régulièrement sortis des mains de l’une ou l’autre des organisations. En outre, le contexte n’est pas simplifié par l’OPA lancée par le groupe Inco (déjà présent dans le sud de la Calédonie via sa filiale Goro Nickel) sur son compatriote Falconbridge. Ce dernier est le bénéficiaire, via la SMSP (société minière dans le nord de la Grande Terre) des titres de propriété du massif du Koniambo, futur site d’exploitation de l’usine du nord.
La grille de lecture de l’environnement présente ainsi des nœuds de complexité de plus en plus nombreux.
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5.3.06

Sécurité Informatique, Nouvelles technologies, Enjeux de Puissance

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"La sécurité de l’information constitue un enjeu majeur au vu du contexte de guerre économique afin de protéger la connaissance.
Face à ces conflits géoéconomiques, des mesures et moyens techniques répondent à leur besoin de perdurer et de vaincre sur le marché de la concurrence.
Cette haute sécurité informatique et technologique devient alors indispensable dans le cadre de la protection de la connaissance d’une grande puissance. "

Les enjeux de l’OPA de Mittal Steel sur Arcelor

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"Il y a un mois, son nom n’était connu que de quelques initiés du monde de l’acier. Aujourd’hui, après l’annonce d’une OPA, Lakshmi Mittal est devenu l’homme dont tout le monde parle. Il réussit à faire frémir le conseil d’administration d’Arcelor, les gouvernements français, espagnols et luxembourgeois et les institutions juridiques américaines. Arcelor, fleuron industriel européen, se voit aujourd’hui attaquer sur ses produits phares : les aciers à forte valeur ajoutée, matière première utilisée dans l’automobile, la construction, l’électroménager, l’emballage et l’industrie. Les intérêts stratégiques de la France sont ici menacés. "

Les incohérences des ONG en matière d’énergie

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"La signature du protocole de Kyoto est peut-être la plus grande victoire des ONG préoccupées par la défense de l’environnement. Il s’agit de l’engagement des Etats à réduire leurs émissions de gaz a effet de serre. Mais cet engagement pourrait par manque d’anticipation et de réalisme avoir des conséquences inattendues.
En effet le principal gaz à effet de serre est le dioxyde de carbone, il est produit lors de la combustion de carbone fossile (pétrole, charbon, gaz), phénomène intéressant, la courbe des rejets de CO2 suit très exactement la courbe de croissance des économies, le CO2 est un sous-produit de la production d’énergie, donc de l’activité humaine. "

27.2.06

Le partenariat public-privé, facteur clé de succès de la stratégie de puissance

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« Tout ce qui est bon pour la General Motors est bon pour les Etats-Unis et tout ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour la General Motors. »
(A quand une réalité française ? Ndlr)

En vue de l’affirmation de la puissance française, il est aujourd’hui devenu impératif de préciser et mettre en pratique une véritable stratégie d’ensemble, une unité d’action et de dialogue, une politique d’influence pour la France. Celle-ci doit coordonner, de manière volontariste, l’ensemble des acteurs économiques : Etat et entreprises. Un des enjeux majeurs est donc la réussite des partenariats entre les entités publique et privée. En quoi le partenariat public-privé peut-il être l’un des facteurs clé de succès de la stratégie de puissance française ? Nous tenterons de répondre à cette problématique en avançant des arguments susceptibles de soutenir et justifier cette thèse : premièrement, la dynamique de la mondialisation, entre interdépendance et affrontements ; deuxièmement, les points de convergence entre les sphères publique et privée ; enfin, une culture de la coopération à développer, par le biais d’exemples de réussite de partenariats public-privé.

Les stratégies de puissance du Royaume-Uni au sein des institutions européennes

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L’échec de la candidature de Paris face à Londres pour les Jeux Olympiques de 2012 a mis en évidence une nouvelle fois l’efficacité des stratégies d’influence déployées par le Royaume-Uni; et ce particulièrement en vue de la « supériorité incontestable » au plan technique de la candidature parisienne. L’objet de cet article est de mettre en exergue la permanence des stratégies de puissance du Royaume-Uni sur la scène européenne ainsi que les moyens utilisés à cette fin. En effet, le Royaume-Uni qui sur l’échiquier géostratégique se place à la fois (du fait de son histoire et de sa culture) du coté des Etats-Unis mais aussi et de façon croissante sur la scène européenne a mis en place une stratégie étatique cohérente et concertée afin de défendre au mieux ses intérêts à Bruxelles.

L’Europe sans politique énergétique ?

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Après la déclaration du Président Bush, qui annonçait dernièrement que les Etats-Unis s’employaient à ne plus dépendre du pétrole du Moyen Orient à moyen terme, la Suède vient de présenter son programme de sortie du pétrole à l’objectif 2020. Elle veut être le premier pays à ne plus dépendre des hydrocarbures (cf. The Guardian, 8 février 2006). Ceci, autant pour des raisons écologiques qu’économiques. C’est le refus de rester sous la menace permanente d’une flambée des cours, après avoir encaissé depuis 1996, comme le reste du monde, une augmentation exponentielle des prix du brut. D’autres pays s’engagent sur cette même voie : l’Islande, avec la conversion de sa flotte automobile et maritime à l’hydrogène, le Brésil, avec le développement de l’éthanol.

Les incohérences des ONG en matière d’énergie

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La signature du protocole de Kyoto est peut-être la plus grande victoire des ONG préoccupées par la défense de l’environnement. Il s’agit de l’engagement des Etats à réduire leurs émissions de gaz a effet de serre. Mais cet engagement pourrait par manque d’anticipation et de réalisme avoir des conséquences inattendues.
En effet le principal gaz à effet de serre est le dioxyde de carbone, il est produit lors de la combustion de carbone fossile (pétrole, charbon, gaz), phénomène intéressant, la courbe des rejets de CO2 suit très exactement la courbe de croissance des économies, le CO2 est un sous-produit de la production d’énergie, donc de l’activité humaine.

Stratégies d’Intelligence Economique Les Enjeux pour Rhône-Alpes

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Les étudiants du Master 2 professionnel de Science politique, spécialité Intelligence économique et stratégique, de l’Université Jean Moulin Lyon 3 organisent le 30 mars 2006 à La Cité des entreprises (Lyon, 8e arr.) un colloque intitulé « Stratégies d’Intelligence Economique Les Enjeux pour Rhône-Alpes » dont Infoguerre.com est partenaire.

17.2.06

Le partenariat public-privé, facteur clé de succès de la stratégie de puissance

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« Tout ce qui est bon pour la General Motors est bon pour les
Etats-Unis et tout ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour la
General Motors.
»
(A quand une réalité française ? Ndlr)

En
vue de l’affirmation de la puissance française, il est aujourd’hui
devenu impératif de préciser et mettre en pratique une véritable
stratégie d’ensemble, une unité d’action et de dialogue, une politique
d’influence pour la France. Celle-ci doit coordonner, de manière
volontariste, l’ensemble des acteurs économiques : Etat et entreprises.
Un des enjeux majeurs est donc la réussite des partenariats entre les
entités publique et privée. En quoi le partenariat public-privé peut-il
être l’un des facteurs clé de succès de la stratégie de puissance
française ? Nous tenterons de répondre à cette problématique en
avançant des arguments susceptibles de soutenir et justifier cette
thèse : premièrement, la dynamique de la mondialisation, entre
interdépendance et affrontements ; deuxièmement, les points de
convergence entre les sphères publique et privée ; enfin, une culture
de la coopération à développer, par le biais d’exemples de réussite de
partenariats public-privé.

13.2.06

Telesur : la contre-attaque latino américaine face à l’hégémonie médiatique étasunienne

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« ¡ALCA, ALCA, ALCArajo ! (1)» C’est en novembre dernier, depuis Mar de Plata où se tient le sommet des Amériques, que le président Vénézuelien Hugo Chávez fustige à renfort de discours populiste « le criminel Bush et son projet de zone de libre échange des Amériques (ALCA) ». Il ne manque pas d’ajouter à la fin de son intervention « nous sommes en direct sur Telesur, notre chaîne à tous, et c’est dans tout le continent que résonne notre message » (2).

Telesur est une nouvelle venue dans le paysage audiovisuel mondial. Lancée le 24 mai 2005 à partir de Caracas, cette chaîne satellitaire diffusée sur l’ensemble du continent sud-américain s’affiche comme une alternative aux autres bouquets numériques déjà disponibles en Amérique latine. La chaîne avec son slogan « notre nord, c’est le sud », se veut être la caisse de résonance de l’identité latino, en opposition à ses concurrents financés par des capitaux nord-américains.

C’est en examinant la question de la propriété des chaînes que l’on prend conscience de l’hégémonie des multinationales nord-américaines sur les médias télévisés latinos américains. Ainsi, CNN en Español appartient à Time/Warner, ABC Latina à Disney/Capcities, NBC à General Electric et enfin CBS à Westinghouse. Le Cisneros Group, propriétaire de Galaxy Latin America qui diffuse la chaîne Direct TV est le seul latino américain sur ce marché, mais il est tout de même associé à l’américain GM Hughes Electronic Corp (3).

Suite à ce constat, de nombreux journalistes ont envisagé de créer une chaîne « 100% » latino, disponible dans tous les pays hispanophone d’Amérique et des Caraïbes. Le chef de file de ce qui n’est encore qu’un projet s’appelle Aram Aharonian. C’est un journaliste uruguayen de renom à la tête du mensuel « Question » et de l’agence de presse uruguayenne Alia2. Il est aussi le rédacteur en chef de la version hispanophone du site « réseau Voltaire ».

Il existe chez les initiateurs du projet une volonté avérée d’aller contre l’information et la pensée uniques. L’autre grand objectif étant de forger chez les latino-américains une identité commune à travers la diffusion de documentaires et de reportages qui traitent de thématiques culturelles propres au continent.
Aharonian ainsi que le reporter colombien Jorge Botero, autre fondateur, définissent Telesur comme « le premier projet contre hégémonique de communication que connaît l’Amérique du Sud en matière de télévision » (4).

Mais un projet d’une telle envergure nécessite à la fois un soutient politique conséquent ainsi qu’un financement à la hauteur des ambitions affichées.
Le Président Hugo Chávez se montre sensible à l’idée et a fait du lancement de Telesur une priorité pour l’année 2005. Dans son sillage, les dirigeants argentin, brésilien et uruguayen adhèrent au projet, tout comme Fidel Castro qui propose lui, d’apporter une partie du capital. Ainsi, le financement de Telesur provient à 51 % du Venezuela, à 20 % de l'Argentine, à 19 % de Cuba et à 10 % de l'Uruguay (5).
Malgré un budget s'élevant à peine à 10 millions de dollars pour la première année, Telesur nourrit de grandes ambitions, puisque sont visés 50 à 60 millions de téléspectateurs de toutes les Amériques, du Québec à la Terre de Feu. La seconde phase de développement aura pour objectif d’élargir la diffusion au réseau hertzien, au câble et à l'Internet (6).

Telesur représente un exemple fort d’une tentative commune aux Etats sud-américains consistant à contrecarrer l’influence américaine sur le continent. Ce n’est pas le seul. En effet, le projet MERCOSUR auquel le Venezuela est sur le point d’adhérer (7), et qui pourrait bientôt devenir plus qu’une simple zone de libre échange, répond également à cette logique. Forger une identité commune permettrait de fédérer ces peuples autour d’un projet politique amenant l’Amérique latine à jouer un rôle sur la scène internationale et de sortir à terme, de sa soumission à la « Pax Americana » décrite par Brzezinski (8) (l’ALCA représentant la première étape d’une vassalisation totale de cet ensemble continental par les Etats-Unis).
Ce projet est donc mal accueilli par Washington, pour qui Telesur constitue avant tout un outil de propagande au service de l’idéal Bolivarien soutenu par Chavez. Les Etats-Unis voient en cette chaîne un nouvel élément perturbateur du type « Al-Jazira ». Aux vues des intentions affichées par George W. Bush quant à cette dernière (9), on peut supposer que Telesur suscite déjà une grande hostilité au sein de l’administration de la Maison Blanche.
La chambre des représentants a d’ailleurs voté, avant même que Telesur ne soit lancée, une résolution autorisant à contrer ses programmes via des émissions proaméricaines, prenant ainsi modèle sur la « Tele Marti » à Cuba (10).
Par cet exemple, on peut affirmer que certains Etats sud-américains, à travers ce type de projet, sont prêts à mener des opérations de front visant à limiter voire même à contrer l’influence américaine. Mais les Etats-Unis, très réactifs face à ce genre d’initiative, sont déterminés à garder la mainmise sur ce continent et il faudra plus qu’une simple chaîne pour remettre en cause leur suprématie.

Jean-Marie Lécuyer
EGE, Promo 9


1) Jeux de mots en espagnol, utilisé par Hugo Chávez, consistant à décrier vulgairement le projet de zone de libre échange des Amériques.
2) http://www.tn24horas.com, télévision argentine sur Internet, 4 novembre 2005.
3) http://www.redvoltaire.net.
4) Pietrich B. « TeleSur, con capital de varios países, un proyecto contrahegemónico de televisión en América Latina », Alia2, 2005.
5) Bastien, D. « Le président vénézuélien Hugo Chavez pousse ses pions en Amérique latine »Les Echos, 19 août 2005.
6) Meurisse, F. « Telesur, la télé du Sud sous surveillance », Libération, 24 juin 2005.
7) « Le Venezuela rejoint le MERCOSUR », La Tribune, 12 décembre 2005.
8) Brzezinski, S. « Le grand échiquier : l’Amérique et le reste du monde », Hachette Littératures, Paris, 1997, 272 pages.
9) « Bush a envisagé de bombarder Al-Jazira » (Daily Mirror) », Agence France Presse, 22 Novembre 2005.
10) Sreeharsha, V., “Telesur tested by Chavez video” Christian Science Monitor, 22 novembre 2005.

La diversité culturelle : Les enjeux et les affrontements

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Le vote du projet de convention de l'UNESCO pour la protection et la promotion de la diversité culturelle a été adopté par 151 pays, les États-Unis et Israël, ayant voté contre. En Octobre 2005, le texte était débattu devant la commission culture, avant d'être soumis au vote des délégués des 191 membres de l’Unesco, réunis à Paris pour la 33e conférence générale. La convention, qui devra être ratifiée par 30 pays pour avoir force de loi, passera par un processus long.

L’objectif du texte est de protéger la diversité culturelle, promouvoir les traditions ethniques et langues minoritaires, et de protéger les cultures locales des impacts négatifs liés à la mondialisation. Ce document vise à ne pas soumettre l'ensemble des biens et des industries culturelles aux décisions de l'Organisation mondiale du commerce (l'OMC) et au principe de la concurrence libre et non faussée, faisant ainsi de la culture une exception pouvant être subventionnée par les Etats. Cette Convention aurait une portée contraignante pour les Etats signataires qui pourraient s'en prévaloir lors des discussions à l’OMC qui concernent les produits culturels.

L’article 1, de la convention, confirme "le droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures appropriées en vue de la protection et de la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire". L’article 20 stipule que cette convention est "non subordonnée" aux autres traités internationaux. Elle a le même poids que les règles de l’OMC. Chacun est donc libre de ces choix dans ses politiques pour protéger sa culture à l’aide de subventions, quotas et mesures fiscales.

Les seules règles du marché appliquées au secteur culturel serait synonyme d'une homogénéisation ou d’une uniformisation des cultures au profit des modèles culturels dominants, fondées sur une logique marchande qui exclurait l'expression des cultures « moins rentables ». Le danger serait de voir les citoyens de chaque pays adopter les manières de penser et de vivre des Américains selon le concept de « Social Learning ». La position dominante des États-Unis en matière culturelle serait alors assurée et renforcée.

Les luttes au sein de l’Unesco pour créer ou non un instrument juridique contraignant et qui protégera la diversité culturelle reflètent clairement une guerre économique menée par les Américains. Celle-ci tient au fait, que pour eux, il faut faire reconnaître les biens et services culturels comme pouvant être soumis aux règles usuelles du commerce.

Le 1er bilan que l’on peut faire du vote de ce projet de convention est que les Etats Unis auront été abandonnés par leurs fidèles alliés : la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Mexique, l'Argentine, le Guatemala, et le Japon. Seul Israël a voté contre ce projet de convention et le Japon, l'Australie et Israël ont exprimé des réticences, au nom de la liberté des échanges. Selon le journaliste Maurice Ulrich, « la position de l'Union européenne est allée en faveur de l'adoption du texte. On peut sans doute y lire une volonté d'exister face aux États-Unis en matière culturelle ». Les représentants de la Chine et de la Russie, ont soutenu avec force le texte. Et pour la Mauritanie, il constituerait "un véritable antidote contre la mondialisation".

Pour les Américains, le texte de la convention ferait « capoter les progrès vers une mondialisation du commerce sous l'égide de l'OMC ». 27 amendements ont été déposés pour essayer de vider le texte d'une partie de sa substance. Auparavant, Condoleeza Rice avait même évoqué une rupture, soit un retrait des États-Unis de l'UNESCO. Elle a aussi adressé une lettre à tous les ministres des Affaires étrangères leur demandant de prolonger la discussion sur le projet.

Pour de nombreux pays, l’attitude des Etats-Unis n’a rien de surprenante. Certains affirment que « si ils ont réintégré l’Unesco en octobre 2004, après 19 ans de boycottage, c’est justement dans le but manifeste d’empêcher l’aboutissement d’une telle convention. » La bataille pourrait alors se prolonger au moment de la ratification. Ils pourraient exercer des pressions sur certains Etats pour qu'ils ne ratifient pas la Convention. En effet, l'article 20.2 qui précise que «rien dans la présente convention ne peut être interprété comme modifiant les droits et obligations des parties au titre d'autres traités auxquels elles sont parties» est une faiblesse du projet de la convention.

Certains observateurs craignent que les États-Unis ne profitent de cette clause pour multiplier les accords bilatéraux avec d'autres pays, ce qui affaiblirait la convention. Selon Robert Pilon, membre de la coalition pour la diversité culturelle, « les Américains établissent des précédents dans chaque continent et forcent successivement les gouvernements à renoncer, le plus possible, à leur souveraineté sur leur politique culturelle. Généralement, ils leur suffisent de baisser les droits de douane sur certains produits que les pays souhaitent exporter afin d’obtenir le maximum de libéralisation de services ». Malgré les efforts de la France pour empêcher que le Cambodge fasse une offre de libéralisation de ses industries culturelles, rien n’a pu être évité.

"En ce moment, au Burkina Faso ou au Bénin, des diplomates américains mènent un intense travail de lobbying. Ils n’hésitent pas à proposer de rédiger les offres commerciales à la place des représentants africains pour les accords bilatéraux", ajoute François Loos. Jean Musitelli, lui, précise que « dans certains pays d’Europe de l’Est ou au Vietnam, les Américains ont équipé le territoire en salles de cinéma ». Ils essaient de soigner leur image en faisant venir des vedettes hollywoodiennes pour l’inauguration de multiplexes. Il y a aussi des pressions américaines sur le Maroc. Ils proposaient d’ouvrir leur marché aux produits agricoles marocains. En contrepartie, le Maroc devait s’engager à renoncer à sa souveraineté sur ses industries culturelles.

On voit donc les enjeux que suscite la diversité culturelle pour les différents acteurs. La convention, qui devra être ratifiée par 30 pays pour être performante, est le théâtre d’affrontements et de jeux d’influence. Il s’agit maintenant de convaincre que la ratification officielle doit suivre. La France, le Canada, le Québec et l’Espagne mobilisent leur réseau diplomatique dans cette voie. L’adoption de la convention semble acquise mais plus il y aura de pays qui refuseront le mécanisme, moins le traité sera performant, ce qui aura pour conséquence d’avoir une jurisprudence internationale en droit culturel affaiblie.

Martin Mollet

Taiwan face à la Chine : de la difficulté de maintenir une puissance taiwanaise

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« Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois !» : voilà la phrase tant redoutée par les indépendantistes de Formose. Après la défaite de l’armée de Chiang Kai-Sek par les troupes communistes de Mao, Taiwan devint le refuge des nationalistes. Le 8 décembre 1949, le général Jiang Jieshi établissait officiellement le gouvernement nationaliste de la Chine à Taipei ; En 1951 les USA reconnurent ce gouvernement comme le seul gouvernement légal de la Chine, faisant ainsi un affront à la République Populaire de Chine, à l’époque explicable par l’hostilité entre les deux « blocs ».

Depuis, la complexification des relations internationales et l’émergence économique de la Chine ont poussé une majorité de pays à considérer Taiwan comme faisant partie intégrante de l’Empire du Milieu. Face à cela, Formose, partagée en son sein entre les défenseurs du rapprochement avec la Chine, et les fervents indépendantistes qui entendent bien faire de Taiwan un Etat souverain tente de se faire une place sur la scène internationale!
Petit île d’une vingtaine de millions d’habitants face à un empire de plus d’un milliard trois cent millions d’habitants bien déterminé à procédé à la réunification des territoires « chinois » après Hong Kong et Macao, Taiwan se trouve face à une double dilemme : d’une part parvenir à affirmer sa souveraineté auprès de la communauté internationale sans pour autant déclencher des hostilités militaires de la part de la Chine, et d’autre part, préserver ses intérêts économiques étant donné la forte imbrication de son économie et des investissements taiwanais sur le sol chinois.

Obtenir un siège à l’ONU revient à se voir reconnaître la souveraineté de son Etat par la communauté internationale. Or, le Vatican et Taiwan sont les deux seules entités à ne pas avoir de siège à l’ONU. Depuis 1971, l’expulsion de Taiwan des Nations unies et la reconnaissance de la République Populaire de Chine comme étant la représentante légitime de la Chine, a porté un rude coup aux revendications indépendantistes de Formose. L’île tente ainsi depuis de nombreuses années de récupérer sa place au sein de la Communauté internationale en combinant deux stratégies majeures : l’une consiste à effectuer un lobbying intensif auprès de Washington, en particulier via la FAPA (Formosan Association for Public Affairs) et en s’entourant d’alliés apportant leur soutien pour la constitution d’un comité d’étude chargé de discuter du problème de la représentation de la République de Chine à l’ONU. Ses alliés sont constitués en majeure partie de pays en développement. On retrouve des pays tels que le Burkina Faso, le Nicaragua, le Honduras, la Gambie, le Tchad… et le soutien financier de Taiwan n’est pas anodin dans cette prise de position. Des coopérations avantageuses pour ces pays sont offertes par Taiwan, et l’on peut noter l’exemple de novembre 2005, lors de la conférence de l’OMC, du remerciement chaleureux de Pascal Lamy envers Taiwan pour les 20 000 dollars américains (environ 670 000 dollars taiwanais) dont l’île venait de faire don afin d’aider à financer la participation des pays les moins avancés (PMA). Dans le même cadre, Taiwan incite explicitement ses entreprises à investir au sein de ces pays. Seulement, la place de la Chine sur le marché mondial se faisant grandissante, Taiwan perd du terrain, notamment en Afrique lorsque l’on voit par exemple le Sénégal qui en octobre 2005, change de discours et de position en affirmant que Formose fait « partie intégrante du territoire chinois ».
Les refus constants d’ouverture de dossier de la part de l’ONU fragilise les espoirs du gouvernement taiwanais pour une reconnaissance à court terme de leur souveraineté d’autant plus que dans la configuration actuelle, aucun gouvernement n’a intérêt à s’attirer le courroux de la Chine en remettant en cause l’appartenance de l’île au territoire chinois.

L’Empire du Milieu d’ailleurs met en oeuvre une stratégie d’isolement vis-à-vis de Taiwan, soit par la voie diplomatique comme nous venons de le voir, soit par la voie économique. On peut le noter par exemple lors de l’accord en 2002 (prenant effet mi 2004) concernant l’abaissement des droits de douanes et l’encouragement d’investissements croisés entre la Chine et l’ASEAN dont Taiwan ne fait pas partie. Formose voit en cela bien évidemment un risque de marginalisation au sein des échanges économique de la région, mais préfère l’observer sous un angle différent : d’une part l’île effectue des pactes économiques séparés avec des pays membres, et d’autres part, la proportion d’investisseurs taiwanais présent sur le sol chinois leur permet indirectement de profiter de ce nouvel accord ! En effet, les investissements taiwanais sur le sol chinois font partie des plus importants présents sur la zone. Cela peut être interprété de deux manières différentes : la Chine séduit ainsi un segment influent de la population taiwanaise en faveur d’une réunification de leur pays pour des raisons purement économiques. Mais d’un autre coté, Taiwan se constitue comme étant l’un des poumons financiers de la Chine, qui n’a donc aucun intérêt à résoudre le conflit d’une manière violente.

Taiwan est donc dans une position difficile au niveau de la mise en oeuvre d’une réelle stratégie de puissance. Ces difficultés sont tant d’ordre interne qu’externe.
La reconnaissance de Taiwan comme Etat souverain est évidemment quasiment impossible par des Etats soucieux de préserver de bonnes relations avec l’Empire du milieu et son développement économique fort prometteur ! Ensuite, Taiwan fait face à des dissensions internes importantes. Lors des dernières élections régionales, le président taiwanais Chen Shui-bian n’a pu que constater l’échec de sa politique d’opposition à la Chine. Il est vrai que les voix du rapprochement avec l’Empire se font de plus en plus entendre.
Se positionner comme haut lieu économique et technologique sur la scène internationale (notamment grâce au prolongement des investissements dans les nanotechnologies) pourrait être une solution pour Formose. Quoi qu’il en soit, entre la délocalisation de ses centres de recherches vers la Chine et l’Inde, et la perte du soutien de certains de ces alliés au profit d’un Empire du milieu de plus en plus puissant, les revendications indépendantistes ne semblent guère avoir un réel avenir.

Morgan Cousin

Cinema et Propagande aux Etats-Unis

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"Les relations entre le média « image » et les instances politiques américaines ont revêtu différentes formes tout au long du vingtième siècle. Ces relations ont connu leurs heures de gloire et leurs heures sombres, au gré des différentes étapes du développement du cinéma, de la santé économique, de l’actualité ou encore de l’implication du pays dans différents conflits de par le monde.

Cette étude revient en premier lieu sur les acteurs et le cadre de cette coopération, avant de retracer les principaux jalons de ce mariage de raison entre Pentagone et Cinéma, illustrant une véritable exploitation mutuelle. Dans un troisième temps, elle analyse les mécanismes de propagande véhiculés par le cinéma américain, qu’ils soient explicites ou masqués, mais illustrant quoi qu’il en soit son utilisation comme levier de promotion de la toute puissance américaine et de l’American Way of life. Enfin, elle propose une lecture synthétique de ses atouts mais aussi des risques associés sur les comportements individuels en particulier.

A l’aube du vingt-et-unième siècle, alors que le cinéma perd de sa superbe à l’aune du développement du multimédia, de l’ère du tout numérique et de l’émergence de nouveaux usages, de nouveaux mécanismes de propagande apparaissent. Ces derniers permettent de démultiplier l’effet de résonance entre médias et sonnent peut-être le glas d’une association centenaire entre le cinéma et les instances politiques américaines.

Ce document est accompagné d’annexes séparées explicitant l’ensemble des sources analysées dans le cadre de cette étude : la littérature particulièrement fournie sur ce thème, les documentaires TV, les films et l’exploitation de diverses sources Internet.

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20.12.05

Le Minist�re de l?Int�rieur communique sur les attaques subies par les entreprises fran�aises

Le Minist�re de l?Int�rieur communique sur les attaques subies par les entreprises fran�aises

"Jusqu?� aujourd?hui, les services de s�curit� charg�s de la surveillance des men�es �trang�res contre les entreprises fran�aises ne communiquaient pas le r�sultat de leurs analyses. Le journaliste Herv� Brusini organisa une �mission de t�l�vision � la fin des ann�es 90 � partir du rapport annuel r�dig� par la sous-direction B charg�e de la protection du patrimoine au sein de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Mais ce fut un cas exceptionnel � l?�poque. L?article publi� le 29 novembre 2005 sur le site www.lexpansion.com s?appuie sur un travail �tabli par la Direction Centrale des Renseignements G�n�raux en collaboration avec la DST (fait nouveau � noter, suite � l?application d?une circulaire dat�e d?avril 2005) donne un aper�u des ing�rences �trang�res contre les entreprises fran�aises.

Les quelques dizaines d?agressions identifi�es ne peuvent �tre interpr�t�es comme une statistique car il s?agit du fruit d?enqu�tes polici�res. La DST et la DCRG ne peuvent op�rer que des coups de sonde compte tenu de la faiblesse des effectifs affect�s � ce genre de mission. Les ing�rences de nature chinoise sont d?autant plus difficiles � identifier que les services de s�curit� fran�ais n?ont pas les cr�dits suffisants pour int�grer � leurs �quipes des personnes ma�trisant les langues asiatiques. Ils font donc ce qu?ils peuvent. Mais cette communication a une valeur symbolique tr�s importante. L?administration brise enfin le silence entretenu habituellement sur ce genre d?affaires. Notons au passage que cette sensibilisation aux menaces fait partie du travail �l�mentaire pour faire comprendre l?importance strat�gique du patriotisme �conomique. Peu de d�cideurs se posent cette question qui tombe sous le sens : Que se passera-t-il lorsque la Chine nous aura rejoint sur le plan technologique ? Les deux coud�es d?avance que nous sommes cens�s conserver vis-�-vis de la Chine dans le domaine de l?innovation technologique afin de r�sister � sa comp�titivit� auront alors disparues. Et les belles th�ses d�fendues par le MEDEF qui n?a toujours rien compris � l?importance de cette notion d�fendue par le gouvernement actuel, risquent alors de voler en �clat. Avec les cons�quences que l?on imagine pour l?emploi et de l?avenir de notre �conomie."

Les man?uvres d?influence am�ricaines par le biais des �glises �vang�listes

Les man?uvres d?influence am�ricaines par le biais des �glises �vang�listes

"Les �glises �vang�listes avaient d�j� jou� un r�le moteur de matrice imp�riale britannique am�ricaines (cf l?article sur l?empire britannique victorien sur le site www.infoguerre.com). Leurs consoeurs am�ricaines lancent aujourd?hui une grande offensive pour s?implanter dans diff�rentes r�gions du monde :
? En Kabylie, elles profitent des contradictions alg�riennes locales pour tendre la main aux opposants au pouvoir central d?Alger.
? En Somalie, elles prennent appui sur les rivalit�s ethniques pour cr�er des centres de conversion � leur religion et n?h�sitent pas � y envoyer des anciens imans convertis aux pratiques �vang�listes, form�s aux Etats-Unis qui sont pr�ts � assumer un r�le de martyr.
? En Chine, elles pr�parent tr�s activement leur implantation dans la foul�e des jeux olympiques 2008.
? En France, elles ont engag� des d�marches d?entrisme au sein de la F�d�ration protestante de France. Leur objectif est de profiter de son d�clin pour en prendre la t�te. L?objectif des �vang�listes en France est de cr�er une �glise de cette confession pour dix mille habitants. Ils acqui�rent des lieux de culte qu?ils ne peuvent pas exploiter officiellement pour l?instant car il leur faut les autorisations officielles, � l?image de l?organisation du culte musulman fran�ais. A la diff�rence de l?�glise catholique, les �vang�listes n?h�sitent pas � mettre en avant des musulmans convertis � leur cause qui prennent la parole en public. L?audience des �vang�listes reste pour l?instant limit�e. Ils r�unissent ponctuellement des salles de 3000 personnes. Suite aux violences urbaines qui touchent aujourd?hui la France, les �vang�listes n?h�sitent pas � prendre le relais de la propagande am�ricaine de la Fox pour d�noncer l?�chec du mod�le d?int�gration fran�ais et souhaitent y pallier en pr�nant leur propre mod�le de vie soci�tale."

Les Am�ricains contre la diversit� culturelle

Les Am�ricains contre la diversit� culturelle

A la fin octobre 2005, l?UNESCO a tenu une s�ance pl�ni�re sur a signature d?une convention sur la diversit� culturelle. Celle-ci a donn� lieu � un affrontement tr�s peu diplomatique entre la d�l�gation am�ricaine et la repr�sentation de l?Union europ�enne men�e par un britannique. Les Am�ricains se sont oppos�s � la d�marche encourag�e par l?Union europ�enne sur la diversit� culturelle. Le Pr�sident de l?assembl�e de l?Unesco a d� faire voter les pays membres lors de cette s�ance pl�ni�re pour poursuivre les travaux (pratique rarissime dans un lieu d?ordinaire tr�s consensuel). Le repr�sentant fran�ais a r�agi tr�s vivement � cette agressivit� de la d�l�gation am�ricaine. La totalit� des pays membres de l?UNESCO ont vot� contre la proposition am�ricaine � l?exception d?un pays. Cet isolement des Etats-Unis n?est pas anodin. Ils montrent que leur volont� de niveler les cultures n?est pas une victoire acquise. Ils essaient de contourner cette opposition mondiale � leur th�se par les accords bilat�raux qu?ils sont en train de passer avec certains pays, en y incluant les services et les produits culturels. Leur objectif est de faire jouer leur rouleau compresseur en termes financiers ainsi que la taille critique de leur politique marketing via leurs standards �ducatifs. La num�risation de plusieurs millions d?ouvrages annonc�s par Google est un premier avertissement qui a �t� pris en compte sur la sc�ne internationale. Mais l?encerclement culturel peut �tre beaucoup plus discret. Signalons ce qui risque de devenir un cas d?�cole � savoir la mani�re dont une multinationale � reformate � le capital culturel d?une soci�t�. Le rachat de soci�t�s d?�dition europ�ennes par le g�ant anglo-saxon Else Vier entra�nerait des pratiques �ditoriales plut�t troublantes. Ainsi, les maisons d?�dition rachet�es par Else Vier publieraient de moins en moins de titres d?origine nationale. Cette s�lection serait l�gitim�e sous le pr�texte d?aligner leur marketing sur les crit�res de gestion du groupe Else Vier. Rappelons � ce propos que le groupe Else Vier est en train d?acqu�rir un des deniers fleurons de l?�dition m�dicale fran�aise : les �ditions Masson. A titre symbolique, rappelons que le refus de la diversit� culturelle s?exerce de mani�re tr�s caricaturale. C?est ainsi que lobby des producteurs de cin�ma am�ricain du MPAA a fait interdire en avril dernier aux moins de 12 ans le film fran�ais Les choristes sous le fallacieux pr�texte d?une chanson paillarde. Une telle mesure tue potentiellement la distribution du film aux Etats-Unis.

Le projet de d�cret sur les march� strat�giques en danger

Le projet de d�cret sur les march� strat�giques en danger

Depuis que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a annonc� la r�daction d?un d�cret sur la protection des march�s strat�giques, les milieux ultralib�raux et le camp proam�ricain ont lanc� une campagne de pression tous azimuts pour limiter au maximum les effets de ce futur d�cret. Notons au passage que les maladresses des hauts fonctionnaires charg�s du dossier et tr�s mal pr�par�s � cet exercice ont ouvert la voie � cette contre offensive. Les Anglosaxons comme les Chinois pratiquent le double langage avec un art consomm�.

C?est ainsi qu?ils ne donnent pas de d�finition claire de la s�curit� nationale. En France, l?administration qui pense puissance publique � l?�gard de ses administr�s et non strat�gie de puissance � l?�gard du monde ext�rieur, ne sait pas jouer habilement du double langage. Certes, quelques petits correctifs sont effectu�s ici et l� dans la communication gouvernementale � l?image de Jean-Fran�ois Copp� qui ce week end pr�cisait � la radio que le patriotisme �conomique vise � �viter les d�localisations. Mais il est clair que les partisans de la pr�servation de l?int�r�t de puissance fran�ais ne se manifestent pas assez pour contrer les multiples lobbies des �mules de l?�cole lavalienne (rappelons pour m�moire que nous qualifions d?�cole lavalienne les opportunistes qui se mettent syst�matiquement du c�t� du plus fort, quite � d�sservir les int�r�ts de leur pays, � l?image de Pierre Laval).

Les enjeux de la formation des �lites africaines en France

Les enjeux de la formation des �lites africaines en France

Les solides liens d?amiti� tiss�s sur les bancs des �coles et des universit�s entre les �lites fran�aises et les �lites africaines qui devaient arriver au pouvoir dans les ann�es 1960, ou encore ceux existants entre les militaires blancs de � la Coloniale � et leurs anciens homologues noirs -lesquels seront parfois � l?origine du renversement des premiers pr�sidents africains issus des ind�pendances- ont probablement �t� � l?origine de la relation privil�gi�e qui s?est maintenue entre la France et ses anciennes colonies d?Afrique subsaharienne jusqu?aux ann�es 1990.

Ils ont donc longtemps constitu� une chance, chacun des protagonistes de cette relation franco-africaine en tirant b�n�fice : la France, qui devait trouver dans sa politique d?influence sur le continent une occasion de conserver son rang de � grande moyenne puissance mondiale �, mais aussi les pouvoirs africains, qui firent de la rente d�coulant des politiques bilat�rales d?aide publique au d�veloppement la base d?un compromis postcolonial g�n�rateur de stabilit� qui perdurera quelques d�cennies, bien qu?accept� plus ou moins volontairement par les soci�t�s africaines.

Cette politique africaine se perp�tue tout au long des ann�es 1970 et 1980, certes parce qu?elle sert les int�r�ts de tous, mais aussi parce que les �changes � physiques � entre �lites restent nombreux et participent encore � renforcer la relation : envoi massif de coop�rants fran�ais, accueil d?�tudiants -parfois opposants- et de stagiaires militaires africains dans l?intention d?aider � la formation des arm�es des jeunes Etats, etc. La r�alit� est donc �loign�e de l?image de � barbouzerie � g�n�ralis�e que mettront plus tard en avant les pol�mistes pourfendeurs de la � Fran�afrique �. Force est cependant de constater que c?est la France qui a le mieux profit� de cette relation, et que cette derni�re ne sera jamais condamn�e par la majorit� de la classe politique fran�aise ni au lendemain de l?alternance de 1981 ni m�me quand l?�chec du d�veloppement de la partie francophone du continent deviendra de plus en plus patent (ce constat �tant au demeurant valable pour nombre de pays anglophones et lusophones).

Avec la chute du mur de Berlin, la contestation des r�gimes africains par leur propre population, le g�nocide rwandais, le conditionnement de l?aide � un accord pr�alable avec le FMI et sa constante diminution, les appels � la d�mocratisation qui font douter les dirigeants africains de la r�ciprocit� de leur amiti�, la d�valuation du franc CFA, la part de plus en plus importante des pays d?Afrique non francophone dans l?exc�dent de la balance commerciale fran�aise, le choix de l?Europe plut�t que de l?Afrique comme nouveau multiplicateur de rayonnement et la r�forme du dispositif militaire fran�ais en Afrique, ainsi qu?avec la disparition du minist�re de la Coop�ration, on assiste dans les ann�es 1990 � la d�construction de la relation entre la France et l?Afrique. Et ce � l?heure o�, dans un mouvement exactement contraire, la Grande-Bretagne s?implique sur le continent (cr�ation du DFID, intervention militaire en Sierra Leone?) !

Tout cela, conjugu� � un contexte d?int�gration particuli�re du continent � la mondialisation (seule l?Afrique voit sa part dans le commerce mondial r�gresser, passant de 3% � 1% en une d�cennie), d?affaiblissement de l?Etat, voire d?instabilit� ou encore de conflit intra-�tatique, ach�ve de consommer le divorce entre la France et la partie francophone du continent. Un �loignement peu profitable � l?espace francophone si l?on en juge � l?aune de l?expansion des syst�mes de conflit sur le sous-continent (Afrique des Grands Lacs, Afrique centrale, Afrique de l?Ouest). Les autoflagellations des bien-pensants auront pour cons�quence d?aggraver le mal, l�gitimant les politiques de restriction d?attribution des visas d?�tude et autres tracasseries administratives qui vont dissuader les �lites d?Afrique francophone de poursuivre leur formation en France, tandis que celles qui s?ent�tent � obtenir le pr�cieux s�same n?ont alors souvent pas les moyens mat�riels de vivre en France faute de bourses d?Etat. Ce qui n?a pas manqu� de cr�er un foss� d?une d�cennie entre �lites fran�aises et africaines.

Or les attentats du 11 septembre 2001 et peut-�tre plus encore les �v�nements de C�te d?Ivoire am�nent la r�implication -multilat�ralis�e- de la France en Afrique, et plus particuli�rement dans sa � zone d?int�r�t prioritaire �. Dans ce nouveau contexte, le souvent long maintien au pouvoir des pr�sidents d?Afrique francophone et les solides amiti�s qu?ils ont nou�es avec les �lites politiques fran�aises au cours de l?exercice de leur mandat ne manqueront pas d?impliquer d?office la France dans des successions qui se profilent � court terme (pour des raisons biologiques �videntes) et qui se r�v�leront d?autant plus difficiles qu?on peut les assimiler � la remise en question des contrats et des �quilibres sociaux qui s?�taient �tablis au lendemain des ind�pendances. Et quand bien m�me ces obstacles seraient surmont�s, quels interlocuteurs restera-t-il � la France si les jeunes �lites africaines qui succ�dent aux � �l�phants � sont celles qui ont �t� form�es ailleurs que dans l?Hexagone pendant les ann�es 1990 ? Tous ces arguments sont le meilleur plaidoyer pour que Paris cesse de ne consid�rer comme interlocuteurs valables que les �lites africaines et s?int�resse aussi aux jeunes soci�t�s civiles africaines. Plaidoyer aussi pour que la France, plut�t que de laisser se perp�tuer la discrimination qui frappe ses jeunes d?origine africaine, fasse le maximum pour les int�grer et que les mieux form�s tout comme ceux qui ont gard� un lien fort avec l?Afrique deviennent ses relais avec le continent, comblant ainsi le foss� des ann�es 1990. Loin d?�tre une menace, ils constituent une opportunit�.

Nicolas Berembaum

L?ICANN face au cybersquatting : la faillite d?un mode de gouvernance

L?ICANN face au cybersquatting : la faillite d?un mode de gouvernance

Depuis 2004, une poign�e d?entreprises am�ricaines se livrent � un ballet des plus curieux : chaque jour, des centaines de milliers de noms de domaines en extension .COM sont enregistr�s, puis disparaissent comme par magie dans les cinq jours qui suivent. Focus sur un mod�le �conomique parasitique entretenu par l?ICANN : le cybersquatting furtif.

Prestataire d?enregistrement accr�dit� par l?ICANN, la soci�t� am�ricaine Domain Name Sales (1) fut la premi�re � pratiquer un cybersquatting agressif sur une �chelle encore jamais atteinte. Courant d�cembre 2004, elle proc�da � l?enregistrement quotidien de plusieurs dizaines de milliers de noms de domaines, usurpant des centaines de marques de notori�t� mondiale, en utilisant un proc�d� peu connu mais tout � fait l�gal l?autorisant � supprimer ces noms de domaines apr�s cinq jours d?activit� et obtenir de l?ICANN le remboursement total des frais d?enregistrement ($0.25 par domaine). Ainsi �tait n� le � cybersquatting furtif �, technique permettant de capter un maximum de trafic Internet, de mesurer le potentiel commercial des domaines squatt�s et de ne conserver que ceux susceptibles de rembourser leurs frais d?enregistrement d�finitif.

Cette soci�t� fut rapidement suivie par d?autres prestataires, tels que Compana Llc et NameView Inc (2). A elles seules, ces soci�t�s totalisaient d�but 2005 les trois quarts des enregistrements de noms de domaines quotidiens sur la plan�te (3). Stigmate habituel du cybersquatting : ces domaines �taient syst�matiquement utilis�s pour h�berger des portails commerciaux de liens sponsoris�s r�mun�r�s au clic, activit� des plus lucratives sur Internet.

La progression du ph�nom�ne est impressionnante : en janvier, les enregistrements de domaines g�n�riques s?�levaient � 100.000 par jour, et seule l?extension .COM �tait impact�e; fin 2005, la barre du million et demi d?enregistrements quotidiens de domaines .COM et .NET est all�grement franchie jour apr�s jour ? dont plus de 95% d?enregistrements furtifs. Et le ph�nom�ne tend � contaminer progressivement les autres extensions (.ORG, .BIZ, .INFO?). Invariablement, les noms de domaines enregistr�s usurpent des noms de marques et d?entreprises de notori�t� mondiale et h�bergent des portails commerciaux sectoriels : qu?elles en soient conscientes ou non, les entreprises du CAC40 sont toutes impact�es par ces sites qui offrent bien souvent des publicit�s pour leurs concurrents directs.

L?industrialisation � grande �chelle du proc�d� a �t� introduite par la soci�t� Intercosmos Media Group Inc, � travers sa filiale DirectNIC (4). Cette entreprise fait aujourd?hui partie du top-100 des entreprises am�ricaines en forte croissance, avec un chiffre d?affaires de 22 millions de dollars en 2004, en progression de 2300% sur les cinq derni�res ann�es. Elle repr�sente � elle seule la moiti� des enregistrements de noms de domaines � furtifs �.

Impossible d?identifier les commanditaires r�els de ces op�rations massives d?enregistrement ? si tant est qu?ils existent et que les registraires n?agissent pas pour leur propre compte : en contradiction avec toutes les r�gles de gestion �dict�es par l?ICANN, les prestataires d?enregistrement masquent syst�matiquement l?identit� des d�tenteurs r�els de ces domaines en simulant des probl�mes techniques ou en refusant tout simplement les requ�tes sur leurs bases de donn�es Whois (5).

Ainsi, � la diff�rence du cybersquatting classique, les entreprises impact�es par ces usurpations se trouvent totalement d�munies pour faire face � ce ph�nom�ne. En effet, ces noms de domaines retombent syst�matiquement dans le domaine public moins de cinq jours apr�s leur enregistrement (6), d�lai bien trop court pour permettre � l?arsenal juridique de l?Office Mondial de la Propri�t� Intellectuelle (OMPI) de se montrer efficace ? le co�t d?une proc�dure d?arbitrage s?�levant � un forfait minimum de $1500 pour un � cinq noms de domaines (7), et les d�lib�rations pouvant prendre plusieurs semaines. Tout laisse d?ailleurs penser que l?Europe ne montrera pas davantage de volont� pour r�soudre les litiges sur les extensions .EU en un temps et � un co�t adapt�s aux nouvelles formes de cybersquatting : le co�t minimum d?arbitrage d?un litige sera de 2000 euros pour seulement deux noms de domaines (8).

Comment en est-on arriv� � de telles aberrations techniques et juridiques ? Un examen approfondi des r�gles du jeu impos�es par l?ICANN montrent non seulement que ces failles ne sont pas nouvelles ? elles existent depuis des ann�es ? mais surtout, ont �t� voulues et pens�es en tant que telles :

? Un nom de domaine nouvellement enregistr� peut �tre supprim� gratuitement dans un d�lai de 5 jours. En contrepartie, l?ICANN reverse au prestataire d?enregistrement la taxe d?enregistrement de $0.25. Cette r�gle est connue sous le nom de � Add Grace Period �, s?applique � toutes les extensions g�n�riques et existe depuis 2003 ;

? Les registres Whois sont exempts de tout contr�le technique ind�pendant commandit� par l?ICANN. Chaque prestataire d?enregistrement g�re sa propre base, suivant ses propres standards techniques, sans contrainte de disponibilit�, d?int�grit� ou de s�curit�, et n?est tenu � aucune sorte d?interop�rabilit� entre les bases ;

? Les registraires accr�dit�s par l?ICANN ne sont pas tenus, dans les faits, d?avoir une activit� r�elle de registraire ; seule une taxe d?accr�ditation de plusieurs milliers de dollars leur est demand�e. Par exemple, le site web de l?entreprise Domain Name Sales, bien qu?en ligne depuis plus d?un an, affiche toujours le message �Check back soon for our official launch � ;

? Les registraires accr�dit�s par l?ICANN ne peuvent, officiellement, enregistrer des domaines en leur nom propre, dans la mesure o� cela constituerait un d�lit d?initi� (imaginez par exemple que vous souhaitez enregistrer un domaine, et que quelques minutes apr�s avoir v�rifi� sa disponibilit�, ce domaine soit enregistr� par une soci�t� am�ricaine qui vous propose de vous le revendre pour $200). Mais dans les faits, l?identit� r�elle du d�tenteur d?un domaine est inconnue de l?ICANN, et est stock�e uniquement dans les registres Whois du registraire. Ce dernier est donc en mesure de publier des informations totalement erron�es pour masquer ses pratiques frauduleuses.


Ces failles r�glementaires ont pour cons�quence directe qu?un registraire tel que DirectNIC peut pratiquer le cybersquatting furtif de mani�re intensive avec une mise initiale tr�s faible et un retour sur investissement imm�diat ; par ailleurs un domaine peut �tre supprim� apr�s cinq jours d?activit�, puis enregistr� � nouveau, puis supprim� apr�s cinq jours, etc. Ce proc�d� permet en pratique de devenir gratuitement propri�taire de milliers de domaines sur une p�riode de temps virtuellement illimit�e.

Enfin, la p�riode de suppression de cinq jours permet � l?ICANN de sortir la t�te haute : non seulement cette fonction autorise les registraires � pratiquer l�galement et gratuitement un cybersquatting forcen�, mais en plus la masse globale de noms de domaines reste stable, ce qui permet de minimiser le ph�nom�ne vis-�-vis du grand public et des institutions gouvernementales impliqu�es dans la lutte contre la contrefa�on.

De telles failles sont-elles le fait du hasard ? Notons que ces r�gles sont propos�es, d�battues, modifi�es et vot�es � l?ICANN par le GNSO (9), comit� compos� de six assembl�es repr�sentant les diff�rents publics concern�s par les noms de domaines g�n�riques (clients finaux, op�rateurs de registres, organisations publiques, fournisseurs d?acc�s, registraires, et avocats sp�cialis�s en droit des marques). Une de ces assembl�es, l?assembl�e des registraires, compos�e de 93 membres (10), repr�sente les int�r�ts des prestataires d?enregistrement de noms de domaines ; elle compte une dizaine de membres qui pratiquent ouvertement le cybersquatting furtif. Rappelons pour m�moire que l?ICANN est financ� � 100% par les registraires de tous pays (11) ; le budget 2005-2006 repr�sente 23 millions de dollars de revenus ? budget qui a tripl� depuis l?ann�e fiscale 2003-2004 ? dont 22 millions de dollars proviennent des registraires gTLD (extensions .COM, .NET, .ORG, .INFO, .BIZ). Sur ces 22 millions de dollars, 11 millions proviennent des taxes d?enregistrement de nouveaux domaines. On comprend donc mieux que cette petite assembl�e puisse se permettre de d�cr�ter des r�gles qui ne sont favorables qu?� elle sans avoir � craindre d?�ventuels contre-pouvoirs.

Y-a-t?il un espoir que la situation change ? Les discussions publiques sur les forums de l?ICANN tenues par ce comit� montrent explicitement que les registraires ont compris les enjeux et cons�quences de ces failles, et sont pr�ts � d�fendre leurs int�r�ts ? notamment, une motion (12) soutenue courant juin 2005 par le repr�sentant de la soci�t� Name Intelligence, visant � supprimer la gratuit� de ces enregistrements furtifs, a �t� torpill�e par les autres repr�sentants de cette assembl�e, au nom de leurs int�r�ts priv�s.

Enfin, et de mani�re � enterrer d�finitivement le probl�me, la question devait �tre �voqu�e lors du forum (13) du GNSO � Luxembourg les 11 et 12 juillet, qui devait permettre de trouver des solutions pour endiguer le ph�nom�ne (14). R�sultat : dans les 34 pages de compte-rendu officiel des discussions de ce forum (15), la question des atteintes � la propri�t� intellectuelle provoqu�es par ce ph�nom�ne occupe � peine une ligne (� There have been other concerns with regard to trademark rights and intellectual property concerns, et cetera (16) �). Plus confus et plus grave encore est le consensus auquel ces discussions ont abouti : la conclusion de ces discussions est que le probl�me n?existe pas (� It's no longer being called abuse because there is some disagreement as to whether there exists an issue at all or not. [...] (Registries) don't believe it's a -- well, they do believe it's an issue but they don't believe it's a pressing issue that needs immediate attention. � (17)). En d?autres termes, il existe un consensus tacite pour donner aux premiers b�n�ficiaires de ces failles toute latitude pour g�rer eux-m�mes la question.

Notons enfin que la question n?a pas le moins du monde �t� �voqu�e lors de la r�cente r�union de l?ICANN � Vancouver (18).


Ces constats sont tout � fait r�v�lateurs des v�ritables forces qui meuvent l?ICANN : la loi du March� est la seule religion tol�r�e, et la main invisible d?Adam Smith la seule r�gulation possible. Nous ne pouvons que d�plorer la faillite d?un mode de gouvernance sourd et aveugle qui ne tient aucun compte ni du droit international, ni du droit am�ricain.


Pierre Caron
http://www.sigint.fr
association@sigint.fr


1. http://www.domainnamesales.com
2. http://www.nameview.com
3. http://www.dailychanges.com
4. http://www.dailychanges.com/detail/?ns=DIRECTNIC.COM&date=2005-12-02&net=-219490&changes=259697&act=d
5. Bases de donn�es permettant d?identifier le d�tenteur d?un nom de domaine
6. http://www.icann.org/tlds/agreements/biz/registry-agmt-appc-10-11may01.htm
7. http://arbiter.wipo.int/domains/fees/index.html
8. http://www.arbcourt.cz/adreu/001.htm
9. http://www.gnso.icann.org
10. http://www.gnso.icann.org/mailing-lists/archives/registrars/msg01286.html
11. http://www.icann.org/financials/proposed-budget-17may05.html
12. http://www.gnso.icann.org/mailing-lists/archives/registrars/msg02938.html
13. http://www.circleid.com/posts/icann_meetings_in_luxembourg/
14. http://www.gtldregistries.org/events/2005-07-11_agenda
15. http://www.icann.org/meetings/luxembourg/captioning-gnso-forum-12jul05.htm
16. � Cela pose �galement d?autres probl�mes vis-�-vis du droit des marques et de la propri�t� intellectuelle, etc. �
17. � Nous n?appelons plus cela un probl�me, car un d�saccord subsiste sur l?existence m�me de ce probl�me. [?] (Les op�rateurs de registres) ne croient pas que ce soit ? enfin, ils pensent que c?est un probl�me mais que cette question n?est pas urgente et ne requiert pas une solution imm�diate �.
18. http://www.icann.org/meetings/vancouver/

Le mouvement serbe Otpor : une strat�gie de subversion

Le mouvement serbe Otpor : une strat�gie de subversion

Les guerres ayant d�chir� l'ex-Yougoslavie forgent la conviction, aux Etats-Unis, qu'il faut absolument mettre au pas la Serbie accus�e d'�tre l'initiatrice des conflits. Elle repr�sente un obstacle dans la strat�gie r�gionale am�ricaine d'implantation dans les Balkans. La puissance �tasunienne met en oeuvre une politique bas�e, dans un premier temps, sur la contrainte et la coercition, traduite dans les faits par l'�tablissement d'un embargo �conomique sur la Serbie et l'appui aux r�publiques s�cessionnistes (soutien dans les instances internationales alors que les Russes prendront timidement le parti de la Serbie, envoi de conseillers militaires am�ricains par le biais de soci�t�s priv�es ainsi que d'armes, etc.). L'apog�e de cette politique se cristallise dans la campagne de bombardements de la Serbie par l'OTAN pendant trois mois. Malgr� cela, le r�gime de M. Milosevic reste in�branlable.

C'est alors, que le gouvernement am�ricain d�cide de changer de strat�gie et de se concentrer sur une d�stabilisation du pouvoir serbe par l'int�rieur. Cette option commence d�j� � se d�finir en 1998, lorsque Bill Clinton donne carte blanche � la CIA pour tout entreprendre afin de renverser le gouvernement serbe. Une aide financi�re est octroy�e aux partis d'opposition (leur d�sunion a tr�s longtemps profit� au pouvoir serbe) et aux m�dias ind�pendants. Les municipalit�s d'opposition ne font plus l'objet d'un embargo. Le message est clair : d�barrassez-vous de ce r�gime et nous vous aiderons.

Cr�ation d?Otpor, son id�ologie et recherche de soutiens financiers

Les pr�c�dentes manifestations contre le pouvoir, depuis 1991 et surtout celles de 1996-1997, bien qu'elles aient fait descendre dans les rues des centaines de milliers de personnes se sont montr�e inefficaces s?essoufflent finalement.
Le mouvement d'�tudiants Otpor (r�sistance) n� en octobre1998 saura en tirer les le�ons. Il d�cide de s'implanter dans toute la Serbie et ne pas se cantonner uniquement aux grands centres urbains. Le mouvement est d�nu� de leader mais dispose d'un noyau d'une vingtaine de personnes. La t�che s'av�re difficile du fait de l'�troite surveillance polici�re et du manque de moyens financiers. Pour cela, les dirigeants d'Otpor prennent contact avec les fondations �trang�res. Les Am�ricains, convaincus de leur s�rieux, d�cident de les soutenir principalement � travers l'USAID.
L'id�ologie du groupe sera form�e � travers des s�minaires organis�s par l'International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute (NDI), entre autres. La strat�gie subversive d'Otpor se construit sur le principe de r�sistance non violente tir� des �crits de Gene Sharp. Ce dernier est le th�oricien de la r�sistance non violente. En analysant les diff�rents soul�vements pacifistes dans le monde, il met au point des techniques pour renverser des dictatures en attaquant leurs points faibles. Ces m�thodes seront enseign�es lors d'un s�minaire organis� en mars 2000, � Budapest, par Robert Helvey, colonel am�ricain � la retraite, travaillant pour l'Institut Albert Einstein fond� par Gene Sharp et mandat� par l'IRI aupr�s des membres d'Otpor. Homme d'exp�rience, il a d�j� form�, entre autres, des insurg�s au Myanmar ainsi que des �tudiants chinois � la d�sob�issance civile.


Strat�gie d?Otpor et soft power

Les principes de base du combat non violent sont : l'affaiblissement des piliers du r�gime que sont l'arm�e, la police et les m�dias; l'identification et l'exploitation des faiblesses du r�gime; l'obtention du soutien d'une large frange de la population et m�me des membres du gouvernement; le non recours � la violence qui risquerait d'ali�ner les gens ordinaires et la communaut� internationale. A cela s'ajoutent des tactiques op�rationnelles pour savoir surmonter sa peur face � la police, cr�er des slogans courts et percutants (qui seront d'ailleurs utilis� lors des soul�vements en Ukraine et en G�orgie), pr�parer des gr�ves, user de la d�rision pour discr�diter le pouvoir, organiser des concerts pour r�unir les gens. Pour attirer les personnes �g�es (votant le plus souvent pour Milosevic), Otpor soutient les revendications des retrait�s et fait front commun avec les partis d'opposition. Des fleurs sont offertes aux soldats et � la police lors des manifestations. Le but du groupe est de convoquer des �lections libres et �quitables. La strat�gie d'Otpor est tr�s offensive et s'attaque aux piliers du pouvoir en les divisant par tous les moyens non violents possibles.
Il est � noter qu'Otpor est parrain� par l'ambassadeur am�ricain � Belgrade Richard Miles qui sera affect� ensuite en G�orgie pour coacher Saakachvili avant sa prise du pouvoir. Ce combat asym�trique parvient pourtant � �roder le pouvoir et rallie � sa cause de nombreux citoyens �puis�s et appauvris par des ann�es de privation. De plus, les Am�ricains font miroiter une consid�rable aide �conomique pour remettre le pays � flot en cas de changement politique. La grande force des Am�ricains est leur ma�trise du soft power. En effet, ils utilisent un contre pouvoir issu de la soci�t� civile serbe qui servira leur cause au lieu de tenter d'imposer leurs vues par la force Le changement politique n'en sera que plus facilement accept� puisqu'il provient des Serbes et non pas de l'ext�rieur; il s'agit du choix l�gitime de la population.

La r�volution d?octobre

En juillet 2000, le pr�sident Milosevic d�cide de convoquer des �lections pour sa r��lection au poste de Pr�sident de la Yougoslavie, s�r de l'emporter, il compte ainsi asseoir son pouvoir par les urnes. Convaincu qu'il y a fraude par un d�compte parall�le avec l'appui de l'OSCE et d'ONGs, l'opposition organise des manifestations qui mobilisent des centaines de milliers de personnes dans tout le pays. On retrouve exactement cela en G�orgie et en Ukraine avec chaque fois des organismes internationaux et des ONGs (aux financements am�ricains comme l'Open Society Institute ou la Freedom House) cens�s �tre impartiaux lors du d�compte des bulletins de vote.
L'assaut du Parlement, le 5 octobre 2000, provoque l'effondrement du r�gime. Malgr� des �chauffour�es avec la police, cette derni�re et l?arm�e restent inactives face � l?ampleur du soul�vement populaire. Des manifestants de toute la Serbie participent au renversement du pouvoir en prenant d?assaut les t�l�visions fid�les au r�gime. Les piliers du pouvoir sont ma�tris�s. Cependant, le combat non violent poss�de ses limites car c'est finalement un acte violent qui renverse M. Milosevic. Ce mod�le de r�volution "de velours" sera repris en G�orgie et en Ukraine avec succ�s. Ce seront les membres d'Otpor eux-m�mes qui dispenseront les s�minaires d'initiation aux techniques non violentes. Ces r�volutions sont encadr�es par les Am�ricains qui financent l'opposition et les m�dias. On observe clairement les similitudes dans les m�thodes utilis�es pour en faire de v�ritables mouvements spontan�s populaires. Par exemple, la t�l�vision Roustavi-2, la plus populaire de G�orgie, diffuse plusieurs fois un documentaire sur la chute de Milosevic, alors que M. Chevardnadze est encore au pouvoir. On voit alors appara�tre les m�mes symboles utilis�s par Otpor parmi l'opposition g�orgienne. Les esprits sont pr�par�s.

L?extension des r�volution dans l?ancien bloc sovi�tique

Ces r�volutions sont � l'oeuvre dans bon nombre de pays d'Asie centrale. Les membres d'Otpor qui, d�sormais, sont r�mun�r�s pour leurs services en conseils pour r�volution non violente re�oivent des appels d'immigr�s cubains, du Venezuela et du Liban. Il reste � savoir si ce mod�le subversif est exportable partout. Aleksandar Maric, activiste d'Otpor, pense que cette m�thode ne peut r�ussir que dans des "dictatures souples" c'est � dire avec suffisamment d'espace pour l'existence d'un petite opposition (et donc, de m�dias ind�pendants), c'est pour cela qu'il refuse de travailler � Cuba et que la r�volution a �chou� en Bi�lorussie.
Gr�ce aux r�cents changements politiques en Asie centrale, les Am�ricains avancent leurs pions et renforcent leurs positions aux d�triments des Russes qui peuvent difficilement s'opposer � des r�gimes "d�mocratiques" n�s de r�volutions populaires. Le soft power appara�t comme �tant une arme redoutable dans la strat�gie globale de l'empire am�ricain. Pour l'instant rien ne semble pouvoir la contrer.

Grande sensibilit� autour du th�me de la ?guerre �conomique? dans le monde germanique

Grande sensibilit� autour du th�me de la ?guerre �conomique? dans le monde germanique

Nul n?est proph�te en son pays. L'interv�ew que Christian Harbulot a donn� mardi au journal ?Le Parisien? a �t� remarqu�e dans le monde germanophone. Pas moins de 50 medias diff�rents, dont les plus importants comme ?Handelsblatt?, ?Spiegel?, ?Focus?, ?Manager Magazin?, ?Die Welt?, ?Suddeutsche? et autre, l'ont repris et en t�moignent ainsi de l'importance du sujet. Ces publications accr�ditent � la fois le th�me de la ?guerre �conomique?, �tudi�e au sein de l'Ecole de Guerre Economique � Paris. Cette couverture des m�dias allemands n?est pas anodine.

Elle traduit �galement de l'autre cot� du Rhin une interrogation d�j� ancienne formul�e notamment dans l?ouvrage de r�f�rence d?Herzog, Le plan de guerre commerciale de l?Allemagne, publi� en 1914 et traduit en France en 1919 par le secr�taire de la Chambre de commerce de Lyon, M. Antoine de Tarl�. Selon les termes de ce d�bat, les �changes de court terme du march� sont parfois antagoniques avec les int�r�ts de long terme de la puissance. La r�ussite commerciale fond�e sur la d�localisation des centres de production peut m�me contribuer � affaiblir les bases fondamentales de la puissance. Rappelons pour illustrer ce d�bat le cas des Etats-Unis au d�but des ann�es 80 dans le domaine des semi conducteurs. Le Pentagone dut recadrer le comportement des industriels am�ricains qui d�localisaient leurs production dans une logique essentiellement ax�e sur le business. Les militaires am�ricains leur rappel�rent alors qu?ils risquaient de faire perdre aux Etats-Unis la ma�trise de certaines technologies critiques de la D�fense am�ricaine. Dans la foul�e de ce recadrage, les entreprises de la Sillicon Valley se mirent � breveter l?ensemble de leurs inventions. Par manque de r�flexion sur les probl�matiques g�o�conomiques de puissance, les pays europ�ens ne prirent pas en consid�ration ce ph�nom�ne malgr� la r�daction de rapports d?alerte de certains fonctionnaires. Aujourd?hui, les Am�ricains ont une telle avance dans le brevet logiciel que nous sommes dans un rapport fortement d�favorable, d?o� le d�bat strat�gique autour de la notion de logiciel libre. Si les normes et les brevets prot�gent pour l?instant la technologie d?Airbus et de Boeing dans le domaine de l?avionique, ces protections l�gales ne garantissent pas la s�curit� globale du d�veloppement de l?Occident dans une comp�tition de plus en plus exacerb�e.

Voici comme le sujet a �t� repris en Allemagne par les m�dias :

Les cha�nes de t�l�vision:
? N24 (http://www.n24.de)
? RTL

Les journaux imprim�s:
? Spiegel Online : http://www.spiegel.de
? Focus Online : focus.msn.de
? Manager Magazin : http://www.manager-magazin.de
? Handelsblatt : http://www.handelsblatt.com
? Merkur Online : http://www.merkur-online.de
? Die Welt : http://www.welt.de
? sueddeutsche.de : http://www.sueddeutsche.de
? Mitteldeutsche Zeitung : http://www.mz-web.de
? derStandard : http://www.derStandard.de
? Wiener Zeitung : http://www.wienerzeitung.at
? Basler Zeitung : http://www.baz.ch
? Saarbr�cker Zeitung : http://www.sol.de
? Donaukurier : http://www.donaukurier.de
? Aichacher Nachrichten : http://www.aichacher-nachrichten.de
? Harburger : http://www.han-online.de
? Augsburger Allgemeine : http://www.augsburger-allgemeine.de
? L�becker Nachrichten : http://www.ln-online.de
? Schwabm�nchner Allgemeine : http://www.schwabmuenchner-allgemeine.de
? Neu-Ulmer Zeitung : http://www.nuz.de
? Passauer Neue Presse : http://www.pnp.de
? M�rkische Allgemeine : http://www.maerkischeallgemeine.de
? Neue OZ Online : http://www.neue-oz.de
? Schw�bische Zeitung : http://www.szon.de
? Hamburger Morgenpost : http://www.mopo.de
? Aachener Zeitung : http://www.aachener-zeitung.de
? Reutlinger General-Anzeiger : http://www.gea.de
? Oberbayerisches Volksblatt : http://www.ovb-online.de
? N�rtinger Zeitung : http://www.ntz.de
? Leipziger Volkszeitung : http://www.lvz-online.de
? Volksstimme : http://www.volksstimme.de
? Lausitzer Rundschau : http://www.lr-online.de
? Wertheimer Zeitung : http://www.main-netz.de
? Th�ringer Allgemeine : http://www.thueringer-allgemeine.de
? Iserlohner Kreisanzeiger : http://www.ikz-online.de
? Main Taunus Kurier : http://www.main-rheiner.de
? Ostth�ringer Zeitung : http://www.otz.de
? Th�ringische Landeszeitung : http://www.tlz.de
? Offenbach Post : http://www.op-online.de
? Westfalenpost : http://www.westfalenpost.de
? Fr�nkischer Tag : http://www.fraenkischer-tag.de
? Westdeutsche Allgemeine : http://www.waz.de
? Oberhessische Presse : http://www.op-marburg.de
? Krefelder Zeitung : http://www.wz-newsline.de
?

Les m�dias virtuels:
? FinanzNachrichten.de : http://www.finanznachrichten.de
? news.de : http://www.news.de
? GMX : http://www.gmx.net
? WEB.de : http://www.web.de
? freenet.de : http://www.freenet.de

La � guerre de l?information du mouvement � des stagiaires

La � guerre de l?information du mouvement � des stagiaires

Le sujet n?est pas vraiment une d�couverte mais il fait la une de tous les m�dias : presse, radio, t�l�vision? La nouveaut� c?est que les stagiaires se rebellent et sont en gr�ve durant tout le mois de novembre avec en point d?orgue une journ�e de gr�ve g�n�rale le jeudi 24 novembre. D�non�ant le probl�me des stages abusifs en entreprise, un collectif baptis� G�n�ration Pr�caire coordonne les actions plut�t festives (pour ne pas dire d�cal�es) et les revendications dans l?objectif de faire r�former le statut de stagiaire.

Une situation de crise concernant les stages en France

D?apr�s le Conseil Economique et Social, pr�s d?un �tudiant sur deux - soit environ 800 000 - effectue au minimum un stage au cours de leur scolarit�. De son c�t�, l?APEC estime que 90% des dipl�m�s de niveau bac + 4 et plus ont effectu� au moins un stage au cours de leurs �tudes, 50% en ayant effectu� trois ou plus. Con�us � l?origine comme une ouverture du monde universitaire au monde professionnel, les stages ont acquis une importance d�cisive dans l?insertion professionnelle. Dans un contexte de ch�mage massif des jeunes dipl�m�s (16,3% chez les 18-30 ans), les stages ne constituent plus un � tremplin pour l?emploi � mais tendent � enfermer les jeunes actifs dans la pr�carit�.

La multiplication des stages pour les �tudiants et l?allongement r�gulier de la dur�e des �tudes ont fourni aux entreprises, administrations et associations une quantit� croissante de stagiaires. Confront�es � une conjoncture �conomique difficile, les employeurs ont peu � peu appris � utiliser cette main d??uvre dont la r�mun�ration n?est pas obligatoire. Le � contrat moral � initial du stage, outil � gagnant-gagnant �, mi-p�dagogique, mi-professionnel, s?est peu � peu perdu. Il est aujourd?hui fr�quent que les stagiaires occupent de v�ritables postes de travail, sans aucune dimension p�dagogique. Plus grave, des stagiaires se succ�dent parfois ind�finiment sur un m�me poste rempla�ant ainsi un salari� permanent. De leur c�t�, les organismes de formation (�coles et universit�s) n?assurent pas non plus toujours correctement le suivi des stagiaires pour diverses raisons (trop d?�tudiants par enseignant, inscription alibi � la facult� afin d?obtenir une convention et de conserver le statut d?�tudiant, ?).

Une politique de communication originale port�e et amplifi�e par Internet

Lanc� d?abord via des discussions sur des forums en ao�t puis sur un weblog en septembre, un r�seau de stagiaires en r�volte diffusant leur t�moignage s?est mont� et a donn� naissance � la cr�ation de la coordination G�n�ration Pr�caire qui s?est dot�e en octobre d?un site f�d�rateur de toutes les comp�tences et �nergies acquises � sa cause. L?information s?est alors tr�s vite r�pandue sur Internet notamment par les blogs et a �t� reprise par les m�dias. Inutile d?insister sur le fait que dans la sph�re journalistique, les pigistes et les stagiaires sont l�gions. Jugeant n�cessaire de se sortir du cadre virtuel des blogs et des mails pour se rencontrer, se compter et �changer, les membres du collectif ont lanc� un appel � la gr�ve g�n�rale des stages. Il y a d?abord eu la participation � la manifestation unitaire des syndicats le 4 octobre, puis des r�unions de travail et d?information, la manifestation un peu loufoque du 1er novembre, ?

Parall�lement, une s�rie de mobilisations courtes appel�es � flash-mobs � ont eu lieu sur Paris (tractage aux Halles, � la D�fense et dans des cantines de grandes entreprises, rencontre avec des DRH de grands groupes, par exemple chez Hachette Editions, filiale du groupe Lagard�re dans un secteur r�put� pour ses bataillons de stagiaires et autres contrats pr�caires?).

Forts du retentissement m�diatique que le mouvement G�n�ration Pr�caire a rencontr� au cours de ces deux derniers mois, les membres du collectif ont nou� de multiples contacts en vue de faire avancer leurs propositions de r�forme et aboutir � la cr�ation d?un cadre juridique des stages : rencontre avec les cinq centrales syndicales, rendez-vous avec le MEDEF et la CGPME, participation aux Etats G�n�raux de la Vie Etudiante, entretien avec des d�put�s de toute ob�dience, ?

G�n�ration Pr�caire plaide pour l'inscription du statut du stagiaire (dont la version actuelle date de 1978) dans le Code du travail et l'instauration d'une r�mun�ration minimale, progressive et assujettie aux contributions sociales. La coordination s?est fix� comme objectifs pour le printemps 2006 d?obtenir l?�tablissement d?un bilan sur l?impact �conomique des stagiaires sur le march� du travail (�tude chiffr�e) et faire passer la r�forme du statut des stagiaires avec r�mun�ration obligatoire.

Des premiers r�sultats encourageants

Ces actions ont permis d?informer les salari�s, de susciter le d�bat et pour G�n�ration Pr�caire de constater que le grand public est sensible � la cause des stagiaires. Les Minist�res de l?Education nationale et du Travail d�clarent vouloir ouvrir des consultations sur la question des stages. Le MEDEF s?engage pour sa part � �laborer une � charte de bonne conduite �, pour � responsabiliser � les diff�rents acteurs impliqu�s - l'entreprise, le stagiaire et l'�tablissement d'enseignement. Ce ne sont que des premiers pas des diff�rentes institutions en direction de ce mouvement qui se veut ind�pendant de tout parti et tout syndicat.

Quelques centaines de personnes r�unies sur Paris et des essaimages �galement en province c?est un demi succ�s, gare � l?essoufflement des bonnes volont�s et de l?int�r�t des m�dias ! Pour ne pas laisser retomber la mayonnaise qui a l?air de prendre, il serait me semble-t-il judicieux de continuer � utiliser Internet pour d�noncer les pratiques abusives au moyen par exemple d?un site de notation des entreprises ou organismes stagiophages? C?est en tout cas le conseil que je pourrais donner aux �tudiants des formations en IE, victimes eux aussi de ce syst�me inique. A eux de se f�d�rer et de coordonner !

St�phane MARTIN, cofondateur de M�tis **


NB : une analyse plus approfondie sur la gen�se de ce mouvement et sur la strat�gie Internet mise en oeuvre sera d�crite dans le prochain num�ro de VigIE, la lettre d?information du Master IECS

Site ressource du collectif G�n�ration Pr�caire et sa p�tition en ligne qui d�j� recueillie plus de 10 000 signatures
http://www.generation-precaire.org

Portofolio du 1er novembre, la premi�re gr�ve des stagiaires
http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0,31-713545,0.html

* � arm�e de r�serve de l?entreprise �, expression utilis�e par le quotidien Le Monde pour le titre d?un de ses articles (Le Monde, p. 12, Fr�d�ric Potet, 05/11/2005)
** M�tis, l?association des anciens du Master IECS de l?Icomtec (Universit� de Poitiers - site du Futuroscope)

Le quotidien fran�ais Lib�ration sombre dans le n?importe quoi

Le quotidien fran�ais Lib�ration sombre dans le n?importe quoi

Depuis de longues ann�es, Serge July nous a habitu� � l?affairisme de presse et aux glissements �ditoriaux qui en d�coulent. Il est dommage que certains de ses journalistes suivent un chemin parall�le en singeant une posture morale post soixante-huitarde qui n?amuse plus grand monde. Mais la baisse du nombre de lecteurs, au m�me titre que la crise sociale r�v�l�e par la r�cente gr�ve du personnel, n?est pas une circonstance att�nuante pour tol�rer les d�rapages d�magogiques de ce quotidien. Celui-ci s?est surpass� dans la m�diocrit� r�dactionnelle � travers l?amalgame qu?il vient de pratiquer dans son article titr� Barbouzeries industrielles au bout des canons paru le 1er d�cembre 2005.

En prenant le pr�texte de la sinistre affaire Gomez contre Matra, le journaliste de Lib�ration Renaud Lecadre se l�che en ces termes en parlant de l?intelligence �conomique :
� L'intelligence �conomique a encore recul� d'un cran hier devant le tribunal correctionnel de Paris en charge de l'affaire �Couper les ailes de l'oiseau�. La soci�t� Thomson y est accus�e de tentative d'extorsion de fonds contre le groupe Lagard�re, sur fond de r�glements de comptes entre marchands de canons. De fait, l'intelligence �conomique est la nouvelle appellation de l'espionnage industriel, qu'il soit pratiqu� par des services gouvernementaux ou des officines priv�es, ses praticiens ayant la f�cheuse tendance de passer de l'un � l'autre. �

R�sumer l?intelligence �conomique � ce genre de duel fratricide franco-fran�ais est bien pratique pour les individus qui se contentent de regarder passer les trains. L?avenir de notre pays n?est pas dans les mains de journalistes de ce type. C?est clair mais cela ne leur donne pas le droit de confondre le crachat avec la plume. Les personnes qui se battent pour que les entreprises fran�aises r�sistent � une comp�tition �conomique de plus en plus acharn�e, ne se reconnaissent pas dans ces propos stupides. L?intelligence �conomique collective que nous b�tissons pas � pas depuis 20 ans s?inscrit dans une autre vision du monde. Elle est le fruit de la lutte continue (qui ne se limite pas � trois jours de gr�ve) pour d�fendre les emplois sur ce territoire qu?est la France, de la combativit� informationnelle indispensable au d�veloppement comp�titif de la France et � la pr�servation de son mode de vie, de la lucidit� �vidente sur le fait que nous perdons du terrain face � des pays en recherche de puissance comme la Chine, vis-�-vis de laquelle il est bien vain de croire que aurons toujours deux coups d?avance technologique. La confrontation rampante que vit aujourd?hui le personnel de Lib�ration avec les nouveaux financiers du journal risque peut-�tre un jour, de leur d�montrer � quoi sert l?intelligence �conomique dans un combat pour la survie. Souhaitons-leur que ce la ne soit une d�monstration par l?absurde.

L?�quipe d?Infoguerre

N?avalons pas n?importe quoi ! de Fabiola Flex

N?avalons pas n?importe quoi ! de Fabiola Flex

Nous sommes ce que nous mangeons ! Les consommateurs ont pris conscience que leur sant� d�coulait largement de leur alimentation. Les multinationales de l?agro-alimentaire l?ont aussi bien compris et proposent des gammes de produits r�pondant � ces nouveaux besoins : moins de sucre, moins de gras, moins de cholest�rol, ajout de calcium, de magn�sium? Ces produits de consommation sont-ils cependant l�gitimes pour se substituer aux m�dicaments ?

Est-il en effet n�cessaire de manger des aliments enrichis en calcium, en magn�sium, vitamines C? si notre corps n?est pas en d�ficience ? Les produits sans-sucre sont-ils vraiment sans-sucre ? Un yaourt all�g� est-il meilleur pour notre sant� que son cousin non all�g�, souvent moins cher ? Quelles sont les motivations des multinationales qui transforment progressivement leurs publicit�s en consultations m�dicales ?

� N?avalons pas n?importe quoi ! � est le r�sultat de l?enqu�te men�e par Fabiola Flex sur ces produits, de l?all�g� � l?enrichi en passant par les sans-sucre. L?auteur a collectionn� les pots de yaourts et autres emballages pour les �tudier et en d�cortiquer, avec humour et rigueur, leurs compositions. Pour appuyer son investigation, Fabiola Flex a interview� de nombreux experts de la nutrition et des anciens des multinationales agro-alimentaires.
Ces � aliments sant� �, pour ne pas dire � alicaments �, envahissent les rayons et b�n�ficient des peurs des consommateurs : exc�s de poids pour les femmes, os suffisamment r�sistants pour les jeunes comme pour les plus �g�s, cocktails de vitamines pour les plus jeunes?

Cet ouvrage met � mal de nombreuses id�es re�ues, voire des croyances, sur la plupart de ces � produits sant� �. Nous ne pouvons que recommander la lecture de ce livre qui d�montre, chiffres � l?appui, les rouages de cette industrie.

Aujourd?hui journaliste ind�pendante, Fabiola Flex a auparavant travaill� dans le d�partement marketing de la multinationale Unilever, puis comme journaliste pour les magazines Newbiz et Management.

AVS

N'avalons pas n'importe quoi ! : Comment l'industrie s'engraisse en nous vendant de l'all�g�, de l'enrichi, du sans-sucre, etc.
de Fabiola Flex
Robert Laffont, octobre 2005

Europe, Etats-Unis et Asie dans la bataille de la t�l�phonie mobile

Europe, Etats-Unis et Asie dans la bataille de la t�l�phonie mobile

Parmi les priorit�s strat�giques fix�es par Bill Clinton en 1997, la domination des Etats-Unis dans le domaine des t�l�communications est certainement une de celles dont on aura le plus parl�. Toutefois, la pr�dominance de l?industrie et des instances de normalisation am�ricaines dans le d�veloppement et la ma�trise de l?Internet cache un r�el retard sur tout le pan pr�cis mais capital, des t�l�communications mobiles.
Avec plus d?un milliard d?utilisateurs (80% du march� mondial), la t�l�phonie GSM a en effet consacr� le succ�s international d?une norme europ�enne, depuis mondialement diffus�e, qui a port� le d�veloppement �conomique de nombreux industriels europ�ens et, par voie de cons�quence, soutenu la croissance de ces pays.
L?explosion du march� asiatique d?une part, la g�n�ralisation des standards Internet pouss�s par la puissance am�ricaine d?autre part, viennent aujourd?hui remettre en cause les positions acquises.

Les origines du retard am�ricain

Le parti des Etats-Unis de � laisser choisir le march� � a eu pour cons�quence de ralentir le d�veloppement de la t�l�phonie mobile dans ce pays (1). Celle-ci est rest�e longtemps co�teuse, de m�diocre qualit� du fait de l?utilisation de r�seaux analogiques d?ailleurs piratables, et pas toujours accessible du fait de la g�ographie du pays : les vastes �tendues peu peupl�es ne sont pas couvertes (pour des raisons de rentabilit�), le c?ur des villes est au contraire satur�, les tours de bureaux �tant de plus particuli�rement difficiles � couvrir, enfin le march� a longtemps �t� �clat� entre une multitude d?op�rateurs locaux.
Au plan priv�, on est encore loin au Etats-Unis du concept de � t�l�phonie personnelle � : � titre d?illustration, les cabines t�l�phoniques publiques mettent du temps � dispara�tre des rues de Manhattan et de ses stations de m�tro !
En ce qui concerne l?utilisation professionnelle de la t�l�phonie, il faut sans doute prendre en compte le fait que la culture juridique des Etats-Unis favorise la � trace �crite � qui vaut preuve, alors que la partie latine de l?Europe en est encore � une culture tr�s orale des relations d?affaires ; d?o� l?explosion � l?inverse des � pagers � �volu�s du type � BlackBerry �.

Les enjeux du d�veloppement de la t�l�phonie mobile au XXI�me si�cle

Alors que s?engage la bataille du � second milliard �, les positions europ�ennes sont particuli�rement menac�es ; le d�veloppement de la t�l�phonie mobile � de base � ne peut se faire que par une r�duction draconienne des co�ts : les pays qui restent faiblement �quip�s en mobiles sont en effet des pays moyennement ou peu d�velopp�s, � faible pouvoir d?achat, mais o� la demande est criante, ne serait-ce qu?en raison d?infrastructures fixes d�ficientes, voire inexistantes.
L?industrie europ�enne tente de � limiter les d�g�ts � ; d?une par en d�localisant la production et en regroupant les acteurs ; d?autre part en misant sur une �volution du concept de t�l�phonie personnelle au travers du multim�dia mobile et des r�seaux dit � 3G � appuy�s sur la norme UMTS. Une bataille au corps � corps avec l?industrie asiatique engag�e dans le m�me combat.
Pour leur part, les Etats-Unis ont choisi de ne pas s?engager dans cette bataille (2), conscients de ne pouvoir ni lutter sur la t�l�phonie mobile basique, dont les co�ts seront fatalement tir�s vers le bas, ni concurrencer l?avance technologique du Japon ou de la Cor�e du Sud sur le multim�dia mobile.
La strat�gie des Etats-Unis va donc consister � changer le paradigme actuel, en capitalisant sur leurs forces, c?est-�-dire la ma�trise des technologies de l?Internet : il ne s?agira pas de faire �voluer les r�seaux voix mobiles vers le multim�dia mobile, mais de rendre mobile le r�seau Internet tout en lui faisant supporter la voix.

La t�l�phonie sur Internet, axe de d�veloppement strat�gique des Etats-Unis

Utiliser un r�seau Internet pour transporter de la voix ne constitue pas une v�ritable r�volution technologique. Num�ris�e, la voix est une donn�e � presque � comme les autres qui exige en revanche un tr�s bon niveau de qualit� de service (d�bit, taux de perte, taux d?erreur ?) de mani�re � permettre une conversation entre deux interlocuteurs ; en effet, si on peut se permettre qu?un e-mail mette quelques secondes pour atteindre son destinataire du fait de l?encombrement du r�seau, une telle situation n?est pas envisageable pour soutenir une conversation vocale.
Pendant longtemps, la bande passante disponible sur les r�seaux a �t� insuffisante pour une utilisation de ce type ; le d�veloppement de l?ADSL chez les particuliers ou dans les PME, des fibres optiques pour les autres r�seaux, permettent de disposer des ressources suffisantes pour la � t�l�phonie sur IP � (3).
Avec des logiciels comme Skype (rachet� r�cemment par Ebay), tout consommateur peut dor�navant utiliser son ordinateur pour t�l�phoner quasi gratuitement.
Reste le probl�me de la mobilit�.

Op�ration WiFi

Con�ue il y a d�j� une vingtaine d?ann�es, la norme WiFi a �t� initialement pr�vue pour permettre � des ordinateurs de bureau de se connecter sans fil � un r�seau local ; pens�e pour une utilisation en espace clos, plut�t en compl�ment d?une infrastructure existante, c?est une technologie simple et robuste mais qui ignore beaucoup d?aspects importants : s�curit� des �changes, partage de la bande passante, interf�rences entre utilisateurs, consommation �lectrique excessive, itin�rance d?une borne WiFi � l?autre sans perte de connexion?
Mais le WiFi, � la norme 802.11b, c?est aussi un d�bit de 11 Mb/s, quand les r�seaux sans fil inspir�s du GSM ne proposent encore que 40 kb/s (nous sommes au d�but de l?ann�e 2001). De quoi faire r�ver alors que la course au d�bit s?intensifie dans l?ADSL.
Malgr� ces d�fauts, cette technologie va faire l?objet, � partir de la mi-2001, d?une offensive informationnelle sans pr�c�dent, tendant � d�montrer qu?elle est toute indiqu�e pour des r�seaux publics d?acc�s Internet. R�dactionnel dans les revues sp�cialis�es, �vang�lisation des donneurs d?ordre ou des politiques (4), diffusion d?�tudes marketing outrageusement optimistes (5), s�ances de travail sur les business models avec les op�rateurs t�l�phoniques? tous les acteurs am�ricains de la cha�ne de la valeur sont mis � contribution. Pendant des mois, le monde de l?informatique et des t�l�coms ne va plus entendre parler que des hot spots, ces lieux publics o� l?on pourra se connecter en haut d�bit, presque partout et pour presque rien.
On notera au passage que la technologie WiFi est miraculeusement �pargn�e par le d�bat quasi hyst�rique sur la nocivit� des installations GSM et de l?utilisation des t�l�phones portables. De quoi s?interroger sur l?origine de ces rumeurs.
L?offensive atteint son apog�e avec l?entr�e en sc�ne d?Intel. Le fondeur a mis au point l?architecture Centrino, sp�cialement �tudi�e pour faciliter la connexion WiFi et optimiser la consommation �lectrique ; il a convaincu les principaux constructeurs informatiques, lesquels proposent tous Centrino sur leurs nouveaux mod�les ; il d�veloppe avec ceux-ci une communication publicitaire commune type Intel Inside. Bref, une fois encore � les loups chassent en meute �.
Plus fort encore, d�clarant � qu?on ne peut pas vendre de Ferrari quand il n?y a pas d?autoroutes � (6), Intel finance le d�ploiement des premiers op�rateurs publics WiFi : une multitude de petits acteurs voient ainsi le jour (7), une �closion facilit� par le fait que l?acc�s aux fr�quences est gratuit, contrairement � celles de l?UMTS qui fait l?objet de redevances astronomiques.
En amor�ant ainsi la pompe, Intel cr�� l?illusion d?un march� du hot spot public qui, � d�faut de se concr�tiser par la suite, contribue � d�stabiliser celui des technologies europ�ennes en cours de d�ploiement.
D�j� naturellement frileuses dans un contexte �conomique tendu, les entreprises utilisatrices h�sitent en effet � s?engager ; quant aux � grands � op�rateurs, ils doivent un temps reconsid�rer leur strat�gie.

L?affaire fera long feu, le WiFi �tant totalement inadapt�e � la couverture d?espaces ext�rieurs. N�anmoins, en espace clos, il reste un concurrent s�rieux de la t�l�phonie mobile : 40% des appels sont effectivement pass�s � l?int�rieur du domicile. C?est insuffisant pour remplacer le GSM, mais suffisant pour alt�rer son �quilibre �conomique.
Bien que ce march� n?ait d�coll� ni en Europe ni aux Etats-Unis (8), l?industrie am�ricaine revient aujourd?hui � la charge avec de nouvelles solutions miracles (WiMax ou �volutions de la norme WiFi), sens�es r�soudre tous les probl�mes rencontr�s jusqu?� lors.
Mais la plus belle r�ussite des Etats-Unis sera d?avoir r�ussi � convaincre la communaut� scientifique internationale de travailler � l?am�lioration de la norme WiFi (9), la norme europ�enne directement concurrente HiperLAN2 �tant par ailleurs abandonn�e.

Quelle strat�gie de puissance pour l?Union Europ�enne ?

Comme nous l?avons vu, la partie n?est pas encore gagn�e par les diff�rents protagonistes, la question majeure �tant : l?UE a-t-elle compris qu?elle �tait un protagoniste ?
Sur ce point, on ne sera pas surpris que la volont� de puissance europ�enne ne soit pas au rendez-vous : t�moin le rapport commandit� � IPTS par le Joint Research Center de la Commission Europ�enne. Page 52, nous d�couvrons le sc�nario d?�volution dit � constant change �, consid�r� le plus r�aliste (page 60) : le territoire europ�en y est d�crit comme un champ de bataille entre les technologies issues de l?industrie am�ricaine (�volution du WiMax) et celles venues d?Asie (4G). Au passage, le rapport mentionne avec fatalisme le risque de contestation des op�rateurs 3G, porteurs d?investissements lourds non rentabilis�s et de redevances astronomiques non amorties (10) !
Technologiquement pourtant, les recherches se poursuivent dans le sens d?une am�lioration significative des d�bits : disponible d�s 2006, l?�volution HSPDA de l?UMTS permet de disposer de 2 Mb par terminal ce qui est amplement suffisant compte tenu des besoins actuels.
Certes, la partie n?est pas gagn�e pour l?Europe, en affrontement direct avec l?Asie. La concurrence des Etats-Unis est en revanche beaucoup plus fragile d�s lors que l?Union Europ�enne accepte d?assumer son r�le :
- En instituant des redevances �quilibr�es sur les fr�quences WiFi et WiMax au lieu de laisser ces technologies libres de droit, ce qui constitue une concurrence d�loyale
- En bloquant la lib�ration de nouvelles bandes de fr�quences (11) au profit du WiFi ou du WiMax, bandes sur lesquelles ces normes sont techniquement plus comp�titives, mais qui pourraient tout aussi bien �tre r�serv�es � des technologies europ�ennes en devenir (HiperLAN2)
- En ne laissant pas s?installer un d�bat sur la nocivit� des installations sans fil sans veiller � ce que la d�marche soit agnostique vis-�-vis des technologies en cause,
- En mettant en avant les imp�ratifs de s�curit� collective : il est tout de m�me paradoxal, compte tenu des �v�nements du 11 septembre, que les Etats-Unis puissent pousser une technologie qui ne permettent pas la mise en place d?�coutes l�gales (une obligation pour les op�rateurs GSM), sauf � � �couter tout le monde � (cf. Echelon), d�marche en contradiction avec les imp�ratifs de secret de la correspondance priv�e (12).
- Tout aussi contradictoire, le 911 Act (26 octobre 1999) exige qu?� partir d?octobre 2001, les t�l�phones cellulaires transmettent des donn�es de localisation aux services d?urgence, une date r�guli�rement repouss�e � la demande des op�rateurs. En toute logique, l?obligation devrait �tre �tendue aux services de communication bas�s sur le WiFi ou le WiMax, beaucoup bien moins bien positionn�s pour r�pondre � de telles exigences.
A noter que tout brevet dans l?un ou l?autre des deux domaines pr�c�dents accorderait un avantage strat�gique � la puissance qui le d�tiendrait.

Sur le papier, l?Europe est donc tout � fait en mesure de ma�triser les man?uvres am�ricaines pour se concentrer sur sa comp�titivit� face � l?Asie : les comp�tences technologiques existent mais ne sont pas clairement mobilis�es dans une direction unique et conforme aux int�r�ts europ�ens ; les industriels europ�ens sont oblig�s de disperser leurs R&D entre les diff�rentes technologies en concurrence alors qu?il serait plus efficace qu?ils puissent se concentrer � � coup s�r � sur une technologie europ�enne ; quant aux op�rateurs, ils restent dans une attente prudente.
Tous les pupitres sont l�, la partition ne demande qu?� �tre jou�e. Mais il manque un chef d?orchestre.

Jean Michel Pennetier
EGE promo 2006


1. A mi-2001, malgr� un doublement par rapport � 1998, le taux de p�n�tration aux Etats-Unis �tait de 36% alors qu?il d�passait les 63% en Europe de l?Ouest (base 15 pays) et 55% en France
2. Sur leur march� local, les Etats-Unis se contentent d?ailleurs d?�volutions prudentes vers la data mobile (r�seaux dit � 2,5 G �) sans toucher aux technologies plus co�teuses comme l?UMTS.
3. Voir en annexe notre note � Le march� professionnel de la voix sur IP : un exemple d?alliance strat�gique Etats-Unis / Europe �
4. Dans son enthousiasme, un d�put� fran�ais ira m�me jusqu?� d�clarer qu?avec le WiFi (11 Mbits), on n?avait plus besoin d?ADSL (1 Mbit au mieux � l?�poque) ; celui-ci n?avait pas int�gr� � sa r�flexion que les bornes WiFi sont elles-m�mes raccord�es � Internet, le plus souvent en ADSL, le d�bit maximal �tant par cons�quent le d�bit le plus faible de la cha�ne.
5. Certaines �tudes pr�voient alors plus de 10.000 hot spots publics en France en 2005 : il n?y en a pas le quart aujourd?hui.
6. Ce � quoi on pourra r�torquer que Ferrari n?a jamais financ� d?autoroutes, si ce n?est de mani�re tr�s indirecte par les PV pour exc�s de vitesse de ses clients
7. All Telecom, Meteor Networks, Naxos, Visacom, Wifirst ? Une bonne partie de ces op�rateurs se contente d?ailleurs de pr�empter des lieux de chalandise strat�giques dans l?espoir d?�tre rachet�s ult�rieurement au prix fort par les op�rateurs traditionnels ; ils en seront malheureusement pour leurs frais
8. Les op�rateurs mobiles qui disposent aussi d?une infrastructure fixe contribuent � calmer le jeu afin d?�viter la cannibalisation de leur client�le.
A noter �galement que l?industrie am�ricaine va r�cup�rer sa mise de mani�re impr�vue sur le march� priv� (5% des internautes fran�ais �quip�s WiFi � fin 2004), le consommateur �tant s�duit par la praticit� de l?installation WiFi qui permet de connecter plusieurs ordinateurs sur un m�me lien ADSL, de connecter entre eux imprimante, scanner, bref de se constituer un petit r�seau local sans y conna�tre quoique ce soit et sans d�figurer son appartement avec un c�blage anarchique.
9. Voir en annexe la road map normative du WiFi telle qu?on la pr�sentait en 2001
10. ?Guerrilla? markets arise, as an outgrowth from opportunistic investments in parallel technologies to 3G and 2G mobile. New entrants appear, starting with VoIPover WiFi, combined with early unlicensed spectrum for long distance WiFi (...). WiFi networks spead in an ad hoc pattern accross the USA, Asia and into Europe. Wmax pushes in fast behind, to interconnect and finally replace WiFi (...). A complete 4G mobile system (...) appears from Asia (...). 4G grows fast (increasingly so after 2010).
11. Sans trop rentrer dans les d�tails techniques, la norme WiFi 802.11a qui s?appuie sur une bande de fr�quence actuellement r�serv�e en Europe permet de doubler les d�bits par rapport � la norme 802.11b actuellement d�ploy�e ; de plus, le nombre de canaux est beaucoup plus important et permettrait d?envisager de vrais r�seaux cellulaires. Quant au WiMax, les �tudes d?Alcatel ont d�montr� qu?il n?�tait comp�titif vis-�-vis de l?ADSL que dans la bande /// actuellement r�serv�e.
12. Il faut donc se f�liciter de l?initiative du minist�re de l'Education nationale, de l?enseignement sup�rieur et de la recherche d?avoir suivi tr�s rapidement les recommandations de Bernard Vors, Haut Fonctionnaire de D�fense aupr�s du minist�re, charg� entre autres, de la s�curit� des syst�mes d'information aupr�s de cette administration, visant � proscrire l?usage de Skype dans l'enseignement sup�rieur et la recherche


TELEPHONIE FIXE SUR PROTOCOLE INTERNET : UN EXEMPLE DE CONVERGENCE D?INTERET EUROPE / Etats-Unis

La t�l�phonie fixe sur protocole Internet est la nouvelle r�volution de la t�l�phonie fixe en entreprise. Cens�e apporter de nouveaux services aux utilisateurs (globalement, toutes les ressources d?une messagerie type Outlook de Microsoft, mais appliqu�es � la voix), cette technologie faciliterait le travail collaboratif par une int�gration plus pouss�e de l?informatique et de la voix.
Les �tudes annoncent un march� global de 10md$ en 2005, en augmentation de 70$ par rapport � l?ann�e 2004 et, toujours tr�s optimistes, �valuent � 40% le nombre d?installations qui devraient basculer sous IP en 2008, la France �tant dans le peloton de t�te europ�ens aux c�t�s du Royaume Unis et des pays nordiques.

Une conf�rence � l?EBG (Electronic Business Group), en juin 2005, a permis de faire le tour de la r�alit� des usages apr�s retour d?exp�rience des utilisateurs. Participaient � cette conf�rence :
- Philippe van Haecke, DSI d?Auchan, qui a pass� ses 160 sites en VoIP � l?occasion du remplacement de ses autocoms, a d�clar� que le retour sur investissement n?avait rien d?�vident, et que la technologie permettait surtout d?avoir une gestion centralis�e par la DSI de l?ensemble des 32.000 postes t�l�phoniques, � l?identique de la gestion du parc informatique. Interrog� sur les nouveaux services, il a r�pondu qu?on �tait content de pouvoir toujours t�l�phoner !
- Laurent Allard, DG d?Axa Technology Services, prestataire interne d?Axa, a confirm� que le ROI �tait effectivement difficile � d�fendre, malgr� des quantit�s importantes (100.000 collaborateurs dans 14 pays), d?autant que la concurrence joue peu car les diff�rents fournisseurs ne sont pas compatibles entre eux. Il a ajout� que le business model n?�tait pas tr�s clair et qu?on avait du mal � comprendre l?organisation de la cha�ne de la valeur (fournisseurs, int�grateurs, op�rateurs)
- Jean-Louis Fournioux, directeur g�n�ral de l?activit� entreprise d?Alcatel, tr�s int�ress� � l?affaire, a pr�cis� qu?il n?y avait plus � ce jour d?appel d?offres grands comptes sans VoIP et que celle-ci �tait retenue dans 50% des cas. Il a surtout confirm� que le remplacement des autocoms n?�tait plus dor�navant dans les budgets des Services G�n�raux de l?entreprise, mais int�gr�s au sch�ma directeur de la DSI. Confirmant que le ROI sur la seule installation t�l�phonique ne se justifiait pas, il a mis en avant des gisements de productivit� � venir, li�s � l?int�gration t�l�phonie / informatique
- Pour J�r�me Salun, directeur marketing de Completel, l?IP est pour l?op�rateur une facilit� de collecte des appels et, pour le client, l?avantage d?un interlocuteur unique pour la voix et la donn�e.
En r�sumant de mani�re un peu provocatrice, nous pouvons donc dire que les installations restent ch�res et que la non standardisation limite la concurrence : une fois qu?on a d�marr� avec un op�rateur, il n?y a plus de n�gociation possible au fil des diverses extensions. Les utilisateurs peinent � imaginer les � services miraculeux � qui leur permettront de g�n�rer les gains de productivit� sens�s justifier le ROI de l?installation en IP et on est content quand �a marche !
Pourtant, ces clients c�dent apparemment sans trop lutter aux avances de leurs fournisseurs traditionnels (l?am�ricain Avaya, le fran�ais Alcatel et l?allemand Siemens repr�sentent � eux trois la moiti� du march� europ�en). Pour ceux-ci, l?innovation que repr�sente la VoIP est le seul moyen de conserver leurs parts de march� face � l?arriv�e des � low-cost � asiatiques sur le march� des autocoms traditionnels.
C�t� client, la VoIP justifie le regroupement de l'ensemble de la probl�matique de communication et d'information sous une m�me entit�, la DSI, quitte � anticiper sur les b�n�fices � venir.

Ce qui d�montre qu?europ�ens et am�ricains sont aussi capables de faire cause commune contre les asiatiques.

10.11.05

Colloque : � La soci�t� civile, tiers secteur ou Tiers Etat ? �

Infoguerre.com - Colloque : � La soci�t� civile, tiers secteur ou Tiers Etat ? �

L?�mergence d?une soci�t� civile prot�iforme (ONG, r�seaux associatifs, mouvements alter mondialistes, think-tanks ou collectifs citoyens?) s?impose comme l?une des transformations majeures du paysage politique et social fran�ais comme international.
Les ONG jouissent non seulement d?une empathie tout � fait significative de la part de l?opinion publique mais sont �galement per�ues comme l?un des seuls acteurs susceptibles de porter l?esp�rance des fran�ais sur les th�mes qui leur sont chers (sant�, environnement, in�galit�s sociales, protection des libert�s?) face � des repr�sentants politiques d�mon�tis�s et un syst�me �conomique jug� trop puissant.

Le r�cent sondage TMO-First&42nd en est une illustration int�ressante : On s?aper�oit ainsi que 66% des fran�ais ont une image positive des ONG, que 70% de nos concitoyens pensent que les ONG ont raison de faire des campagnes contre les multinationales et que pour faire avancer les choses en mati�re de progr�s social, ils font d?abord confiance aux ONG (37%), devant les syndicats (24%), les hommes politiques (13%) et les entreprises (6%).

Ces nouveaux acteurs ne poursuivent pourtant pas les m�mes objectifs et ne disposent pas des m�mes moyens. Les postures strat�giques (�vitement, affrontement, coop�ration) font maintenant partie int�grante des choix de d�veloppement des diff�rentes parties prenantes sur les �chiquiers �conomiques, politiques ou soci�taux.

Ces �volutions m�ritent une r�flexion transversale entre les diff�rents acteurs concern�s (associations, pouvoirs publics, entreprises, universitaires?) afin de d�battre du r�le et de l?influence de ces nouveaux acteurs � l?heure de la mondialisation.

C?est dans cet objectif qu?aura lieu le colloque intitul� � la soci�t� civile, tiers secteur ou Tiers Etat ? Des nouveaux pouvoirs � l?heure de la mondialisation �, organis� le 16 novembre 2005 par le cabinet de conseil en responsabilit� sociale First&42nd, o� d�battront personnalit�s des mondes associatifs, politiques, universitaires et de l?entreprise.


Colloque � la soci�t� civile, tiers secteur ou Tiers Etat ? �
Mercredi 16 novembre 2005
Petit auditorium, entr�e hall Est, BNF, site Fran�ois Mitterrand.

Contact:
First&42nd
Tel: 0156697547
David.menasce@first42.com

La guerre froide continue? et elle n?est pas pr�te de s?arr�ter !

Infoguerre.com - La guerre froide continue? et elle n?est pas pr�te de s?arr�ter !

Le Monde a publi�, dans son �dition du 8 novembre 2005, un article de Ivan Kratsev (1), pr�sident du think-tank bulgare Center for Liberal Strategies � Sofia (2), sur l?�mergence de ce qu?il appelle les � polit-technologui �. Ces � technologues politiques � ont connu une ascension rapide ces derni�res ann�es et sont, en quelque sorte, le pendant russe du mouvement n�oconservateur am�ricain.

Ces conseillers politiques sont � l?origine de la red�finition de la politique �trang�re russe et celle-ci s?inscrit dans les �volutions g�opolitiques et g�o�conomiques de ces derni�res ann�es :
- L?attractivit� qu?�prouvaient les PECO vis-�-vis de l?Union europ�enne (richesse, stabilit�) est devenue un sentiment d?amertume devant sa stagnation politico-�conomique ainsi que l?impasse quant aux diff�rents �largissements.
- Alors que l?UE �tait analys�e par le Kremlin comme un outil de la politique �trang�re franco-allemande, celle-ci s?�mancipant de la tutelle am�ricaine, l?UE est vue aujourd?hui comme une arme anglo-polonaise et o� les Etats-Unis sont �cout�s.
- Les r�volutions, ou les tentatives, dans � l?�tranger proche � de la Russie (les ex-pays satellites) ont �t� v�cues comme un 11 septembre (les mots sont de l?auteur) par le Kremlin.
- La crise �nerg�tique mondiale renforce chaque jour le pouvoir de Poutine et sa politique de diplomatie �nerg�tique, dont Gazprom est l?avatar.

Ainsi, selon l?auteur, les objectifs de la diplomatie russe ont radicalement chang�. Alors qu?elle s?effor�ait, depuis la chute de l?URSS, de garantir la stabilit� et la pr�servation de l'int�grit� territoriale des Etats postsovi�tiques (3), elle s?engage aujourd?hui � exporter sa propre version de la d�mocratie et � constituer des noyaux prorusses au sein des soci�t�s anciennement soumises. Cette politique a pour objectif principal de d�velopper une infrastructure suffisante d'id�es, d'institutions, de r�seaux et de contacts dans les m�dias qui permettront un regain d'influence lors de la crise pr�visible des r�gimes � orange � (Ukraine et G�orgie). La Russie ne se battra pas contre la d�mocratie dans ces pays. Elle luttera pour son type de d�mocratie.

� En effet, les technologues politiques croient sinc�rement aux vertus et � l'avenir d'une � d�mocratie dirig�e �, m�lange subtil de r�pression douce et de manipulation dure. La plupart d'entre eux connaissent bien l'Occident et s'en inspirent. Leur vision de la politique est totalement �litiste : il s'agit d'une �trange combinaison de postmodernisme fran�ais, de mani�risme dissident, de coups tordus fa�on KGB et de cynisme post-sovi�tique, le tout m�l� d'efficacit� tr�s � business � et de grandiloquence russe traditionnelle. Ils croient en la d�mocratie, mais en une d�mocratie manipulatrice, pas repr�sentative �.

Un autre changement dans la politique de Moscou est le r�le accru de la soci�t� civile comme vecteur d?influence (4). D'apr�s l'un des technologues politiques les plus influents, Sergue� Markov, les r�volutions du XXI�me si�cle seront celles des ONG. Ces r�volutions n'ont pas de centre de coordination ni d'id�ologie unique ; elles ne sont ni planifi�es ni d�clench�es de fa�on publique. � Les r�volutions d'ONG sont des r�volutions de l'�re de la mondialisation et de l'information. Il est vain de protester contre cette r�alit�, �crit Markov, quiconque veut jouer un r�le en politique au XXIe si�cle doit cr�er ses propres r�seaux d'ONG et leur fournir de l'id�ologie, de l'argent et des bras �.
La nouvelle politique �trang�re du Kremlin se focalise donc sur la cr�ation de ces r�seaux (groupes de r�flexion, organisations de m�dias, centres de d�veloppement), ceux-ci permettant � la Russie de se pr�senter elle-m�me comme un � exportateur de d�mocratie �, � l?instar des Etats-Unis. De ce fait, � terme, les responsables politiques de Moscou sont en train de s'assurer que la prochaine r�volution, celle qui verra tomber Viktor Iouchtchenko et Mikha�l Saakashvili, se fera aux couleurs de Moscou.

AR


1. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-707332,0.html

2. http://www.cls-sofia.org/index.html Le lecteur peut se rendre sur le site et retrouver les partenaires et financiers du think-tank, principalement am�ricains et allemands (souvent � travers des pseudo fondations bulgares). Les projets pass�s et futurs sont aussi pr�sent�s.

3. Principalement l'Ukraine, la Bi�lorussie, le Kazakhstan, la Moldavie, les R�publiques du Caucase et celles d'Asie Centrale.

4. Ce que les Etats-Unis ont d�j� pris en compte depuis une dizaine d?ann�e.

Focus sur le National Clandestine Service

Infoguerre.com - Focus sur le National Clandestine Service

En octobre 2005, les directeurs de la National Intelligence et de la Central Intelligence Agency, John D. Negroponte et Porter J. Goss, ont annonc� la cr�ation d?un nouveau service de renseignement : le National Clandestine Service (NCS).

Plac� sous le commandement direct de la CIA, ce service a �t� cr�� suite aux recommandations de la commission Silberman-Robb charg�e d?enqu�ter sur les failles r�v�l�es lors des attentats du 11 septembre 2001. Le rapport de cette commission appelait � une totale refonte de la communaut� du renseignement US qui est d�crite comme fragment�e, peu encadr�e et encore moins coordonn�e.

Ce service a donc pour objectif de renforcer la coordination des actions des 15 agences am�ricaines impliqu�es dans des activit�s de renseignement humain � l?�tranger (HUMINT). Son autre mission sera de r�duire les conflits au sein des diff�rentes entit�s du renseignement, notamment vis-�-vis du Defense Department et du FBI qui ont consid�rablement multipli� leurs missions de renseignement et d?espionnage ces derni�res ann�es. Pour se faire, le NCS va standardiser les formations, les techniques et les proc�dures pour faciliter le partage et accro�tre la rapidit� des recoupements des informations collect�es par l?HUMINT am�ricain.

Le NCS sera dirig� par un responsable � undercover � de la CIA, dont le nom demeure secret, qui rendra directement compte � Porter Goss, directeur de la CIA. Il aura � ses c�t�s deux assistants, l?un en charge des missions quotidiennes du service, et l?autre des activit�s humaines transversales de la communaut� du renseignement des Etats-Unis.

Le NCS fait ainsi suite � la cr�ation en juin 2005 du National Security Service charg� du renseignement au sein du FBI en synergie avec les services de contre-terrorisme et d?espionnage du Justice Department.

AVS

Interview de Christian Harbulot sur le site international guruonline.tv

Infoguerre.com - Interview de Christian Harbulot sur le site international guruonline.tv

Fond� en 2000 pour rendre compte de la complexit� du monde, le site gurusonline.tv interroge depuis sa cr�ation, les universitaires, consultants, journalistes et dirigeants de multinationales dont les travaux et activit�s contribuent � la cr�ation de paradigmes. Jorge Nascimento Rodrigues, fondateur et �diteur principal du site international Gurusonline (versions en portugais, espagnol et anglais) s?attache � mettre en valeur ceux qui, ind�pendament de leurs visions politiques, �conomiques ou sociales influencent de mani�re significative, durable et au niveau mondial la r�flexion ainsi que l?action en management et en strat�gie. En une d�cennie, ce site a questionn� quelques 120 personnalit�s.

Gurusonline.tv est un projet du groupe Adventus (http://www.groupadventus.com) fond� par Jorge qui a d�but� ses activit�s en 1995 avec la parution du site http://www.janelanaweb.com en portugais. Le groupe est bas� � Lisbonne, Buenos Aires, Barcelone, Porto Alegre/Br�sil et Macao/Chine.

L?interview de Christian Harbulot est la confirmation de la reconnaissance internationale dont ses travaux font l?objet depuis quelque temps.
En 2000, le centre de recherche du congr�s am�ricain citait l?Ecole de Guerre Economique comme l?un des deux seuls centres europ�ens de niveau mondial en ce qui concerne les recherches sur l?information dominance (chapitre France du CRS Report for Congress sur le Cyberwarfare r�dig� par Steven A. Hildreth, expert au National Defense Foreign Affairs).
En 2001, l?EGE est cit�e dans le rapport Strategic and Organisational Implications for Euro-Atlantic Security of Information Operations. Ce rapport est destin� � l?OTAN et r�alis� par la branche europ�enne de la Rand Corporation.
En 2003, la version europ�enne de la Harvard Business Review faisait appel � son expertise pour d�crypter les nouveaux ressorts de la comp�tition �conomique plan�taire. Aujourd?hui, l?interview de Christian Harbulot sur gurusonline.tv permet d?�clairer plus encore la n�cessit� de prendre en compte le r�le du management de l?information dans des perspectives offensives. En effet, c?est une nouvelle grille de lecture des rapports de force qui se trouve exprim�e au travers du concept de � guerre cognitive �. Parce qu?il existe une constante historique des nations � rechercher la puissance, l?expression des rivalit�s prend corps avec les conflits immat�riels de nature informationnelle du XXI� si�cle (influence, lobbying, info-d�stabilisation).

D�sormais le directeur de l?EGE prend d�sormais place parmi les experts qui l?ont pr�c�d� sur ce site. Parmi eux, nous retenons :

Les th�oriciens du management strat�gique

Alfred Chandler, Prahalad et Gary Hamel, Carl Shapiro (Berkeley), Daniel Quinn Mills (Harvard), Henri Minztberg, le fran�ais Hugue de Jouvenel, James Collins, Kencichi Ohamae (LE strat�ge japonais), Peter Drucker, William T. Allen (NUY university), Peter Senge (MIT) ou encore Richard d?Aveni (Darmouth college), etc.

Les praticiens les plus innovants

Ged Davis (le prospectiviste de Shell pour l?horizon 2050), Arie de Geus (le coordinateur historique de la planification strat�gique chez Shell), Bernard Liautaud (co-fondateur Business Object), Bill Joy (le strat�ge de Sun Microsystems), Jillis Jonk (le strat�ge d?AT Kearney), Niklas Zennstromm (co-fondateur de Skype Technologies), Michael Dell (Pr�sident de Dell computers), Shai Agassi (le strat�ge de SAP).

Des universitaires de renomm�e mondiale

Les sociologues Alain Touraine, Jagdish Bhagwati (Columbia, sp�cialiste des questions d?immigration internationale),
Les politologues de Harvard Francis Fukuyama et George Modelski, Mickael Klare (le sp�cialiste de la p�trostrat�gie), Daniel Treisman (g�opoliticien, UCLA), Barry Eichengreen (Directeur de l?institut d?�tudes europ�ennes � Berkeley).
Les �conomistes : Kenneth Arrow (Prix Nobel), Robert Mundell (Columbia, Prix Nobel), Lester Turrow (le plus �cout� des �conomistes du MIT), Paul Krugman (� l?autre � �conomiste du MIT), Hal R. Varian (th�oricien de l?�conomie de l?information, Berkeley).

Mais aussi?

Le � futurologue � Alvin Toeffler, le prospectiviste Jo�l de Rosnay, Peter Williamson (le sp�cialiste de la g�o�conomie de la chine � l?INSEAD), Nicholas Carr (ancien r�dacteur en chef de la Harvard Business Review), Nicolas Negroponte (le penseur des technologies digitales au Mit), Le g�ophysicien Didier Sornette, le physicien Jean Philippe Bouchaud, le g�o�conomiste indien Ashutosh Sheshabalaya, etc.

et les � stars � du net.

David Siegel, Georges Gilder, Jeff Bezos (homme de l?ann�e 1999 du Times, fondateur d?Amazon), Kevin Kelly, Paul Romer (consid�r�, il y a peu par le Times comme l?une des 25 personnalit�s les plus influentes des Etats-Unis), Jeffrey Funk, etc.

Didier Lucas

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DE LA GUERRE COGNITIVE

La guerre cognitive c?est le stade supr�me de l?intelligence �conomique. C?est l?expression plus moderne de la guerre suivie par des autres moyens

Une interview avec CHRISTIAN HARBULOT le principal th�oricien europ�en de la nouvelle guerre �immat�rielle�

Le champ d?action prioritaire, dans cette p�riode de transition de cycle longue g�opolitique, s?est d�plac� de la guerre ? dans le sens de violence comme continuation de la politique ? pour la g�o�conomie. Dans ce changement, l?intelligence �conomique a �t� substitu�e pour sa fille plus moderne, la �guerre cognitive�, une esp�ce de �main invisible� des puissances et des lobbies les plus forts, et toutes les sph�res du monde s?sont d�j� concern�es par cette mutation. L?homme au centre de cette nouvelle �buzzword� c?est le Fran�ais Christian Harbulot. Il nous dit que la nouvelle guerre marque une diff�rence majeure avec l?intelligence �conomique. C?est une des armes fondamentales de la diplomatie �conomique ouverte ou informelle, qu?on le veuille ou non, qu?on l?ignore ou le d�plore les plus na�ves.

Le monde a pass� d?une �poque o� le renseignement et l?espionnage industriel �taient rois � une autre o� la communication, les id�es, les symboles et le lobbying dominent et fait des �victimes� et des �vassaux�. �La guerre cognitive ne traduit pas une volont� de persuasion par une argumentation directive mais une d�marche indirecte fond�e sur l?influence. La principale arme en est la connaissance. Dans cette guerre sans champ de bataille, le plus fort est celui qui oblige l?autre � accepter tacitement sa domination, sans coup f�rir �, s?explique Harbulot dans l?interview � Gurusonline.tv.

Harbulot a publi� ce juin 2005 chez les �ditions Ellipses La Main Invisible des Puissances. Les Europ�ens face � la guerre �conomique, un livre qui a bouscul� les id�es re�ues de certaines �lites fran�aises, en revenant sur le sujet de la dimension politique de puissance, un th�me oubli� ou discut� en sourdine dans les milieux politiques et des affaires. Surtout dans les milieux de la D�fense nationale le d�bat aux mois d?�t� a �t� tr�s chaud en France. Harbulot argumente que la guerre cognitive c?est tant un sujet de d�fense nationale ou europ�enne, comme question de strat�gie des affaires. Ce n?est pas seulement question pour les militaires ou politiciens, c?est aussi une affaire pour les PDGs et la globalisation des entreprises. La variable �g�o� doit entrer dans la fonction du management. Harbulot ne vas pas jusqu'� sugg�rer pour le moment d?avoir un CGO (chief-geoeconomic officer) comme on? a d�j� un CEO.

Mais, if faut agir d?urgence, r�clame Harbulot et son �cole de Guerre �conomique, fond� � Paris en 1997 (dans la Web au site http://www.ege.fr). Et pour �a, il faut pr�parer les entreprises au d�fi des ph�nom�nes de concurrence exacerb�e et des man?uvres de diplomatie �conomique et aux nouvelles formes de rapports de force g�o�conomiques. Cette guerre en cours se �choque� avec les strat�gies de court terme, soit des politiciens pour sa r��lection toutes les quatre ann�es, soit des hommes d?affaires pench�s sur le business au jour le jour ou rest�s ancr�s dans une vision tr�s id�ologique et d�mod�e des rapports de force �conomiques.

Depuis la chute du Mur de Berlin et de la nouvelle g�opolitique am�ricaine au sujet des ressources strat�giques mondiales (poursuivit plus ouvertement par George W.Bush) et de l?�mergence en particulier de la Chine, la culture de puissance est en train de revenir sur le devant de la sc�ne et de s?imposer � nouveau. La guerre cognitive c?est une guerre immat�rielle, qui fait appel � la ma�trise de l?�conomie de la connaissance, � des moyens op�rationnels pour comprendre et dominer par le savoir le fonctionnement de la globalisation et de l?asym�trie de la r�alit�.

Pour les pays europ�ens encercl�s comme une �sandwich� entre l?Am�rique et les nouvelles grand-puissances �mergentes de l?Asie, la discussion est � l?ordre du jour - ce n'est pas de la prospective lointaine, mais question tr�s pragmatique, que les �lites europ�ennes ma�trise tr�s mal.

Christian Harbulot est aussi co-fondateur et directeur du cabinet Spin-Partners, sp�cialiste fran�ais en communication d?influence et gestion du risque informationnel. Spin-Partners, sur le model des �spin doctors�, est n� d?une fusion de deux cabinets en 2004. �Spin doctors� a entr� dans le vocabulaire des PR (relations publiques) comme un mot pour les nouveaux sp�cialistes de la communication d?influence politique. �Spin� c?est un acronyme anglais pour �Significant Progress In the News�, une technique des sp�cialistes de PR de la Strategic Defense Initiative de Ronald Reagan dans les ann�es 1980. Christian dirige aussi le site Infoguerre.com cr�� en 1999.


Interview par Jorge Nascimento Rodrigues, �diteur de http://www.gurusonline.tv. Une version adapt� en portugais a �t� sortie � Expresso, l?hebdomadaire publi� � Lisbonne.


10 Id�es cl�s

. La dimension g�o�conomique prend une importance croissante du fait du changement de contexte.

. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les grandes entreprises s?�taient habitu�es � un march� mondial domin� par l?Occident et plus pr�cis�ment par l?�conomie des Etats-Unis. L?irruption de la Chine et bient�t de l?Inde modifie � la fois la g�ographie des �changes mais celle des rapports de force.

. Il reste � sensibiliser la population la plus strat�gique, � savoir les milieux patronaux qui en France en sont rest�s encore � une vision tr�s id�ologique des rapports de force �conomiques

. La construction de l?Europe est encore trop lente et incertaine pour rendre caduque une r�flexion de fond sur la puissance d?une nation comme la France et la mani�re de la faire �voluer

. Les petits pays ont plut�t l?objectif de pr�server une marge de man?uvre pour ne pas subir la loi du plus fort

. Le patriotisme �conomique ne doit pas �tre confondu avec le nationalisme �conomique qui est une des causes de la naissance des r�gimes totalitaires du XX� si�cle. Il est la condition sine qua non d?une r�flexion strat�gique sur le devenir d?un pays

. Apr�s le p�trole, c?est la fois de l?eau au centre des guerres �conomiques

. Aujourd?hui, les pays qui marquent des points d�cisifs sont ceux qui ont su b�tir une strat�gie de puissance g�o�conomique sur le moyen/long terme. Les autres pays subissent de facto cette nouvelle configuration des relations internationales depuis la disparition des Blocs

. La diplomatie �conomique est la face �merg�e de l?iceberg. Il ne faut pas oublier la face immerg�e. Le monde de la finance en constitue l?une des parties les lus importantes. C?est le monde le plus opaque et le moins contr�l� de l?ensemble de l?�conomie de march�

. Avec le Web le faible a de nouveau les moyens de se battre contre le plus fort et m�me de vaincre celui-ci. Avec le Web, tous les acteurs �conomiques peuvent devenir des communicants directs

Vous pensez que la dimension "g�o�conomique" doit entrer rapidement au c?ur des strat�gies de l'entreprise, surtout pour les groupes ou �start-up� de dimension globale? Est-ce que les directions g�n�rales et les chefs d?entreprise y sont pr�par�s ?

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les grandes entreprises s?�taient habitu�es � un march� mondial domin� par l?Occident et plus pr�cis�ment par l?�conomie des Etats-Unis. L?irruption de la Chine et bient�t de l?Inde modifie � la fois la g�ographie des �changes mais celle des rapports de force. La dimension g�o�conomique prend une importance croissante du fait de ce changement de contexte. La p�nurie de certaines ressources, les risques de surproduction, les effets de la d�sindustrialisation d?une partie de l?Occident en cr�ant notamment des d�pendances qui n?existaient pas, le durcissement de la comp�tition en raison de la multiplication des pays industrialis�s, sont autant de facteurs qui peuvent parasiter les strat�gies des entreprises �globales�. La France est sur ce point un cas d?�cole. Le pouvoir politique en est r�duit � parler de patriotisme �conomique sans �tre capable de d�finir des strat�gies de moyen et long terme, � force de concentrer son attention principale sur les strat�gies purement �lectorales.


�La guerre au terrorisme est une petite guerre par rapport aux efforts tous azimuts de la puissance g�o�conomique am�ricaine pour pr�server sa supr�matie mondiale. Il en est de m�me pour la Chine dans les efforts qu?elle d�ploie pour devenir une v�ritable puissance mondiale�

En p�riode de transition dans le cycle long g�opolitique (si on suit le raisonnement de George Modelski), la question de la "puissance" est-elle fondamentale pour la diplomatie �conomique ?

La probl�matique de la puissance n?a jamais cess� d?�tre au c?ur des relations internationales. La fin de la guerre froide a sorti cette probl�matique du ghetto id�ologique dans lequel l?avait enferm� la politique des Blocs. La course aux armements n?est plus aujourd?hui l?expression dominante de la puissance. Les enjeux sont d�sormais principalement �conomiques. Le pr�sident d�mocrate Bill Clinton l?avait dit d�s 1994 : la priorit� num�ro de la politique �trang�re des Etats-Unis est la d�fense de ses int�r�ts �conomiques. Le 11 septembre n?a rien chang� � cet ordre des choses. La guerre au terrorisme est une petite guerre par rapport aux efforts tous azimuts de la puissance g�o�conomique am�ricaine pour pr�server sa supr�matie mondiale. Il en est de m�me pour la Chine dans les efforts qu?elle d�ploie pour devenir une v�ritable puissance mondiale.

Est-ce que vous pensez que la Chine - avec sa diplomatie �conomique globale (le �go global� de la propagande - et l'Inde sont plus avanc�es que l'Europe sur le sujet de la guerre �conomique ?

Ces deux pays vont devoir �tre tr�s habiles dans la mesure o� les Etats-Unis ne les laisseront pas cro�tre en puissance au point de menacer leur supr�matie. La Chine a certainement tir� des enseignements de ce qui est arriv� au Japon au d�but des ann�es 1990. L?agressivit� commerciale de l?ex-empire du Soleil Levant � l?�gard de l?Occident fut stopp�e par Washington par diff�rents moyens (attaques r�p�t�es pour casser le protectionnisme invisible nippon, d�stabilisation de son syst�me bancaire, blocage se sa strat�gie sur le technoglobalisme, limitation des jeux d?influence japonais dans le syst�me politico administratif am�ricain). La chute du mur de Berlin priva le Japon de l?objet de son chantage implicite � l?�gard de l?Am�rique. Les autorit�s gouvernementales am�ricaines n?avaient plus � craindre le basculement de cet alli�/ancien adversaire dans la sph�re d?influence sovi�tique, au cas o� les Etats-Unis n?accorderaient pas � Tokyo une marge de man?uvre significative dans la construction de la puissance �conomique nipponne.


Retrouver le sens de puissance, est-ce un objectif pour des grands �tats (comme la Grande Bretagne, la France, et l?Allemagne) ou des �tats moyens (comme l?Espagne, et demain la Pologne) europ�ens? Ou est-ce une affaire globale � traiter au niveau de l'Union Europ�enne? Quelle pouvait �tre la position des petits �tats, comme la Hollande, le Portugal ou la Finlande ?

Il n?est pas simple de retrouver le sens de la puissance. Pr�cisions d?abord qu?il existe plusieurs formes d?expression de la puissance. Les Etats-Unis et peut-�tre la Chine sont des puissances qui cherchent � imposer une supr�matie. La France, l?Allemagne et la Grande Bretagne qui ont �t� jadis des puissances importantes, cherchent aujourd?hui leur positionnement. Les petits pays ont plut�t l?objectif de pr�server une marge de man?uvre pour ne pas subir la loi du plus fort. La construction de l?Europe est encore trop lente et incertaine pour rendre caduque une r�flexion de fond sur la puissance d?une nation comme la France et la mani�re de la faire �voluer.

Quelle d�finition donnez-vous au patriotisme �conomique ?

Le patriotisme �conomique ne doit pas �tre confondu avec le nationalisme �conomique qui est une des causes de la naissance des r�gimes totalitaires du XX� si�cle. Il est la condition sine qua non d?une r�flexion strat�gique sur le devenir d?un pays. Si certaines �lites cherchent leur salut en se mettant syst�matiquement au service du plus fort - La France a connu cette situation dramatique avec Pierre Laval entre les deux guerres et durant la seconde guerre mondiale -, elles accentuent les risques de d�clin et d?affaiblissement de leur pays. Le contexte est certes tr�s diff�rent des ann�es 1940, mais ce type de comportement n?a pas disparu. A droite comme � gauche de l?�chiquier politique fran�ais, des personnalit�s influentes s?entretiennent naturellement une relation de une connivence avec la puissance la plus forte. Pour la plupart d?entre eux, ce comportement ne traduit pas une vision g�ostrat�gique de la France mais plut�t la volont� quasi pavlovienne de prot�ger leurs int�r�ts individuels. C?est ce qui explique la force du camp pro am�ricain dans les milieux dirigeants de l?hexagone. Cette r�alit� rend tr�s difficile la r�flexion n�cessaire sur la puissance.


�Les Am�ricains ne sont pas les seuls � mener une politique de puissance dans le domaine du p�trole. Il en est de m�me pour les Russes qui cherchent � s�curiser leurs richesses �nerg�tiques ainsi que les territoires sus lesquels passent les conduites de pipe line. La politique �nerg�tique de la Russie est l?expression la plus caract�ristique de sa recherche de puissance depuis la chute de l?empire sovi�tique.�

Le p�trole et demain l'eau seront-ils les �tincelles des nouvelles guerres �conomiques ?

C?est d�j� le cas. La guerre en Irak est une le�on de choses. Les Am�ricains ne sont pas les seuls � mener une politique de puissance dans le domaine du p�trole. Il en est de m�me pour les Russes qui cherchent � s�curiser leurs richesses �nerg�tiques ainsi que les territoires sus lesquels passent les conduites de pipe line. La politique �nerg�tique de la Russie est l?expression la plus caract�ristique de sa recherche de puissance depuis la chute de l?empire sovi�tique. Vous avez raison de citer aussi le domaine de l?eau.

Pourquoi ?

Depuis plusieurs ann�es, les Etats-Unis et l?Europe s?affrontent sur ce sujet par l?interm�diaire des n�gociations de l?Accord G�n�ral sur le Commerce des Services (AGCS) qui doivent se terminer en d�cembre 2005 lors de la r�union de l?Organisation Mondiale du Commerce � Hong-Kong. Dans cette partie de bras de fer, chacun d�fend ses int�r�ts en fonction de ses points forts. L?Union europ�enne revendique que les services dits d?environnement dont le captage et �puration de l?eau soit prise en compte par l?AGCS. Cette revendication n?est pas �trang�re au fait que les plus grandes firmes de ce secteur soient europ�ennes. A contrario, les Etats-Unis, qui n?ont pas encore r�ussi � s?emparer du leadership du march� mondial par leur propre dynamisme industriel, ne cessent de r�p�ter que ces services ne tombent pas sous la coupe de l?AGCS, �tant �fournis dans le cadre de l?exercice du pouvoir gouvernemental�. L?argumentation nord-am�ricaine est d?autant plus paradoxale que les autorit�s am�ricaines sont les plus ardents partisans de la d�r�glementation et donc de la privatisation des services publics. On peut l�gitimement se poser la question si les campagnes de protestation v�h�mentes, lanc�es par des ONG comme Public Citizen, et concentr�e sur les cibles Suez et Veolia, ne sont pas le rideau de fum�e qui masque le combat que se livrent Europ�ens et Am�ricains sur la lib�ralisation des services.

Qu?est-ce que la guerre cognitive? Comment la diff�rencier de la propagande d'Etat, pure et dure, des ann�es 1930/1940 ?

La guerre cognitive est l?expression la plus moderne de la guerre. Contrairement aux op�rations de propagande qui ont domin� les grands conflits du XX�me si�cle, la guerre cognitive ne traduit pas une volont� de persuasion par une argumentation directive mais une d�marche indirecte fond�e sur l?influence. La principale arme en est la connaissance. Dans cette guerre sans champ de bataille, le plus fort est celui qui oblige l?autre � accepter tacitement sa domination, sans coup f�rir. La mani�re dont les Etats-Unis font pression en amont pour imposer � leurs vassaux leurs r�gles du jeu dans de nombreux secteurs �conomiques, est souvent � d�crypter sous l?angle de la guerre cognitive. Aujourd?hui, les pays qui marquent des points d�cisifs sont ceux qui ont su b�tir une strat�gie de puissance g�o�conomique sur le moyen/long terme. Les autres pays subissent de facto cette nouvelle configuration des relations internationales depuis la disparition des Blocs. S?ils veulent ma�triser leur devenir, ils devront t�t ou tard r�fl�chir � leur propre approche de la notion de puissance par la guerre cognitive.


�Aujourd?hui, l?Etat fran�ais est tr�s mal arm� pour identifier les man?uvres financi�res mena�ant nos int�r�ts �conomiques. Il n?est pas le seul dans ce cas.�


Quelles sont les implications pratiques pour la diplomatie �conomique ou informelle des �tats ?

Que ce soit pour la diplomatie �conomique ou la diplomatie informelle, l?Etat Strat�ge n?est plus un non-sens. Pour b�tir une bonne diplomatie �conomique, les pouvoirs politiques d?un Etat doivent avoir la capacit� de r�former les principes de gouvernance, en incluant ces nouvelles probl�matiques. Des cabinets am�ricains comme Ernst and Young sont d�j� en train de pr�parer des offres de service allant dans ce sens. Ils n?h�sitent pas � utiliser de la comp�tence fran�aise pour y parvenir. Je pense notamment � une m�thodologie con�ue par une ancienne magistrate et un consultant en intelligence �conomique qui vise � identifier les points faibles financiers d?une entreprise. Mais ne nous trompons pas d?ordre de grandeur, la diplomatie �conomique est la face �merg�e de l?iceberg. Il ne faut pas oublier la face immerg�e. Le monde de la finance en constitue l?une des parties les lus importantes. C?est le monde le plus opaque et le moins contr�l� de l?ensemble de l?�conomie de march�. Qui note les brokers de Wall Street et de la City ? Et c?est pourtant ce monde-l� qui cherche � vendre aux entreprises les r�gles de conduite sur la transparence financi�re. A ce propos, notons que l?opacit� financi�re de l?�conomie chinoise renforce le caract�re incontr�lable de ces dynamiques informelles. Aujourd?hui, l?Etat fran�ais est tr�s mal arm� pour identifier les man?uvres financi�res mena�ant nos int�r�ts �conomiques. Il n?est pas le seul dans ce cas.

Le r�le de la Web a-t-il chang� les r�gles de la guerre ?

Il est en train de subvertir les r�gles de la guerre cognitive telle qu?elle a �t� pratiqu�e lors du si�cle pr�c�dent. Le faible a de nouveau les moyens de se battre contre le plus fort et m�me de vaincre celui-ci. A c�t� de l?art de l?intoxication pratiqu�e par les Britanniques contre Hitler et de la d�sinformation mise en ?uvre par les Sovi�tiques, l?art de la pol�mique est un nouveau champ d?action sur lequel les Fran�ais n?ont pas fini de surprendre car c?est leur principale culture du combat.

Quel a �t� le feedback de votre bouquin en France et en Europe ?

La cible � atteindre �tait les personnes qui s?int�ressent � la question, en particulier dans le monde de la D�fense au sens large du terme. Leur r�action a �t� plut�t positive. Il reste � sensibiliser la population la plus strat�gique, � savoir les milieux patronaux qui en France en sont rest�s encore � une vision tr�s id�ologique des rapports de force �conomiques (luttes sociales, r�duction des charges fiscales). Abrit�s derri�re le dynamisme de l?�conomie am�ricaine, les patrons fran�ais ont construit leurs sch�mas de pens�e dans le p�rim�tre occidental, sans anticiper les nouvelles formes de rapports de force g�o�conomiques.

Courriel : harbulot@ege.fr
Le livre : http://www.spinpartners.fr/content/view/65/

Sites de r�f�rence
�cole de Guerre �conomique : http://www.ege.fr
Site Infoguerre : http://www.infoguerre.com
Spin-Partners : http://www.spinpartners.fr/index.php


Autres Ouvrages de Christian Harbulot

. La France a-te-elle une strat�gie de puissance �conomique, �ditions LaVauzelle, 2004
. La Guerre Cognitive ? L?arme de la connaissance, Ed. LaVauzelle, 2002
. La France doit dire non, 1999
. La Machine de guerre �conomique, 1992

La déstabilisation des entreprises françaises en Argentine

La déstabilisation des entreprises françaises en Argentine

En ce qui concerne la question des affrontements, les travaux académiques français en management stratégique se consacrent aux approches classiques (concurrence par les coûts et les prix, par l’innovation technologique, par la domination financière). L’élan de l’école environnementaliste, largement relayée par Richard d’Aveni a induit la nécessité de formaliser de nouveaux champs d’études. Les manœuvres liées à la création de barrière à l’entrée et à l’élaboration de sphères d’influences témoigne d’une évolution (contextuelle et organisationnelle) de la stratégie d’entreprise. Pourtant si l’on excepte les travaux de Philippe Baumard et Christian Harbulot, les mouvements offensifs sont abordées dans des perspectives strictement tactiques, et les procédés d’intelligence économique offensive (communément appelés Infoguerre) ne sont pas envisagés dans leurs dimensions stratégiques.

Document PDF : La déstabilisation des entreprises françaises en Argentine

24.10.05

Patriotisme économique et politique de puissance

Infoguerre.com

« En France, les gouvernements n’ont pas le temps de faire de la stratégie. Ils gèrent le flot des problèmes quotidiens dans la politique de l’instant. Leur souci principal est l’écoute des médias et des relais des opinions pour contenir les mécontents et gagner des points à l’audimat des sondages. Leur objectif principal est la réélection et non l’engagement désintéressé de leur personne au service de la France et de l’Europe. Depuis trente ans, leur pensée s’est figée dans les contraintes du court terme. Ils passent d’un dossier à l’autre mais n’ont pas le temps de poser leur stylo pour s’interroger sérieusement sur les stratégies de moyen et long terme à mettre en œuvre pour assurer à la France une sécurité de développement suffisante. Le facteur aggravant de cet état des lieux est l’incapacité de la classe politique à dépasser ses clivages politiciens. Il est inutile d’imaginer dans notre pays le moindre consensus pour défendre une vision moderne de l’intérêt national ». Ce jugement sévère mais hélas très réaliste sur la gouvernance française provient des quelques atypiques de la haute fonction publique ou du monde politique qui ont décidé de parler vrai dans les coulisses du système. Il en dit long sur les incohérences de l’appareil d’Etat et sur les incapacités de la société française à gérer sa propre destinée.

La renaissance du patriotisme économique
C’est dans ce contexte que la notion de patriotisme est en train de renaître de ses cendres.En parlant haut et fort du patriotisme économique, Dominique de Villepin hisse au bon niveau du débat la réflexion que certains de ses prédécesseurs à Matignon avaient déjà amorcée avant lui. Edith Cresson fut la première à saisir la portée stratégique du patriotisme économique. Faute d’un entourage à la hauteur du défi et trahie par son propre parti, elle n’eut guère le temps de préciser sa pensée dans le domaine. Edouard Balladur se sensibilisa à cette idée en reprenant le dossier mal engagé lors des négociations du GATT, afin de sauver ce qui pouvait l’être dans le bras de fer Etats-Unis/Europe. Il nomma un comité Compétitivité et Sécurité économique qu’il présida. L’intitulé ne suffit pas à la tâche. Les grands patrons français conviés à siéger à ce comité ne surent pas définir de stratégie à la hauteur de ses ambitions. Ce jour-là, les plus lucides comprirent qu’on ne décrète pas le pays en situation de patriotisme économique, on le construit. Edouard Balladur n’eut guère le temps de le faire. Ses successeurs Juppé et Jospin tuèrent le concept sans même en comprendre la nécessité. Leur rigidité énarchique et leur perception franco-française de la bataille politique leur interdit toute avancée intellectuelle sur la question. Il fallut un député, Bernard Carayon, pour sortir le patriotisme économique du néant, ou du moins l’extraire d’écrits préexistants qui explicitaient déjà son utilité dans les cinq premières économies mondiales, à l’exception de la France. L’ouvrage qu’il prépare pour le début de l’année 2006 sera intéressant à lire sur ce point. D’autres n’ont pas ce courage et sont même tentés de réécrire l’histoire..

Construire le patriotisme économique par une politique de puissance
Si les élites, les politiques et les médias ont tant de difficultés à saisir la réalité et la portée du patriotisme économique, c’est parce qu’ils ont perdu l’habitude de raisonner à partir de la réalité complexe du monde d’aujourd’hui. Deux éléments devraient pourtant les amener à plus de lucidité :
1) La planète n’est pas extensible sur le plan concurrentiel. Autrement dit, les affrontements économiques souterrains vont se multiplier tout simplement par l’accroissement de la concurrence et les effets très déstabilisateurs qu’elle produit sur l’équilibre des économies nationales. La Chine a plus d’un milliard de pauvres mais l’enrichissement d’une petite partie de sa population désorganise déjà le fragile équilibre géoéconomique instaurée depuis 1945.
2) Les pénuries de ressources et les risques engendrés par les retombées des révolutions industrielles sur le climat sont encore inconnus.

Devant ces perspectives pourtant évidentes dans leur énoncé, la politique de l’instant est vouée à l’échec. Dominique de Villepin ne s’y est pas trompé. Pour survivre et se développer, un pays doit désormais faire front dans l’adversité. Le patriotisme économique est la manière dont un peuple s’unifie autour d’une destinée collective pour tirer le meilleur de ses forces, tout en faisant face. Cette définition relève d’une toute autre philosophie que le nationalisme économique qui hante encore les esprits secoués par les guerres mondiales du XXème siècle. Il ne s’agit pas de partir à la conquête du monde mais de ne pas subir la loi du plus fort, qu’il soit à l’Ouest comme à l’Est. Depuis la fin des années 1990, le gouvernement se rend compte que la France ne sortira pas du piège dans lequel elle est enfermée (endettement et faible croissance) en attendant d’être aspirée dans une Europe unifiée. Le résultat du référendum fut aussi un coup de semonce pour le rappeler à l’ordre dans ses prérogatives patriotiques.

Quels sont les obstacles à cette mutation ?
Le premier est l’état de la classe politique. Une évidence saute aux yeux : elle ne s’est pas préparée à cette épreuve. Les politiques présidentiables pensent encore en terme de dossiers à traiter alors que l’urgence est à la définition de stratégies de moyen et long terme. Qui osera enfin rédiger les termes d’une véritable politique de puissance pour la France? Ni Nicolas Sarkozy, ni Dominique de Villepin n’ont pour l’instant fait le moindre pas dans cette direction. A gauche, la situation est identique, en pire. C’est d’abord un vœu à l’impuissance qui jaillit des textes préparatoires au futur congrès du PS. A l’image des alter mondialistes qui suivent en cela la tradition des pacifistes allemands de la guerre froide (plutôt rouges que morts), les dirigeants de gauche ne veulent pas entendre parler de politique de puissance qu’ils assimilent soit à un discours belliciste pro impérialiste ou qu’ils diluent dans les méandres de la construction européenne.
Le deuxième obstacle est la capacité des élites en charge du bien public, à appliquer les termes d’une politique de puissance. Les récentes affaires (projet de décret sur les marchés stratégiques, verrouillage de certaines OPA…) démontrent que les membres des cabinets ministériels ont du mal à assimiler l’esprit de ruse et de duplicité qu’ont les anglo-saxons pour tirer leur épingle du jeu dans les enjeux géoéconomiques de la mondialisation. Faute d’avoir été formés à ce délicat exercice du pouvoir, ils agissent dans l’urgence et soulèvent plus de problèmes qu’ils ne créent de solutions. De fait, ils sont pour l’instant un obstacle important à une mutation intelligente de la gouvernance française. Ils ont trop pris l’habitude de trouver des solutions en 48 heures alors qu’il faudrait parfois plusieurs semaines de réflexion pour définir une stratégie efficace et applicable sur le terrain . Enfin, et ce n’est pas un détail, une partie d’entre eux fonctionne comme une petite cour de Versailles polarisée par une recherche de privilèges pour service rendue à la cause d’un politique.
Le troisième obstacle est la position collective à prendre vis à vis de la prise de risque. Que faire face aux contournements des règles du marché par des concurrents en recherche de suprématie sur un marché ?. Prenons l’exemple caricatural de la compétition dans l’industrie d’armement. En sortant lundi dernier l’affaire Thalès, le quotidien Le Monde a mis l’accent sur un des aspects inavouables de la guerre économique que se livrent les puissances dans ce secteur stratégique. Toutes les multinationales d’armement, quelque soit leur nationalité, versent des commissions pour obtenir des contrats. Si le cadre qui dénonce les pratiques occultes de Thalès dit vrai, il ne fait que confirmer la réalité du marché. Mais il y en a une autre plus grave. Sans le recours à ces moyens pour conquérir des marchés, quel serait l’avenir de l’industrie d’armement et de ses personnels ? Aujourd’hui, l’idée d’une transparence financière dans les marchés d’armement comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs, est une partie de dupes. On peut le regretter mais c’est ainsi. Cela n’empêche pas certains pays de prêcher dans ce sens. Les Etats-Unis sont à la pointe de ce débat. Ce n’est pas un hasard. L’affaiblissement de la concurrence passe par la formalisation de règles qui perturbent le jeu de l’autre. Respectent-ils pour autant les règles qu’ils imposent au reste du monde par la concertation ? Rien n’est moins sûr. Dans cette ambiance de pas vu pas pris, la prise de risque est un passage obligé pour ne pas subir les effets pervers des mécanismes cachés du marché.
Dans un monde complexe où il faut constamment faire le tri entre les intérêts de puissance, les intérêts d’entreprises et les intérêts particuliers, l’aspiration à la justice et à l’amour des hommes ne sont pas des vertus suffisantes pour préserver les emplois et créer de la richesse collective. Telle est la place objective du patriotisme économique comme élément fédérateur d’une politique de puissance.

Christian Harbulot

L’irresponsabilité d’Elie Cohen

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Dominique de Villepin a osé enfin briser le tabou français sur l’intérêt de puissance. Il était temps. Depuis 1969, la France s’était arrêtée sur ce chemin-là. La droite pompidolienne puis giscardienne s’était ancrée à la vision occidentale exportée par les Etats-Unis : l’économie de marché est ouverte à tous, favorise la libre concurrence et doit s’émanciper des politiques protectionnistes des Etats. On sait aujourd’hui ce qu’il faut penser de ces belles paroles. Mais le dogme était coriace. En dépit de son programme de rupture idéologique, la gauche n’a pas réussi à faire changer la France de cap après 1981. Comme le rappelle le quotidien Le Monde dans son éditorial du vendredi 2 septembre sur le plan Villepin, il y eut bien des tentatives de politique industrielle annulées par la suite par Jacques Chirac en 1986. Mais quelques années plus tard, les élus du PS se montrèrent incapables de comprendre la politique novatrice que voulait impulser dans ce domaine Edith Cresson, Premier Ministre. C’est donc un acte symbolique fort que Dominique de Villepin a accompli en mettant fin à cette pente glissante.

Il est évident que la démarche révèle un certain nombre d’approximations et de contradictions. La pensée stratégique française ne va pas redémarrer sur un claquement de doigt. C’est le prix à payer pour l’inertie des élites administratives et patronales au cours des dernières décennies. On n’apprend pas à l’ENA à accroître la puissance de la France et de l’Europe. La pensée patronale n’est pas mieux lotie. C’est un fait hélas évident. Répétons-le sans cesse, le patronat français, contrairement au patronat américain, n’a pas brillé par ses interventions sur le devenir géoéconomique de la France. Historiquement depuis la monarchie, c’est le pouvoir politique qui s’est attelé à cette tâche avec plus ou moins d’intelligence et de détermination selon les époques.

Comment interpréter dans ce contexte la déclaration de l’économiste Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS ? Celui-ci commentait ainsi dans les pages du Monde le plan Villepin sur la protection des secteurs stratégiques : « c’est du pipeau absolu ! ». Bel exemple de patriotisme économique pour un chercheur payé par les contribuables français et et membre, qui plus est, du Conseil d’analyse économique qui doit faire des recommandations au ministre de l’économie sur la politique économique de la France. Après avoir rappelé que les grands pays développés comme les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont su se doter d’un système de protection efficace pour leurs entreprises sensibles, Elie Cohen balaie d’un revers de manche l’initiative de Dominique de Villepin en le soupçonnant de vouloir protéger « notre mini-empire » ou du moins ce qu’il en reste. Cet ostracisme, marqué du sceau de l’intellectuel reconnu par ses pairs et adulé dans les médias, est la caricature du niveau du débat qui prévaut dans ce pays depuis de nombreuses années. Depuis la fin des années 1980, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, l’Inde, les pays d’Asie du Sud-Est, la Russie s’appuient sur des forces vives et déterminées chercheurs, universitaires, décideurs économiques) pour faire face à la montée des périls bien indentifiables : compétition durcie par le nombre croissant de pays industrialisés, tensions économiques provoquées par les crises pétrolières et les spéculations autour de l’énergie, diminution des ressources mondiales accentuées par la demande des nouvelles puissances, régénérescence des patriotismes économiques. Pendant ce temps, en France, il existe encore des intellectuels comme Elie Cohen pour oser sortir cette énormité : « Si le nickel est stratégique, tout est stratégique ! » Monsieur Elie Cohen devrait se faire payer par le CNRS un séjour au Canada où il pourrait étudier ce qu’est un discours de puissance sur le nickel. Dans ce pays libéral anglosaxon proche des Etats-Unis, on sait faire la distinction entre l’intérêt de puissance et l’intérêt des actionnaires. Le sophisme qui a tant miné la société grecque antique est devenu un sport national pratiqué avec allégresse par nos élites post-soixante huitardes. Citons pour exemple cette dernière citation d’Elie Cohen : « on ne peut à la fois vouloir transformer l’économie française en une économie de marché régulée et fixer les règles du jeu. » Le CNRS devrait payer un second voyage d’étude à Elie Cohen aux Etats-Unis. Il y découvrira une règle élémentaire de la recherche de puissance : comment fixer les règles du jeu économique par le lobbying et les pressions diplomatiques (pratique, semble-t-il, méconnnue par les élites post-soixante huitardes comme l’a démontré la réussite de la candidature de Paris aux jeux olympiques 2012) et l’imposer aux autres. Avant ce voyage d’étude, Elie Cohen devrait relire ou découvrir les rapports publiés sur le procès intenté par des concurrents américains à Microsoft pour analyser les stratégies d’influence qui consistent à imposer des règles du jeu à des concurrents de manière déloyale. Que ce soit au niveau macro-économique ou au niveau micro-économique, une économie de marché est le plus souvent régulée par la main du plus fort, dans un rapport de force qui n’a de technique que l’habillage des textes. Monsieur Cohen, relisez Adam Smith et Fernand Braudel, et vous apprendrez un peu plus d’un théoricien et d’un historien célèbres qui ont su analyser d’un œil lucide les affaires économiques de ce monde.

Christian Harbulot

Le mot patriotisme n’est plus tabou

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Le pouvoir politique aurait-il enfin décidé de prendre le problème par le bon côté ? Le fonctionnement de l’économie d’un pays n’est pas aussi simple que les sempiternels libéraux de droite et de gauche essaient de nous le faire croire. Depuis des siècles, coexistent deux types d’économie, celui généré par les flux marchands et celui induit par les dynamiques de puissances. Il suffit pour s’en convaincre de relire les écrits du grand historien français Fernand Braudel sur l’évolution des sociétés occidentales à l’aube de la Renaissance. Et Braudel de conclure, en le déplorant, que ce sont toujours les économies de puissance qui l’emportent sur les économies de marchés dans les jeux de rapports de force. Cette évidence n’a jamais été admise par les gardiens d’un dogme libéral franco-français. Préférant centrer leur réflexion sur l’échange et non sur la puissance, ils n’accordent pratiquement aucune importance aux affrontements économiques qui opposent les puissances depuis des siècles d’Histoire en cours de mondialisation. Cette impasse dogmatique a longtemps pénalisé la pensée politique française dans sa définition de la gouvernance.

Faute d’indicateurs adéquats, le monde politique n’avait pas jusqu’à présent le réflexe d’avoir une vision globale du coût humain et financier des pertes de marchés ou des démantèlements de secteurs industriels résultant d’affrontements économiques qui sortent du champ purement concurrentiel. Il en est de même lorsqu’il s’agit d’élaborer des stratégies de puissance. Il faut que se profile à l’horizon un risque de pénurie de ressources pour qu’on se remette à penser à l’importance stratégique de certains minerais. Pendant 30 ans, ces raisonnements avaient été gommés du champ de vision de l’intérêt général.

Aujourd’hui encore, des secteurs entiers de l’administration publique et du patronat sont sous l’influence de cette pensée unique qui fragilise la France et l’Europe. Cet obscurantisme trouve sa légitimité à la fois dans l’humanisme (l’économie et le progrès oeuvrent pour le bien de l’humanité) prôné par certaines élites intellectuelles et dans l’hymne à la mondialisation entonné par des médias dont le quotidien Libération est devenu le chantre. Cette chape de plomb qui a bien servi des intérêts étrangers exploitant au maximum cette opportunité tactique, est enfin en train de se fissurer sous les coups de boutoir maladroits des économies de puissance conquérantes. C’est ce que semble avoir compris le Premier Ministre Dominique de Villepin en demandant d’une part à Thierry Breton, ministre de l'Economie et des Finances, de « stabiliser » le capital des grands groupes industriels vitaux pour le développement de la France et en annonçant d’autre part pour l’automne une mesure équivalente à la directive européenne sur les OPA adoptée par Bruxelles en 2003. Il s’agit en l’occurrence pour le gouvernement de redonner au droit français une portée opérationnelle afin qu’il soit «aussi protecteur que celui du pays d'origine des entreprises qui décideraient de lancer des OPA sur notre territoire ». Ces mesures de préservation des intérêts élémentaires d’une puissance sont de nature défensive comme le souligne le projet de décret sur le contrôle des investissements étrangers dans les technologies sensibles touchant notamment à la sécurité et à la défense.

Mais le plus important est à venir. L’avenir de l’économie de puissance française se jouera sur la capacité du gouvernement à définir des stratégies offensives pour accroître notre potentialité de développement et notre richesse collective. L’industrie de la connaissance est en train de devenir le premier champ d’activités mondial dans les pays industrialisés. Le monde anglo-saxon y occupe une place prépondérante. Qu’attendons-nous pour réagir ? Nous connaissons déjà ses failles majeures. Derrière une modernité technologique impressionnante, l’industrie de la connaissance anglo-saxonne fonctionne sur un modèle monoculturel qui limite considérablement son efficacité dans de nombreux pays du monde. La culture des universités américaines ne peut pas se plaquer sur toutes les réalités. Elle échoue dans bien des cas car elle ne veut pas tenir compte des spécificités des autres cultures nationales. Il suffit pour s’en convaincre de regarder lucidement la catastrophe agroalimentaire et sanitaire qui est en train de toucher les Etats-Unis. Depuis 20 ans, le mode de société de consommation a transformé une partie de la société américaine en population de surpoids aggravé avec des risques importants d’inflation des coûts sur la santé pour les décennies à venir. Cette dégénérescence du mode de vie américain est perceptible aussi dans l’évolution de l’industrie du loisir. Aux Etats-Unis, les chaînes de télévision passent des messages publicitaires toutes les cinq minutes dans les séries. Ce monde-là, je ne suis pas sûr que les Européens aient envie de l’adopter comme modèle. Contrairement à ce que croient les libéraux franco-français, le patriotisme économique n’est pas un mouvement de mode sorti du musée Grévin. C’est la revendication d’un autre type de relation entre la population et l’avenir du territoire sur lequel elle vit. Il ne suffit pas de chanter les louanges de la mondialisation et du progrès pour garantir l’équilibre d’une société et la qualité de son mode de. Ce défi est à la portée d’un pays comme la France à la condition de sortir enfin des tranchées de 14-18 pour passer à la guerre de mouvement.

Christian Harbulot

Les services secrets britanniques moins frileux que la DGSE

Les services secrets britanniques moins frileux que la DGSE

Le Service Secret de Renseignements (SIS), souvent connu sous l'appellation de MI6, recueille des renseignements outre-mer. Le Service est basé à Vauxhall Cross à Londres et son chef est M John Scarlett. Sa mission est de fournir au Gouvernement Britannique des capacités secrètes à l'échelle mondiale afin de promouvoir et de défendre la sécurité nationale et les intérêts économiques du Royaume-Uni.
http://www.mi6.gov.uk/output/Page313.html

Contrairement aux services britanniques, la DGSE n’a toujours pas de site Internet (juste une page vide sur le site defense.gouv.fr - http://www.defense.gouv.fr/sites/dgse/) et de plus est incapable de revendiquer officiellement la défense des intérêts économiques français. Comment expliquer une telle frilosité ? Certainement pas par l’excellence professionnelle. Le service secret britannique est le SR le plus qualifié en Europe et sert d’exemple à tous les autres. Comment qualifier cette exception française au plus mauvais sens du terme ? A force de fuir la modernité en matière de communication extérieure et de ne pas intégrer une vision globale de la stratégie de puissance, la direction de la DGSE ne semble guère être concernée par le « patriotisme économique » proné par le Premier Ministre. Y-at-il en France un service de renseignement chargé du renseignement économique offensif ? Si ce n’est pas le cas, il faut le créer.

Le projet de décret sur les marché stratégiques en danger

Le projet de décret sur les marché stratégiques en danger

Depuis que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a annoncé la rédaction d’un décret sur la protection des marchés stratégiques, les milieux ultralibéraux et le camp proaméricain ont lancé une campagne de pression tous azimuts pour limiter au maximum les effets de ce futur décret. Notons au passage que les maladresses des hauts fonctionnaires chargés du dossier et très mal préparés à cet exercice ont ouvert la voie à cette contre offensive. Les Anglosaxons comme les Chinois pratiquent le double langage avec un art consommé.

C’est ainsi qu’ils ne donnent pas de définition claire de la sécurité nationale. En France, l’administration qui pense puissance publique à l’égard de ses administrés et non stratégie de puissance à l’égard du monde extérieur, ne sait pas jouer habilement du double langage. Certes, quelques petits correctifs sont effectués ici et là dans la communication gouvernementale à l’image de Jean-François Coppé qui ce week end précisait à la radio que le patriotisme économique vise à éviter les délocalisations. Mais il est clair que les partisans de la préservation de l’intérêt de puissance français ne se manifestent pas assez pour contrer les multiples lobbies des émules de l’école lavalienne (rappelons pour mémoire que nous qualifions d’école lavalienne les opportunistes qui se mettent systématiquement du côté du plus fort, quite à désservir les intérêts de leur pays, à l’image de Pierre Laval).

Manipulation de l’information à propos de la DST ?

Manipulation de l’information à propos de la DST ?

Dans la lettre intelligence online n°657 datée du 16 au 29 septembre, l’éditorial nous livre un certain d’informations sur la Direction de la Surveillance du Territoire qui ne semblent pas exactes. Il semblerait après vérification que la commissaire divisionnaire Broda n’ait jamais été pressentie pour remplacer Jean-Jacques Martini à la tête de la sous-direction B1, chargée de la défense du patrimoine.

Cette information fausse fragilise la démonstration de l’auteur de l’éditorial qui cherche à démontrer que Le Premier ministre s’affronte à Nicolas Sarkozy à propos de la nomination de responsables du contre espionnage français. Si il existe en effet des tensions entre les deux individus, il faut se méfier des forces privées qui laissent filtrer vers des lettres confidentielles des informations dénuées de sens à des fins très opportunistes.

Le protectionnisme américain dénoncé par un cadre dirigeant britannique

Le protectionnisme américain dénoncé par un cadre dirigeant britannique

Le directeur général de British Airways (BA), Rod Eddington, a vivement blâmé le "protectionnisme" américain dans un de ses derniers discours avant son départ de la compagnie, rapporte le Financial Times daté du 23 septembre. Dans un style très polémique, il accuse les compagnies aériennes américaines de ne pas repecter les règles de la libre concurrence :

"Au cours des quatre dernièrs années les compagnies aériennes américaines ont absorbé 15 à 20 milliards de dollars d'aides publiques et de prêts garantis (...), elles opèrent sur des marchés protégés, elles aspirent l'argent public et elles ne sont même pas capables de faire du bénéfice". Il faisait allusion en particulier aux compagnies Delta Air Lines et de Northwest Airlines, troisième et quatrième compagnies américaines, qui se sont placées sous la protection de la loi sur les faillites afin de poursuivre leurs opérations presque normalement tout en se restructurant pour réaliser des économies.
Dans cette compétition de plus en dure du marché aérien, l’Europe se concentre sur son fonctionnement interne et n’a pas la même attention patriotique à l’égard de ses propres compagnies. La guerre économique n’est pas vécue de la même manière par tous les pays. Et Sir Rod de souhaiter sans trop y croire que "les leçons que l'Amérique a imposées aux marchés du tiers monde avec une férocité presque sans pitié s'appliquent tout autant à elle-même".
C’est un patriote, haut fonctionnaire français de son état, qui a le bon réflexe de nous rappeler régulièrement de telles évidences.

Les traces sécuritaires du national/communisme de RDA

Les traces sécuritaires du national/communisme de RDA

On savait déjà que les Soviétiques avaient réussi en RDA une fusion des contraires entre la culture gestapiste (régime nazi) et la culture tchékiste (régime communiste). En témoigne le niveau atteint en matière de restriction des libertés individuelles dans le domaine du contrôle du fichage et des télécommunications. Personne n’a réussi pour l’instant à décrypter la partie la plus sensible des archives de la Stasi enregistrées sur bobines avec une technologie ad hoc. Techniquement, il semble que cela soit impossible. Avant la chute du Mur, les nationaux communistes de la police secrète du régime communiste, la Stasi, avaient pris la précaution de détruire les matériels de lecture de ces bobines ainsi que les clés d’accès.

Dans le même ordre d’idées, Deutsche Telekom a du refaire l'intégralité du câblage du réseau téléphonique de l’ex Allemagne de l'Est car il était totalement anti-fonctionnel. Chaque téléphone avait deux câbles : un vers le réseau, un vers le service d’écoute de la Stasi. Les centraux téléphoniques étaient construits dans les bois et les campagnes, en prévision d'attaques sur les villes que les forces de l’OTAN pourraient mener en cas de confrontation Est/Ouest.

Comment ramener Hewlett packard à une position plus raisonnable ?

Comment ramener Hewlett packard à une position plus raisonnable ?

A propos de l’affaire des licenciements annoncé part la firme Hewlett Packard (HP), un lecteur de Knowchkers.org travaillant dans l’industrie informatique nous fait les deux suggestions suivantes :

1) L’Europe doit financer HP à hauteur de quelques dizaines de millions d’Euros pas an dans le cadre du Framework Programme. Une proposition simple consisterait à arrêter tous ces financements et à les redistribuer à d’autres entreprises un peu plus citoyennes. Cette proposition – contrairement à d’autres - relève du domaine de compétence de l’Europe et pourrait être mise en place très rapidement.

2) Recensement des commandes de l’Etat auprès de HP, et mise dans la balance des négociations. Voilà le moyen de pression que ce groupe comprendra . Ce lecteur nous précise qu’un tel recensement peut être effectué rapidement. Si on procède de la sorte, la négociation redevient « plus fluide » : d’un côté de la balance, les emplois que HP souhaite supprimer en France ; de l’autre côté de la balance, le transfert des marchés et du personnel à la concurrence – qui sera ravie.

Les blogs au cœur de la manipulation de l’information

Les blogs au cœur de la manipulation de l’information

Selon la lettre numérique diffusée par Influencia (www.influencia.net, lettre tendance du 22/09/2005), les entreprises sont exposées à un nouveau type de menaces, celles générées par les blogs créés par des salariés ou des syndicats. La liberté d’expression est un droit inaliénable dans une démocratie. A partir de ce constat, il est inutile de croire que les codes de bonne conduite puissent suffire à canaliser les prises de parole des uns et des autres, dès lors qu’elles sont orchestrées par des forces malfaisantes qui sortent du débat entre patrons et salariés.

Dans un contexte de concurrence déloyale, le blog représente en fait une double menace :

1) en termes de collecte de l’information, il permet à une force hostile de « tamponner » éventuellement un salarié mécontent en faisant semblant de partager son point de vue par chat ou en jouant le rôle de la personne qui découvre le problème ;

2) en termes de déstabilisation informationnelle, il est un instrument d’attaque efficace car il est la source de polémiques, de rumeurs et aussi de désinformation. Ce risque de nuisance est d’autant plus redoutable qu’il peut circuler sur le web invisible et donc être difficilement identifiable (style d’écriture en langage SMS pour éviter le contrôle exercé par les moteurs de recherche).

Les entreprises menacées par ce type de risque ont fortement intérêt à ne pas cantoner le problème à un risque d’atteinte à l’image mais à prendre en compte les autres formes d’exploitation opérationnelle des blogs.

Les Chinois protègent la contrefaçon à leur manière

Les Chinois protègent la contrefaçon à leur manière

Selon la newsletters du site NEWSLETTER ABC-LUXE.COM, « le président français de l'Union des fabricants (Unifab), Marc-Antoine Jamet, a écrit à l'ambassadeur de Chine en France pour se plaindre d'agressions physiques contre trois juristes anti-contrefaçon venus relever des copies de produits de luxe vendues sur le "marché de la soie" à Pékin, et contre un représentant d'une marque de luxe ainsi qu'un journaliste dans le cadre d'une visite ministérielle. »

Cette information confirme l’une des failles du discours chinois sur le respect des règles du commerce international. En Chine, les autorités locales font tout pour rassurer les diplomates occidentaux. De leur côté, les réseaux de l’économie parallèle intimident les représentants des entreprises étrangères dont le savoir faire est copié, avec la complicté passive des services de sécurité chinois.

Un groupe chinois cherche à s’accaparer une technologie de St Gobain

Un groupe chinois cherche à s’accaparer une technologie de St Gobain

La firme St Gobain développe dune technologie très performante dans le domaine des conduites d’eau, qu’on appelle communément les tuyaux bleux. Pour convoyer de l’eau sous haute pression, il faut que les tuyaux ne contiennent aucune aspérité. Les Chinois n’ont pas su pour l’instant développer ce type de technologie. Le groupe chinois qui cherche par tous les moyens à acquérir ce savoir faire, fait trois la taille de St Gobain.

Les Allemands seraient-ils derrière la déstabilisation de Thalès ?

Les Allemands seraient-ils derrière la déstabilisation de Thalès ?

La construction européenne n’est pas chose facile. L’affaire Thalès en est peut-être une des illustrations. Il y a en ce moment un appel d’offres portant sur la fourniture à l’Inde de sous-marins militaires. Les industriels allemands et français ont proposé un produit concurrent. Pour affaiblir l’offre française, les Allemands auraient fait en sorte d’appuyer là où cela fait mal à travers l’affaire Thalès. Cette information est à croiser avec celle concernant des Allemands d’EADS qui ne veulent pas faire intervenir des cabinets d’intelligence économique français, sous prétexte qu’ils sont peuplés d’anciens membres des services de sécurité français. Rappelons dans le duel sur les sous-marins cette information à décharge pour les Allemands, comme quoi les Français les auraient piégés de la même manière lors d’un contrat précédent.

La pitoyable leçon des Jeux Olympiques

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Paris vient de perdre les Jeux Olympiques au profit de Londres. Cette défaite est plus que symbolique, elle est accablante. Au-delà des inévitables commentaires qui vont inonder les médias sur la légitimité du vote du Comité International Olympique, il faut voir dans cette défaite l’expression de l’incroyable naiveté du monde politique français sur la lecture lucide des jeux d’influence des puissances qui dominent le monde d’aujourd’hui. Le non au référendum sur l’Europe a obligé les Américains à se rabattre sur un plan B qui consiste à tout faire pour positionner le premier ministre Tony Blair comme le personnage-clé de l’Europe en devenir. Il est hors de question pour les Etats-Unis de voir s’étendre la contestation intra européenne en particulier sur des sujets vitaux comme l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Washington fera tout ce qui est en son pouvoir pour isoler le clan des peuples contestataires. A ce titre, la France est la cible majeure à briser en termes d’image et de résonance internationale. Dans cette démarche implacable de contrôle indirect de l’Europe, les Etats-Unis ne peuvent perdre aucune bataille. Les jeux olympiques 2012 leur ont fourni le prétexte de renforcer cette emprise en déployant toute leur force de persuasion auprès de leurs alliés (y compris l’Espagne qui est pourtant sous gouvernement socialiste) pour faire pencher la balance du bon côté. Le CIO est une instance collégiale qui est soupçonnée depuis des années d’être partiellement corrompue et les milieux bien informés s’accordent à reconnaître que les manoeuvres diplomatiques qui environnent le CIO n’ont rien à voir avec le monde du sport. Mais le plus grave dans cette histoire est la manière dont les principaux concernés, à savoir le comité organisateur français et le maire de Paris ont géré le dossier. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Le maire de Paris n’a rien compris ou n’a rien voulu comprendre. Les jeux olympiques 2008 ont déjà été marqués par des affrontements informationnels souterrains qui démontraient déjà à cette époque qu’il ne fallait surtout pas négliger ce terrain d’action. L’agressivité de certains britanniques contre la candidature de la ville de Paris aux jeux de 2012 n’est pas anecdotique et n’est hélas qu’un pâle aperçu de la réalité. D’aucuns auraient pu s’étonner de cette maladresse qui aurait dû en principe déservir la cause londienne. Il n’en est rien car justement la partie s’est joué sur un autre échiquier qu’un stade olympique.

Les leçons à tirer de cette défaite sont importantes. Mais faut-il encore y croire ? Avons-nous fait le bilan, en termes de dynamique puissance de la tragique défaite de juin 1940. Monsieur Delanoe va conclure que c’est la loi du sport et les autres se tairont une fois de plus en concentrant leur attention sur les prochaines élections. La France va mal et souffre de cette inefficacité congénitale. Mais attention, à force de se cacher la réalité, les défaites à venir risquent d’être bien plus graves que le refus d’une candidature pour les jeux olympiques.

L’équipe d’Infoguerre.com

L’intérêt national en quête de stratégie

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Le non au référendum est un moyen comme un autre de souligner à quel point le peuple français ne supporte plus l’absence de stratégie concernant son avenir. Depuis Giscard d’Estaing, l’habitude a été prise par les différents chefs de gouvernement de tout miser sur l’Europe. Ce vide stratégique est apparu avec force lorsque l’Europe est entrée dans la spirale d’un élargissement géographique sans rationalité avec le temps et sans contrepoids au jeu d’influence des puissances environnantes à l’Ouest comme à l’Est. Il a fallu l’arrivée brutale de la Chine dans le concert des nations pour révéler de manière flagrante l’incapacité du pouvoir politique, de droite comme de gauche, à avoir su anticiper les tensions à venir. Contrairement aux apparences, le oui à l’Europe ne protège pas du danger de la guerre, il amplifie les interrogations la concernant. Certes, la guerre a changé de visage, c’est ce que je m’efforce d’expliquer dans un ouvrage qui s’intitule ironiquement La main invisible des puissances. Et c’est justement parce que la guerre a muté en Occident que les électeurs français sont inquiets car ils sentent qu’il n’y a pas de plan A et encore moins de plan B pour la mener. Pendant que le Pentagone annonce quasi officiellement que des affrontements militaires localisés sont envisageables à l’horizon des douze prochaines années avec la Chine, nous continuons à jouer au Front populaire contre le Bloc des droites ou à rêver au village planétaire.

Cette absence de pensée sur l’intérêt national est devenue la matrice de formation de nos élites dans les grandes écoles comme à l’université. La déchirure est devenue dangereuse car l’autisme de ce petit monde parisien est quasi irréversible pour la génération actuellement aux commandes. L’article de Serge July publié dans Libération est à ce propos la démonstration exemplaire de l’incompréhension de cette élite autoproclamé à l’égard des problèmes vitaux que soulève la population de ce pays. Trop heureux de sortir en 1973 d’un militantisme maoïste devenu lassant, Serge July a vite oublié ses classiques. La majorité des électeurs français n’est pas masochiste, elle se contente d’exposer au grand jour son refus de signer un chèque en blanc à un pouvoir politique qui navigue au gré du vent depuis trente ans. Cette contradiction principale est un non dit qu’amplifient la courbe du chômage, la croissance poussive et surtout la mort lente de notre économie de subsistance.

La France a besoin d’une stratégie de puissance à l’image de celle conçue par le général de Gaulle après 1958. Aux antipodes d’un pouvoir impérial, la démarche du créateur de la Vème République se voulait généreuse mais aussi lucide. Le général de Gaulle avait compris que la guerre économique n’était pas un fantasme d’intellectuel aigri mais une réalité incontournable de la mondialisation des échanges. N’avait-il pas instauré un quota d’entreprises américaines pour protéger la relance d’une économie française à peine reconstruite aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Ne fut-il pas le premier européen à dénoncer la manière dont les Etats-Unis d’Amérique vivaient au crochet des pays vassaux en décrétant que l’endettement était une faute pour leurs alliés et en faisant une arme de domination pour leur économie. Mais le général de Gaulle était aussi un homme qui comprit très tôt que les ressources de la planète n’étaient pas inépuisables. Qui se souvient de la création du Commissariat à l’énergie solaire dans les années 1960 ? A cette époque, la France était en avance sur tous les autres pays. Cette ouverture d’esprit ne fut pas comprise. Certes la culture économique du général de Gaulle n’était pas sans failles, mais cet homme avait lui l’audace d’avoir conçu un plan A pour enrichir ce pays et tenter de le mettre à l’abri des grands prédateurs. Avec le recul du temps, on mesure aujourd’hui la moindre envergure de ses successeurs et l’incompréhension du peuple français à l’égard de sa stratégie. Cette leçon est lourde de sens.

Le nouveau gouvernement issu du référendum n’a plus droit à l’amnésie. La très timide démarche d’intelligence économique impulsée au titre du principe de précaution par son prédécesseur doit devenir un véritable levier pour défendre l’intérêt national. Ce vœu pieux prend de plus en plus la forme d’un cahier de doléance. Bernard Carayon fait figure de résistant au même titre qu’un Thierry Dassault ou que les fondateurs d’Otor dont l’avenir dira bientôt que la justice ne penche pas forcément du côté du plus fort. La lutte contre le chômage est intimement liée à un esprit d’économie de combat. Plusieurs priorités tendent encore les mains à un gouvernement qui en cherchent :
1) Les pôles de compétitivité copiés sur l’exemple américain ne doivent pas être une farce teintée d’arrière-pensée électorale. Les présidents socialistes de région auront à démontrer s’ils privilégient leur parti ou l’intérêt national dans cette affaire. Il s’agit de mailler les forces vives des territoires sur des projets créateurs d’activités et d’emploi capables de résister à la concurrence internationale.
2) La préservation des ressources énergétiques et minières indispensables au développement de notre économie devient un enjeu vital qui ne doit pas être traité de manière artisanale comme c’est encore le cas aujourd’hui. N’oublions pas et répétons-le mille fois que l’armée française en est à peine à se poser la question sur ses dépendances extérieures en termes d’approvisionnement. Je vous laisse imaginer ce qu’il en est pour le pilotage global et détaillé de nos besoins dans tous les secteurs économiques.
3) Le redéploiement de nos forces hors des zones traditionnelles d’échange est aussi une priorité vitale qu’aucune administration française n’a su concrétiser de manière opérationnelle. Le patronat est en panne sur cette question. Le politique ne doit pas l’être. C’est un des dossiers les plus difficiles mais le défi doit être relevé. Et arrêtons de croire que les voyages présidentiels renforcés par la présence d’industriels suffisent à inverser le cours des choses.
4) Les Etats-Unis, depuis l’ère Clinton, ont démontré que certaines délocalisations pouvaient nuire gravement à l’intérêt national et qu’il fallait s’y opposer. Les déclarations publiques de son conseiller Reich devraient être relues avec minutie par l’inspection des Finances.
5) La politique de sécurité économique amorcée par M. de Villepin ne doit pas être une stratégie du paraître. Tant que les préfets ne seront pas notés sur ces résultats, elle restera lettre morte. Le préfet Pautrat qui connaît ce petit monde a parfaitement souligné l’importance symbolique de cette mesure. Pour l’instant, la majorité des préfets regarde la sécurité économique comme une tâche encombrante, voire incompréhensible.
6) Il est urgent d’ouvrir un dialogue tripartite (Etat/patronat/syndicats) sur la démarche d’intelligence économique au service de l’intérêt national. Cette proposition farfelue dans le contexte français est pourtant la condition sine qua non de l’émergence d’une connivence sur la manière dont la France doit manœuvrer dans le domaine de la compétition économique mondiale. La gouvernance individuelle de certains patrons ainsi que le sectarisme idéologique des défenseurs de la lutte des classes plombent l’unité nationale et constituent des failles majeures exploitées par nos adversaires géoéconomiques. Les démonstrations par l’absurde atteignent aujourd’hui le point de rupture (Cf l’article sur la déstabilisation des groupes français de l’eau par le lobby de l’eau américain).

A l’heure où les partis UMP et PS redécouvrent la vertu des politiques industrielles, il devient urgent de les mettre en pratique. Il ne s’agit pas simplement de tirer vers le haut la créativité technologique des entrepreneurs français mais d’apprendre par la dissuasion aux autres puissances que nous ne sommes pas un pays facile à conquérir.

Christian Harbulot