Blog Infoguerre

26.11.04

L’European Security Advocacy Group dans la presse, une campagne de pub comme les autres?

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ESAG

L’apparition d’une campagne de presse d’envergure (presse papier, spots TV) depuis septembre 2003 montre que les craintes d’une instrumentalisation du terrorisme n’existent pas qu’aux Etats-Unis. Le message, qui a touché 10 pays européens : Espagne, France, Italie, Grande-Bretagne, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suisse et Turquie se veut pédagogique, donc clair : « Le terrorisme n’a pas d’avenir. » Lorsque l’on cherche à se pencher de plus près sur l’European Security Advocacy Group (http://www.esag.org, cf. article du 16/11/2004), la transparence et la bonne foi affichées quant au message ainsi qu’à l’objectif de l’ESAG cèdent le pas à un culte de la discrétion pour le moins surprenant dans le cadre d’une telle démarche. La question est de savoir pourquoi tant de mystère autour d’une telle prise de position médiatique.

Le roi de la publicité, spécialiste de la contre-subversion

L’initiative d’une telle action revient à Norman Vale, 73 ans, publicitaire new-yorkais de renom et qui se présente comme un américain parmi d’autre qui a vu le monde se désagréger à l’aune de la violence du 11 septembre. En tant que citoyen concerné et publicitaire expérimenté il aurait ainsi spontanément investi son talent, son temps et visiblement beaucoup d’argent dans cette campagne de pub. Déjà, dans une interview anonyme accordée au journal suisse « Le Temps » le 07 novembre 2003, N. Vale expliquait qu’elle vise les décideurs. « Mon objectif est de maintenir élevé le niveau de sensibilisation à la menace terroriste et faire que ces décideurs en fassent plus, qu'ils soient plus pro actifs. »

Le parcours de Norman Vale reste classique. New-yorkais pur souche, il est resté célèbre pour avoir, de 1954 à 1990, participé au développement astronomique du Grey Global Group (depuis la branche Grey Advertising à Grey International), désormais l’agence la plus en vue sur Madison Avenue. En 1990 il devient logiquement patron de l’influente International Advertising Association sorte d’organisation professionnelle qui regroupe médias, agences et autres acteurs du monde publicitaire qu’il dirigera pendant 11 ans avant de retrouver le monde des affaires. Pendant son mandat, la taille de l’IAA est passée de 2400 à 3700 membres, présents dans 99 pays. Depuis 2001, M. Vale est présent au sein des directoires de différentes firmes, le Center for Advertising and Innovative Development ainsi que Baracoda Inc. et Morgan Anderson Consulting.

Etrange qu’un tel parcours le mène à vouloir s’immiscer dans ce qui relève de la politique intérieure (et commune) de l’Europe. Les explications de M. Vale sont évidemment trop belles pour être vraies. D’autant plus que Norman Vale a acquis son incontestable savoir-faire au sein de l’armée américaine. Volontaire du contingent lors de la guerre de Corée, M. Vale est un patriote rapidement repéré qui intègre dès 1954 les services du contre-espionnage militaire. Il est alors envoyé à Francfort en tant que spécialiste de la contre-subversion où il surveille de près l’activisme politique en RFA et en RDA, c’est à dire les mouvements des communistes. Il aurait ainsi appris en voyageant à travers le monde une des meilleures armes de l’influence (dans un cadre marketing ou politique) : savoir penser de la même façon que les cibles que l’on vise.



Et pourquoi pas la théorie du complot ?

Le cabinet Dassas Communication dirigé par Patrick Walhain été clairement identifié comme le concepteur du projet et a traduit ou modifié les textes en fonction des pays visés. A propos des financiers éventuels, "Des particuliers et des entreprises à parts égales", avait confié N. Vale au Temps, invoquant des soucis de sécurité pour ne pas les nommer. Là encore, l’explication du patriote richissime proche de l’armée et pourquoi pas du pouvoir politique profitant d’un transfuge national relève du complot ou de la facilité, de la naïveté en tout cas. A l’heure où la cohésion européenne est en jeu et où l’on reparle d’une politique commune de défense, les encarts de l’ESAG posent problème. Le débat pourtant est resté assez succinct et il est remarquable de noter que pratiquement seuls des journaux issus de pays neutres (Suisse) ou alliés des Etats-Unis (Espagne, Italie) dans la guerre en Irak se sont véritablement intéressés aux motivations de l’ESAG. Cette apathie choque à deux niveaux :

- En France tout d’abord, où personne n’a soulevé voire décelé, la dangerosité d’un tel message.
- En Europe où seul un blog norvégien (http://blog.bearstrong.net) polarise les opinions, en langue anglaise principalement et agit plus comme une caisse de résonance gratuite puisque son auteur, Bjørn Stærk, serait un ami de Norman Vale.


Pourquoi l’ESAG pose problème

Le rôle de la presse on le sait est d’informer. La réciproque voudrait qu’elle agisse contre toute forme de désinformation. L’activisme de l’ESAG rappelle que n’importe quel média ne saurait accueillir n’importe quelle publicité, qui relève du domaine de l’influence, sans quelques précautions de base. Le message de N. Vale souligne la faiblesse de la puissante société civile européenne prompte à se soulever contre l’arrogance spectaculaire mais peut concernée par sa propre léthargie. Le désintérêt le plus total en France prouve une fois de plus qu’à force d’avoir parfois raison, on en oublie que les autres n’ont pas toujours torts. Le terrorisme est une menace réelle dont personne n’oublie la tragique actualité. S’il peut sembler cocardier de refuser qu’un américain éduque l’Europe en matière de vigilance, il est plus légitime de rappeler que fragiliser les 25 en frappant sur certaines cibles stratégiques relève de la malhonnêteté intellectuelle et du « fascisme universel » cher à Michael Ledeen, conseiller de l’administration Bush. On se demande enfin si les milliers de morts du terrorisme n’ont pas suffi à venir à bout de ce cynisme de mauvais goût. Renvoyer le terrorisme au rang de concept manipulable ou d’objet marketing, c’est au final le banaliser voire le renforcer, comme si les terroristes en avaient besoin.

Pablo Nakhlé Cerruti

25.11.04

Images de la barbarie russe et tchétchène

Knowckers.org

Mardi 23 novembre 2004, Arte diffusait un Théma sur les affrontements militaires et les jeux d’influence géoéconomiques dans la région du Caucase. Ces reportages avaient le mérite d’être très explicites sur les contradictions historiques de l’empire russe dans la zone puisque cette propension à l’impérialisme remonte au XIXème siècle sous les Tsars.Le face à face entre les Russes et les Américains en Géorgie étaient aussi parfaitement mis à jour. Mais une scène de barbarie retient plus l’intention que d’autres, c’est l’égorgement de soldats russes par des soldats tchétchènes. Il est dommage que les anciens gauchistes tels qu’André Glucksmann, si épris d’humanisme et de justice, ne la regardent pas avec plus de lucidité.
Cette scène montre des êtres de la pire espèce à l’œuvre dans ce qu’ils croient être un document de propagande cherchant à intimider les jeunes appelés russes envoyés là-bas. Le sadisme, la lenteur dans la manière d’assassiner leurs victimes ne déplairaient pas aux tortionnaires des camps de la mort nazis. Ce talent « tchétchène » est la pire des images que peut donner un peuple en lutte pour son indépendance nationale. Il est la marque d’une immaturité politique sans égal et ne peut pas être balayé d’un revers de main au nom de la riposte aux crimes de guerre commis par les Russes.
Deux exemples contradictoires doivent être rappelés à ce sujet : les crimes atroces commis par certains éléments du FLN lors de la guerre d’Algérie ne peuvent pas être excusés par la torture pratiquée par l’armée française et les actes de vengeance commis par les groupes extrémistes de pieds noirs. Ces actes marquent un peuple pour toujours surtout si ils sont commis au nom d’une cause révolutionnaire. 30 ans après, il ne faut pas s’étonner qu’un islamiste radical en vienne à fracasser la tête d’un nourrisson contre un mur pour faire parler du GIA dans les médias internationaux. Lors de leur prise du pouvoir au Nicaragua, les sandinistes du Nicaragua avaient tiré les leçons de l’histoire en refusant d’appliquer les mêmes méthodes que les escadrons de la mort d’extrême droite qui luttaient contre eux. Et pourtant les occasions de vengeance ne manquaient pas à propos des crimes commis par les forces du dictateur Somoza.

24.11.04

Encerclement de marché : bis repetita américain dans l’agriculture

Knowckers.org

Un transfuge roumain raconta un jour une belle histoire à des amis français. Issu d’une famille de l’ancienne aristocratie, il trouva son salut sous le dictateur communiste Ceausescu en passant des études d’ingénieur agronome. Après un passage au Ministère de l’agriculture, il fut envoyé en formation en Bulgarie pour se spécialiser sur le suivi des stratégies agricoles en Occident.
Sa spécialité d’analyste dans le renseignement économique lui permit de suivre avec beaucoup d’assiduité les affrontements souterrains qui mettaient aux prises durant la guerre froide les pays occidentaux à propos de certains enjeux agricoles. Un affrontement pérenne attira son attention : la conquête du marché mondial de l’alimentation animale par le lobby du soja américain. Il cita deux exemples non dénués d’intérêt : en 1945, l’administration d’occupation américaine interdit l’usage du lupin dans l’alimentation animale en décrivant cette plante comme un symbole nazi. La RDA et la Pologne continuèrent à cultiver le lupin comme plante servant justement à l’alimentation animale à la place du soja. A la chute du Mur, les Américains rachetèrent en Pologne les usines de traitement de lupin et réorientèrent leur activité vers d’autres domaines que le lupin. Si ce transfuge ne mentait pas, personne ne sera étonné de lire l’article qui suit.

Les Etats-unis imposent les OGM aux Irakiens
Une décision en faveur des multinationales de l’agro-alimentaire

Les Etats-uniens ont bien du mal à assurer la sécurité en Irak, mais avant de transférer la souveraineté aux irakiens en juin dernier, ils ont pris le temps de légiférer sur la Protection de la Variété des Plantes (PVP). L’ordre 81, signé par l’administrateur de l’Autorité provisoire Paul Bremer et qui a force de loi, remplace la loi irakienne sur les brevets de 1970. Alors que les droits de propriété privée sur les ressources biologiques étaient interdits, la nouvelle législation introduit un droit de propriété intellectuelle pour le créateur d’une nouvelle semence. Il aura le monopole de production, reproduction, vente, exportation, importation et stockage, pendant 20 ans pour les plantes agricoles, 25 ans pour les plantes et les vignes. Pour conserver et planter des semences, les paysans devront désormais s’acquitter de droits à leurs propriétaires.

Pour bénéficier de cette protection, une variété de plante doit satisfaire aux critères définis par l’UPOV (Union internationale pour la protection de nouvelles variétés de plantes, une organisation intergouvernementale composée de 53 membres) : la variété doit être nouvelle, distincte, homogène et stable. Des critères que ne remplissent pas les graines développées par les paysans, contrairement à celles des multinationales.

L’ordre 81 fait les affaires des entreprises qui contrôlent le commerce mondial des graines, comme Monsanto, Syngenta, Bayer et Dow Chemicals. Il est également une porte ouverte à l’importation et l’utilisation d’OGM en Irak. Une décision lourde de conséquence qui n’a pas été votée par une instance souveraine représentative du peuple irakien.

Source: http://forums.transnationale.org/viewtopic.php?t=6064&language=french

Du crétinisme?

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- En 1870, nos officiers avaient sur eux une carte de l’Allemagne et non de la France…
- En 1914, nos industries de défense étaient assurées par des compagnies d’assurance allemandes…
- En 1940, on avait fait des progrès… Seules les grandes entreprises françaises n’appartenant pas à l’industrie de défense étaient assurées par des compagnies d’assurance allemandes. La Luftwaffe apprécia cette fidélité en programmant une partie de ses bombardements à partir des gracieuses informations fournies par ses clients français.

Avons-nous tiré les leçons du passé ? En 1994, il n’existait en France aucun lieu centralisant les informations sur la Chine (cartographie des jumelages, initiatives privées, initiatives publiques).

Qu’existe-t-il aujourd’hui ? Cherchez, mes bons amis, mais munissez-vous d’une bonne loupe. Pour ceux qui se lasseront, il reste un recours, américain bien entendu… :

19.11.04

TDF bradé ?

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Dans cet inextricable jeu de go autour du contrôle du marché privé de l’information dans le monde, nous rencontrons deux catégories d’acteurs : ceux qui ont une stratégie globale de puissance et ceux qui ne voient que le court terme au niveau de l’entreprise. L’affaire TDF s’inscrit-elle dans cette dimension ? Un internaute nous interpelle à ce sujet. Voilà ce qu’il nous écrit.« Le fonds de pension anglais Charterhouse s’introduit gentiment dans le capital de TDF, société qui contrôle jusqu'à ce jour la diffusion télé et radio en France (TF1, M6, Canal, France Télévisions, Radio France, et de nombreuses radios privées. C’est aussi le cas pour les filiales de TDF en Finlande, en Estonie, en Pologne.
A la suite de la récente loi de "privatisation " de France télécom qui était un des actionnaires de TDF, l'Etat est descendu en dessous des 50% dans le capital de FT. Comme FT a décidé de vendre ses parts, Charterhouse monte en puissance et va détenir 54,5% du capital de TDF. Le reste du capital se répartit ainsi : 15% environ détenus par la banque d'investissement IXIS, nouvellement rachetée par le Groupe Caisse d'Epargne à la Caisse de dépôts et consignations, le reste est détenu par la CDC (30%), 0,8% par le personnel.
Il se trouve aussi que le montage financier passe par un LBO par l'intermédiaire d'une banque luxembourgeoise !!!
L'Etat n'a pas bougé l'an dernier, pas plus que les députés. TDF est pourtant une société française, issue de capitaux et de technologies françaises (c'est la redevance, car TDF est issue de l'ORTF en 1974). Les médias ont relaté cette vente (dont on connaissait la teneur dès le 25 juillet) sans commentaire particulier. Il est inquiétant de penser que personne, et encore moins nos élus, ne se soient inquiétés de cette cession. Ils ont été éblouis par le fait que cela permettait à FT de poursuivre son désendettement par une importante plus value. D’une certaine manière, on fait comme avec Gemplus...
Il est fort à penser que ni Bercy, ni Bruxelles ne poseront de conditions à la vente (ils n'avaient pas non plus réagi lors de la constitution du LBO en 2002).
Charterhouse est dirigé par seize spécialistes issus de grandes écoles ou universités européennes ou américaines (Cambridge, Oxford, HEC, INSEAD, Harvard, Standford). Il serait intéressant de déterminer les liens de ce fonds britannique avec Charterhouse USA, ou avec le puissant groupe financier américain Citigroup (dont la presse l'an dernier disait qu'il était le principal bailleur de fonds). »

Qui défend la sécurité économique de la France ?

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A l’heure où Alain Juillet tente de faire avancer les choses avec un petit noyau de collaborateurs et un mince budget, où l’ADIT développe un pôle de sécurité économique dans une démarche d’ouverture et de flexibilité d’emploi des forces, où Bercy met en place une Délégation générale à l’intelligence économique, où le député Bernard Carayon plaide pour la création de délégations du même type dans les autres Ministères stratégiques (Intérieur, Affaires étrangères, Défense), l’urgence de clarifier les enjeux de la sécurité économique se fait sentir lorsqu’on se penche sur les dossiers qui remontent du terrain.Il est anormal que les services de sécurité et de renseignement français n’aient pas encore rédigé de textes d’orientation sur la sécurité économique, élément majeur pour s’orienter vers une démarche de sécurité globale. L’explication en est simple : côté police, cette dimension du travail n’est pas intégrée par la hiérarchie dans la notation des fonctionnaires. Un travail innovant sur la contre ingérence extérieure ne permet donc pas aux policiers de la DST ou de la DCRG de se faire remarquer pour progresser dans la carrière. Côté Défense : le Président de la République a bien précisé en se rendant au siège de la DGSE que les enjeux géoéconomiques faisaient partie des priorités à traiter par cet organisme. Mais les deux priorités retenues ont été la lutte anti-terroriste et la lutte contre la prolifération nucléaire sans oublier les affaires courantes, en particulier en Afrique. Or il ne semble pas pour l’instant qu’une ligne de conduite précise dans le domaine de la sécurité économique ait été initiée. Autrement dit, sur ce point crucial, le message du Président de la République est resté sans réponse.

Les « carences » patriotiques de Jean-Pierre HUGON : de YANACOCHA à GORO NICKEL

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Comment expliquer les décisions prises par Monsieur Hugon dans des contrats qui ne sont pas insignifiants comme la mine d’or d’Yanacochia au Pérou ou dans le dossier du nickel néo-calédonien ? Dans ces affaires, on se demande où sont passés les intérêts français ?
L'affaire de l’or d’YANACOCHA
Au titre de directeur du BRGM, Jean-Pierre Hugon a participé en 1993 à la cession des parts du BRGM dans ce que la presse a appelé « l' affaire des mines d'or du Perou ».
Cette mine située à 4100 mètres d’altitude, au cœur du Pérou est l’une des plus grandes mines d'or, sans conteste la plus rentable et découverte en 1981 par les ingénieurs français du BRGM et qui recèle au moins 1000 tonnes d’or, soit vingt ans de production.
En 1985, en contrepartie de sa découverte et des travaux préalables à l’exploitation, le BRGM obtient donc 25% des parts de Yanacocha, aux côtés de la société locale Buenaventura et de la firme américaine Newmont Mining, premier producteur mondial d’or. Même minoritaire, cette participation française aurait dû rapporté 1,8 milliard de dollars pour le BRGM sur la base d’un coût d’exploitation inférieur à 100 dollars l’once et d’un prix de vente de plus de 400 dollars aujourd’hui, réduit des frais et des taxes; ce qui valorise Yanacocha à 7,5 milliards de dollars.
Contraint de céder ses participations, le BRGM lance un appel d’offres et décide de vendre la moitié de ses actions dans Yanacocha à l’australien Normandy Mining, le mieux-disant. Mais il existe un droit de préemption, que Newmont et Buenaventura font prévaloir.
Le droit de préemption est confirmé par la justice péruvienne et le BRGM est évincé pour seulement 788 millions de francs. Au delà d'une collision des services américains et de Newmont pour évincer les français, on peut s'interroger sur la responsabilité des dirigeants du BRGM dont M HUGON sur la défense des intérêts français. Cette attitude se retrouve dans le cas du Nickel calédonien.

L’affaire du Nickel de Nouvelle Calédonie
En 2002, Jacques Lafleur, président de la province sud a accordé, un permis sur le gisement de Prony à la société canadienne INCO après avoir accordé un permis d'exploitation sur le gisement de Goro pour un investissement estimé à 1.8 milliards de dollars (production prévisionnelle de 55 000 tonnes) et ce au détriment d'entreprises françaises.
Dans la presse locale, Louis Ballande du groupe Ballande s’interroge sur le rôle décisif dans cette affaire de Jean-Pierre Hugon, ex-directeur du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), comme conseiller minier de la province dans l'attribution de ce marché aux canadiens.
La société INCO a tout naturellement attribué la maîtrise d'oeuvre du projet à son partenaire américain BECHTEL (associé à TECHNIP ) pour près de 140 milliards de dollars.
Manque de culture stratégique ou volonté délibérée, on peut s'interroger sur la responsabilité de M HUGON dans l'éviction des entreprises françaises des matières premières stratégiques au profit d'entreprises nord-américaines. M HUGON est probablement quelqu'un d'intègre et de professionnel mais il vient d'une Ecole des Mines qui alimente le BRGM en ressources humaines et qui souffre de graves lacunes en culture stratégique. C'est ainsi, que les 5 % de parts du BRGM dans GORO Nickel viennent d'être cédés en 2003 par BERCY au groupe canadien INCO au détriment de collectivités publiques ou de la société française Le NICKEL qui se sont portés publiquement acquéreurs. Là encore, M HUGON aurait joué un rôle déterminant auprès de son successeur au BRGM.

Sources bibliographiques
Jean Montaldo, Main basse sur l’or de la France», Albin Michel, 1998.
Jean Montaldo, Les Voyous de la République, Albin Michel, 2001.
Jean-Claude Gawsewitch, Yanacocha: comment déposséder l’Etat français d’un milliard de dollars sans que personne ne dise rien», Michel Laffont, 2003.

Les entreprises des services de l'eau : le fleuron de l'économie française

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Dans son article premier, la loi sur l'eau de 1992 considère que "l'eau fait partie du patrimoine commun de la Nation. Sa protection, sa mise en valeur et le développement de la ressource utilisable, dans le respect des équilibres naturels, sont d'intérêt général. L'usage de l'eau appartient à tous dans le cadre des lois et règlements ainsi que des droits antérieurement établis." A partir de cette déclaration, nombreux sont ceux qui ont conclu que l'eau ne devait en aucun cas être considéré comme un bien marchand. Qu'une entreprise privée soit en charge des services liés à l'eau (distribution de l'eau potable, collecte et traitement des eaux usées) signifiait que l'on renonçait à sa définition de bien universel. Ces personnes militent pour une gestion directe des services publics par la collectivité car elle seule est à même d'atteindre l'objectif d'intérêt général. Au contraire, lorsque le service public est confié à une entreprise privée l'objectif unique est financier forcément aux dépens des usagers du service.

Ces dernières années la participation du secteur privé dans la gestion des réseaux d'eau a été très active, particulièrement dans les pays en développement où le nombre de concessions pour les services d'eau a eu une croissance très forte. Toutefois récemment, on observe un changement radical de la politique des multinationales privées : le cercle vertueux de l'investissement qui apporte plus d'efficacité, qui elle-même ouvre plus de marchés en provenance d'autres pays, semble rompu. En effet, les expériences malheureuses dans certains pays confrontés à des problèmes monétaires comme en Argentine ont conduit plusieurs grands groupes privés à se retirer de nombreux projets trop risqués, ce qui a fait dire aux opposants du partenariat privé que les solutions proposées pour amener de l'argent frais dans les circuits de financement des services d'eau n'étaient pas les bonnes.

En France, les problèmes de corruption qui sont apparus au grand jour dans les années 1990 lors des passations de marché pour les services d'eau et les différents éclats sur la qualité de la ressource et de l'eau consommée ont fini de parfaire l'amalgame qui se fait injustement entre le service public, les entreprises privées, et les problèmes liés à l'eau. On ne peut pas dire que le service public est moins bien assuré quand il est confié à une entreprise privée, parce que celle-ci évolue dans le même environnement réglementaire que les régies et qu'elle est contrainte de respecter les mêmes principes : égalité des usagers devant le service (en ce qui concerne l'accès, les prestations, le tarif), continuité du service, mutabilité du service (adaptation pour l'intérêt général), et depuis peu, transparence et participation des usagers.

Par ailleurs, les différentes études "pour grand public" sur le prix de l'eau concluent à une surfacturation des services pratiqués par les opérateurs privés. Il est vrai qu'il est crucial de comparer les prix de l'eau qui varient d'une commune à une autre, mais à condition de comparer ce qui est comparable. Des études très récentes et plus poussées dans le domaine montrent que l'écart entre le public et le privé n'est pas si grand et qu'un prix plus élevé en gestion déléguée est souvent justifié par un service plus complexe qu'une régie était incapable de gérer efficacement. Toutefois, chaque municipalité négociant son contrat d'eau est confrontée à un pouvoir de négociation déséquilibré en faveur d'un géant de l'industrie de l'eau ainsi qu'à un déficit d'informations sur les coûts d'exploitation. Et cette entreprise peut utiliser stratégiquement cet avantage pour augmenter ses profits. C'est pourquoi il est primordial d'instaurer une régulation efficace des entreprises privées en arbitrant entre le degré d'efficacité d'exploitation et le contrôle des profits. En définitive, ce n'est pas le choix entre public et privé qui est crucial, mais plutôt le contrôle de la gestion des services d'eau que les communes ont souvent perdu.

Une fois n'est pas coutume, la France est un pays pionnier en ce qui concerne la participation des entreprises privées dans la gestion de l'eau à tel point que l'on parle d'école française de l'eau. Hormis l'Angleterre et le Pays de Galles où le secteur de l'eau est l'unique expérience de privatisation (avec vente des actifs), c'est en France que l'on observe la part la plus importante d'entreprises privées en charge de l'exploitation des réseaux d'eau. Aujourd'hui huit habitants sur dix sont desservis par un opérateur privé. Trois grand groupes transnationaux se partagent 98% du marché délégué au privé : VEOLIA Environnement (via Générale des eaux filiale de VEOLIA Water), SUEZ (via Ondeo) et Bouygues (via SAUR, Société d'aménagement Urbain et Rural). La possibilité pour les communes de déléguer la gestion des services d'eau à un opérateur privé est très ancienne et a connu une expansion constante à partir du milieu du 19ème siècle. C'est en 1853 qu'un décret impérial autorise la création de la Compagnie Générale des Eaux, société anonyme, qui obtient sa première concession de service public de distribution d'eau à Lyon en 1856 pour une durée de 99 ans. La Lyonnaise des eaux et de l'éclairage a été fondée en 1880. Elle est vite devenue un interlocuteur central lorsque les municipalités décidaient de concéder les services publics de distribution d'eau et de gaz puis d'électricité.

La rigueur de normes européennes sur l'eau potable et l'assainissement a accru grandement la complexité technique des traitements de l'eau et a conduit les systèmes de gestion locale à plus de professionnalisation parce que les technologies nécessaires impliquaient un degré élevé de spécialisation. Ceci combiné avec une nécessité croissante de recouvrement des coûts en raison de l'augmentation des déficits publics a eu comme principale conséquence d'accroître les besoins de financement et donc de faire appel à des partenaires privés externes.

Ondeo est le numéro un mondial en population desservie (125 millions d'habitants à travers le monde) des services d'eau potable et d'assainissement. La Générale des eaux arrivent juste derrière avec 110 millions d'habitants desservis mais est leader en France avec 26 millions de personnes desservies en eau potable et 19 millions en assainissement. Son chiffre d'affaires s'élève en 2003 à environ 11 milliards d'euros qui représentent 30% du chiffre d'affaires total de VEOLIA Environnement. Elles sont classées parmi les 100 plus grosses compagnies du monde par Global Fortune 500. La SAUR (le petit poucet mais 4ème mondial tout de même) est aussi résolument tournée vers l'international où elle dessert 29 millions d'habitants (et 6 millions en France). Ainsi, nos trois compagnies françaises possèdent ou ont des intérêts dans des compagnies des eaux dans plus de 100 pays et contrôlent à elles seules 40% du marché mondial de l'eau confié au privé. Seule vraie rivale dans le secteur avec sa position de troisième mondial, la RWE, géant de l'énergie en Allemagne, et sa filiale britannique la Thames Water a réussi à entrer sur le marché américain avec l'acquisition du leader national American Water Works.

Ces entreprises ont un savoir-faire historique dans l'eau et un haut niveau de compétence technique grâce notamment aux investissements réalisés dans la recherche et le développement. Elles profitent également des synergies importantes avec des filiales dans les secteurs de la propreté et des BTP pour offrir une plus large gamme de service tout en réduisant leurs coûts et réalisant des gains de productivité. Elles proposent ainsi aux industriels des services d'externalisation de la gestion des eaux de process et de l'assainissement ainsi que la gestion des déchets industriels allant de la construction des usines de traitement à l'exploitation complète du cycle de l'eau et des déchets.

Dans la perspective de la libéralisation du secteur de l'eau dans l'Union européenne avec l'ouverture des marchés (ou d'une partie de ces marchés) aux opérateurs privés, l'enjeu est de taille pour nos entreprises championnes puisqu'on prévoit à l'horizon 2010 une augmentation de 500 % de la population mondiale alimentée par le secteur privé. La conquête de l'or bleue va donc attirer de plus en plus de grandes entreprises spécialisées et peut-être accroître la concurrence dans un secteur très concentré. On espère ainsi que la ressource (rare) sera allouée plus efficacement, que le prix reflètera les vrais coûts pour donner les bonnes incitations aux usagers, mais aussi que cela permettra de remédier au fait que presque deux milliards de personnes dans le monde n'ont pas encore accès à l'eau potable.

Serge Garcia, chercheur en économie.

12.11.04

La nostalgie du parapluie

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Il est, en France, depuis quelques temps, plutôt judicieux, politiquement correct et médiatiquement prudent de se déclarer méfiant, sinon hostile, envers les évolutions que connaît l’Amérique dans l’expression de sa singularité sur la scène internationale. Toujours soucieux de rester fréquentables et de pouvoir, si cela s’avérait nécessaire, adopter une autre posture, ces critiques de l’ « impérialisme américain » savent parfaitement se garder de sombrer dans un « antiaméricanisme primaire ». L’autocensure n’est jamais très loin de l’instinct de survie médiatique et politique. Il est peu de dire que cette tendance est dominante dans l’opinion française, voire européenne, avec cependant des nuances locales que l’on gomme trop souvent avec un souci coupable de simplification.

Pourtant, un certain nombre de voix s’élèvent pour tenter d’exprimer un discours contradictoire. Politiques ou intellectuels, ils sont ainsi quelques-uns qui, de façon très audible depuis les attentats du 11 septembre, assument une position que nous qualifierons d’atlantiste, terme qu’ils ne rejettent généralement pas. Ils ont bien sûr l’habileté et la maîtrise rhétorique suffisantes pour se présenter sous le jour plus reluisant de partisans d’une « nécessaire réconciliation avec l’allié historique qui nous a quand même libéré en 1944 » et auquel nous sommes « indissolublement liés dans la lutte de la liberté et des droits de l’homme contre le terrorisme ». Certes …

Qu’ils nous permettent cependant, ces courageux hussards du monde libre, de proposer ici une lecture quelque peu critique de leur discours. Il est tout de même surprenant que des hommes aussi éclairés qu’Alain Madelin ou Pierre Lellouche, pour ne nommer que les porte-étendards de cette mouvance, puissent encore fonder quelque espoir sur l’édification d’un pilier européen de l’OTAN. Une telle position frise la cécité quand on constate que les Etats-Unis ont, à maintes reprises, montré dans leurs actes qu’ils ne ressentent plus le besoin de s’allier de façon systématique et indissoluble à l’Europe. Toute alliance a vocation à mourir dès lors que la puissance qui en est à l’origine ne ressent plus comme crédible la menace qui l’avait suscitée. Le désengagement des théâtres yougoslaves, le redéploiement des troupes américaines de l’Allemagne vers le Caucase ou l’Asie du Sud-Est, l’action unilatérale engagée tant en Afghanistan qu’en Irak sont autant de signes que nos atlantistes refusent de prendre en considération. Comment espèrent-ils imposer une alliance à une puissance dont ils s’empressent par ailleurs de reconnaître la suprématie ?

Ce tropisme américain apparaît comme l’expression d’un manque absolu de confiance dans la vocation qu’ont la France et l’Europe à construire un discours de puissance. Monsieur Madelin devrait prendre conscience qu’il n’est plus militant d’Occident, que l’Armée Rouge n’est plus à nos portes et que, par conséquent, le parapluie américain n’est plus ni souhaitable ni utile. Mais du moins peut-on lui accorder la cohérence de son opinion avec sa vision « libérale-libertaire » des questions économiques et sociales. L’attraction exercée par le modèle états-unien sur Monsieur Madelin n’est certes pas une nouveauté. Il est bon de se souvenir qu’il fut recruté par l'Institut d'Histoire Sociale, structure anticommuniste mise en place par les services américains autour d'anciens dirigeants collaborationnistes et qui diffusa en France les idées libérales de l’école de Chicago. Un projet de société qui abdique à ce point les intérêts de la puissance régalienne au profit des lois du marché et d’une conception ultra-permissive de la liberté individuelle ne peut par essence que s’appuyer sur un autre pour assurer sa défense face à l’adversité. Dans la France d’antan, nous appelions cela un vassal. On a les rêves que l’on peut …

L’attitude de Pierre Lellouche est autrement plus contradictoire, ce qui explique certainement un discours souvent très alambiqué. Comment cet homme, qui se dit héritier d’un certain gaullisme, peut-il aujourd’hui accepter de se jeter à corps perdu dans les bras de la puissance américaine ? Il nous rétorquerait avec raison que ce qui guidait le Général n’était pas une hostilité de principe aux Etats-Unis mais la prise en compte pragmatique des circonstances du temps dans le constant souci des intérêts de la France. Mais c’est bien là que le bât blesse. Les circonstances du moment exigent à l’évidence la construction d’un véritable projet stratégique européen. Lors de son discours de Dakar, le 13 décembre 1959, le général de Gaulle rappelait que « l’essentiel, pour jouer un rôle international, c’est d’exister par soi-même, en soi-même, chez soi ». Le pragmatisme que revendiquent les atlantistes devrait les inciter à reconsidérer et questionner l’adéquation de leurs idées et modèles stratégiques avec une carte du monde qui n’est plus celle de la guerre froide.

L’avenir que nous proposent les atlantistes est celui d’une Europe accrochée aux basques d’une Amérique elle-même engagée dans un inévitable affrontement stratégique avec la Chine. Est-ce vraiment l’intérêt de la France de s’engager dans cette voie où elle abdiquerait toute autonomie ? L’Europe doit aujourd’hui considérer les Etats-Unis comme un partenaire au même titre que le Japon, la Russie ou la Chine. L’heure n’est pas plus à la soumission volontaire qu’à l’hostilité systématique, mais à l’expression d’une véritable volonté politique d’assumer à nouveau un destin mondial. Depuis la chute du Pacte de Varsovie, les Etats-Unis sont plus forts qu’ils ne l’ont jamais été mais, paradoxalement, ils savent également que cette situation ne durera pas. D’où cette volonté d’assurer par tous les moyens la conquête d’atouts stratégiques qui seront autant de gages dans les grands affrontements à venir avec la Russie et, par-dessus tout, la Chine.

La position consistant à adopter le modèle social, culturel et économique américain tout en se soumettant à cette même puissance tutélaire pour la défense d’intérêts communs toujours moins nombreux est une trahison à la fois du destin historique de la France à être une puissance d’équilibre et de la vocation de l’Europe à parler et agir dans le monde en tant que puissance autonome.


R.J.

10.11.04

Une Société Militaire Privée à l’Ecole Militaire

Infoguerre.com

La société SECOPEX, seule société française spécialisée dans la gestion et la prévention des risques à l’international revendiquant l’appellation de SMP (Société Militaire Privée) sera l’invitée de l’Association AVISE (1) le 16 novembre 2004 à l’Ecole Militaire.

Alors que plus d’une centaine de sociétés de sécurité anglo-saxonnes écument le florissant marché de la sécurité privée dans le monde et sont pour la majeure partie d’entres elles des SMP, la France brille encore par son absence dans ce domaine. Mais cette absence semble tenir de l’habitude, voire du blocage d’ordre psychologique.

Effectivement, aucune institution ni aucun responsable militaire n’a lancé le débat. Alors que l’armée de Terre risque de réduire de nouveau ses effectifs (on évoque en ce moment un objectif de 85 000 hommes dans les années à venir contre 130 000 actuellement), l’Armée française, comme les armées professionnelles américaines et britanniques le font déjà, va tôt ou tard devoir externaliser un certain nombre de prestations si elle veut conserver son niveau opérationnel et ses capacités d’engagement.
On ne serait malheureusement pas surpris de voir la France se tourner vers une SMP anglo-saxonne tant elle tarde à trouver les moyens d’officialiser l’utilisation de sociétés ayant pourtant un intérêt majeur dans la protection de nos intérêts nationaux.

On ne peut que se féliciter de l’heureuse initiative prise par Secopex d'avoir créé une société française revendiquant cette appellation de SMP.

Il faut maintenant se demander pourquoi ce terme de SMP fait encore si peur. Comment appeler pourtant des sociétés qui revendiquent une expérience militaire, qui vendent de la prestation opérationnelle (ce qui n’implique pas la participation aux combats), qui sont dirigées par d’anciens cadres de l’armée française et qui vont jusqu’à afficher la présence au sein de leur comité d’éthique des officiers généraux tous issus des services « secrets » de notre pays ?

La seule société française, de droit français, installée en France, qui affiche et communique sur le fait que SMP ne suppose aucunement la participation à des activités combattantes,
et qui propose à ses collaborateurs des contrats de travail en conformité avec le code du travail français s’exprimera donc lors de ce colloque organisé par l’AVISE.

(1) Association regroupant les anciens élèves du DESS Intelligence Economique et Sécurité de l’Information de l’Université de Marne-La-Vallée

8.11.04

Les têtes cassées de l’intelligentsia française

Knowckers.org

Certains intellectuels français ont pris l’habitude de surfer sur le laxisme de la société française. Ils font ainsi un fonds de commerce des misères du monde, en n’hésitant pas à certaines occasions à devenir des agents d’influence objectifs d’une puissance étrangère.
Leurs thèmes de prédilection sont connus : la défense des Droits de l’homme et la préservation de la démocratie.C’est ainsi que trois d’entre eux Bruckner, Glucksmann, Kouchner ont signé une pétition dans le Monde daté du 3 septembre dernier sur le thème « cessons d’embrasser Monsieur Poutine ». Le prétexte de cette pétition est le comportement des « massacreurs » des forces de sécurité du Kremlin lors de la prise d’otages de l’école n°1 à Beslan. Chose incroyable, nos vaillants humanistes ne disent pas un mot sur le sens de l’acte des preneurs d’otages. Rappelons que les auteurs de cette prise d’otages ont justement choisi la cible d’une école hébergeant plusieurs centaines d’enfants pour tirer un profit maximum de la boucherie programmée auprès des médias mondiaux (les terroristes tchétchènes et leurs comparses savaient parfaitement que les forces de sécurité russes ne feraient pas dans le détail). Les Glucksmann et consorts n’ont dit pas un mot pour dénoncer la barbarie terroriste. Ce parti pris cynique n’est pas nouveau. Le nouveau « philosophe » André Glucksmann ne s’est jamais expliqué sur ses écrits dans le numéro spécial de la revue Les temps modernes paru en 1972 sous le titre Nouveau fascisme, nouvelle démocratie. Cet article de plusieurs dizaines de pages assimile la France de Pompidou à une dictature qu’il faut combattre. La Fraction armée rouge allemande (bande à Baader) et les brigades rouges italiennes s’inspirèrent de ce texte pour structurer leur pensée et leur ligne d’action. Des textes écrits à l’époque par ces deux organisation terroristes le confirment. Etrange silence de notre grand humaniste Glucksmann sur la portée de ces écrits antérieurs. Lorsqu’Emmanuel Lemieux a voulu l’interviewer sur ce sujet, il a fui l’auteur de Pouvoir intellectuel : les nouveaux réseaux paru chez Denoël en 2003, en prétextant n’importe quoi.
Un autre humaniste de pacotille est le « nouveau philosophe » enquêteur Bernard Henri Lévy. En décembre 2003, le Monde diplomatique révélait la manière grotesque et à la limite de la désinformation, dont Bernard Henri Lévy avait rédigé son ouvrage Qui a tué Daniel Pearl ?, paru aux éditions Grasset la même année. Dans son journal de 13h à 14h, RFI est revenu le dimanche 7 novembre 2004 sur ce triste épisode. Comment tolérer qu’un pseudo journaliste se moque à ce point de son lectorat ? Mais Bernard Henri Lévy ne méprise pas que ses lecteurs, il entretient une curieuse relation humaniste avec les employés de sa société de production cinématographique. Celui-ci a la réputation de ne pas verser les droits d’auteur de rediffusion des films achetés par la télévision. Précisons que la plupart des longs métrages produits par Bernard Henri Lévy ont été des échecs après leur sortie en salle. Bernard Henri Lévy s’en sort en jouant astucieusement sur les avances sur droits que lui verse le Centre National du Cinéma et surtout sur les droits de diffusion que lui règlent les chaînes de télévision. En bon humaniste, Bernard Henri Lévy oublie de verser les droits d’auteur aux employés qui ont travaillé sur le film, rediffusé plusieurs années plus tard après sa sortie en salle. A eux d’avoir une bonne mémoire et de suivre méthodiquement quand le film repasse à la TV pour réclamer leur dû. Quand c’est le cas (et ce n’est pas courant), la maison de production met plusieurs lois à régler en prétextant que Bernard Hneri Lévy est constamment en voyages d’affaires.
Que dire enfin de Bertrand Badie, la coqueluche des étudiants de Sciences Po Paris ? Pourfendeur de la place des Etats-Nations dans les relations internationales, il sort un ouvrage intitulé L'impuissance de la puissance chez Fayard en 2004. Rien d’étonnant à ce que les thèses propagées par Badie émeuvent autant les étudiants de Sciences Po Paris qui pensent d’abord à leur confort moral, sans que cela ne nuise trop à leur carrière future. Badie défend un monde débarassé des pulsions guerrières des Etas-Nations et prône le développement équitable. Franchement qui plaiderait l’inverse ? Le problème est que le monde ne fonctionne pas comme cela. A quoi sert Badie dans le système Sciences Po Paris ? Qui finance le laboratoire de Sciences politiques dans lequel travaille Badie ? Et quels intérêts représentent ces donateurs ? Espérons ne pas découvrir à l’avenir l’origine étrange de certains fonds qui alimentent une partie de la recherche de Sciences Po Paris. De mauvaises langues prétendent que des néoconservateurs américains se réjouissent du travail de sape mené par Badie auprès des élites françaises. Plus les diplomés de Sciences Po Paris nieront la légitimité de l’intérêt de puissance français, plus cela laissera les mains libres à d’autres dans le jeu terriblement cynique des relations internationales. Pour celles ou ceux qui ont envie de se rafraîchir la mémoire sur la manière dont nos amis américains ont manipulé certains membres de l’intelligentsia de gauche en Europe, reportez-vous à l’excellent livre de Frances Stonor Saunders Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre Froide culturelle, paru aux éditions Denoël en 2003.

Ben Laden est plus utile vivant que mort

Knowckers.org

La dernière cassette de Ben Laden, sortie juste avant le vote des Américains pour les élections présidentielles, souligne les passerelles complexes qui existent entre la propagande et la guerre de l’information. Ecoutée au premier degré, cette cassette joue sur les deux tableaux. Elle est un acte de propagande dans les analyses formulées sur les mouvements d’opposition de l’islalmisme radical dans le monde arabo_musulman. Elle devient de la guerre de l’nformation lorsque le leader d’Al Qaida se moque de Bush durant son passage à vide de 7 minutes au moment même où se déroulent les attentats du 11 septembre.Ben Laden en rajoute une louche en expliquant que cette absence de réaction du Président américain a permis à sa clique d’assassins d’atteindre presque toutes les cibles visées.
Mais réécoutée au second degré, cette cassette met en alerte sur les multiples contradictions qui sortent aujourd’hui sur le déroulement des évènements du 11 septembre 2001. Un exemple parmi d’autres: la vitesse du chasseur américain lancé à la poursuite du dernier avion. Au lieu de voler à sa vitesse maximale de mach 2, celui-ci volait à moins de 700km/h (information révélée par Eric Laurent dans son dernier ouvrage La face cachée du 11 septembre publié chez Plon à l’automne 2004). Mauvais entretien du moteur sans doute… Dans cette histoire, les questions pleuvent. La plus évidente est que l’armée américaine ne semble guère pressée de mettre la main sur l’homme qui est censé avoir défié la plus grande force militaire du monde. L’argument comme quoi les autorités américaines ont peur d’en faire un martyr ne tient pas la route deux secondes. Che Guevara avait un peu plus de charisme que cet ancien milliardaire saoudien reconverti dans l’islamisme fanatique. La CIA n’a pas hésité longtemps avant de le faire liquider par les militaires boliviens après sa capture. Cet assassinat en fit un martyr pour de nombreux groupes gauchistes à travers le monde mais l’Amérique latine resta une chasse gardée américaine.
Le clan Bush n’a-t-il un intérêt objectif à agiter ce chiffon rouge de la menace terroriste sous les yeux de l’électorat américain. Ils jouent même très bien la partie. Pas de commentaires sur la cassette afin de ne pas en faire trop et montrer qu’on reste fort mentalement en laissant le niveau d’alerte terrosite reste à un seuil quasi routinier. A croire que Ben Laden, pseudo grand stratège de l’anti-impérialisme yankee, n’est finalement qu’un idiot utile de plus dans le jeu obscur des dynamiques de puissance.

Guérilla kit, Nouveau guide militant

Infoguerre.com

Agit-prop, boycott, communication guérilla, guerre sémantique, hacktivism, mailbombing, pétition, usurpation civile… Guérilla Kit est le guide du « parfait-activiste » de A à Z. Sous-titré « Ruses et techniques des nouvelles luttes anticapitalistes », cet ouvrage présente les nombreuses techniques subversives et anti-globalisation, directement issues de l’expérience de terrain de « l’auteur ». De Seattle à Gênes, du Chiapas à Porto Alegre, ce livre est un condensé, plein d’humour et d’anecdotes, de la sphère « militante » vécue par ce groupe « né dans ces chemins de résistance » qui se cache sous le nom de Morjane Baba.

La guerre de l'information passe par un certain nombre d'acteurs, tels que les ONG, les actionnaires, les associations… sans oublier les militants et milieux activistes. De la contestation politique à la désobéissance civile, de la défense des Droits de l'Homme à celle de l'environnement, les activistes et contestataires de tout poil mènent de véritables « croisades » contre des multinationales et les « gouvernements ». Cet ouvrage reprend de manière quasi-exhaustive ces méthodes de contestation.

Ce livre s’ouvre par « Carnets de route », sorte de voyage à travers la contestation contemporaine et rappel de quelques uns des principaux points de focalisation de la contestation mondiale (fracture nord/sud, écologie, world company…). Il se poursuit par une présentation des « mots-clé » appartenant au « genre militant ». En voici un florilège : action symbolique, affirmation subversive, black bloc, brouillage culturel, copyleft, diff, legal team, netstrike, outing, TAZ (Temporary Autonomous Zone), vidéoactivisme, zone rouge… Enfin, l’ouvrage se clôt sur le chapitre intitulé « Fiches bricolages » dans lesquelles les lecteurs retrouvent des notes pratiques allant de la création d’une association à la fauche de champs transgéniques (dessins explicatifs à l’appui !!) en passant par la gestion des médias dans ces actions.

Après la « Business Intelligence » et la « Competitive Intelligence », voici venu le temps de la force créative de l’« Anticapitalist Intelligence »… Dans cette optique, nous recommandons la lecture de cet ouvrage aussi bien à l’étudiant soucieux de comprendre le milieu militant et « alter-mondialiste », qu’au Risk Manager d’une entreprise susceptible d’en devenir la cible.

AVS

Morjane Baba, Guérilla kit. Ruses et techniques des nouvelles luttes anticapitalistes. Nouveau guide militant, La Découverte, Paris, 2003.

5.11.04

Le Vietnam et la stratégie du faible au fort

Infoguerre.com

Le Vietnam est un mystère pour quiconque s’intéresse à la stratégie. Comment ce pays pauvre a-t-il pu battre l’armée américaine, la plus puissante du monde ? On invoque le courage, l’abnégation, l’intelligence de ses soldats, mais cela ne suffit pas : ceux d’en face, parmi lesquels se trouvaient de nombreux Vietnamiens du sud, ne manquaient pas de ces qualités. Le Huu Khoa, dans un article intitulé « La visée de l’effet dans l’art militaire vietnamien », nous montre ainsi comment la tradition militaire du Vietnam s’est formée au contact de l’empire chinois. La Chine, surpuissante et massive, a pendant des millénaires envahi périodiquement le Vietnam. Pour préserver son identité, celui-ci a dû mener de façon répétée la « guerre du faible contre le fort ».

Celle-ci possède ses règles : il faut par exemple toujours laisser à l’ennemi la possibilité d’une retraite honorable. Lorsque l’armée chinoise était retournée chez elle, le souverain du Vietnam envoyait à l’empereur de Chine une lettre d’excuses accompagnée de cadeaux. Les envois de cadeaux étaient répétés chaque année. Ainsi le puissant voisin sauvait la face et le risque d’invasion était conjuré pour quelque temps.

L’art militaire reposait sur une mobilisation de la population par la manipulation des symboles de la légitimité. Nguyen Trai (1380-1442), à l’affût d’une occasion pour lancer la lutte contre les Chinois, décide de s’appuyer sur la révolte que dirige le paysan Le Loi : cependant celui-ci n’a pas la légitimité que confère le « contrat céleste » aux « fils du ciel », c’est-à-dire aux empereurs. Nguyen Trai fait alors écrire avec du miel sur des feuilles d’arbre « Le Loi sera empereur, Nguyen Trai sera conseiller ». Ces feuilles, jetées dans la rivière, sont transportées vers les rizières. Les fourmis, mangeant le miel, trouent la feuille et y gravent les caractères. Les paysans qui ramasseront les feuilles penseront y lire un message céleste. Le Loi pourra alors créer une dynastie ; sa révolte, devenue ainsi légitime, aura assez de force pour chasser les Chinois.
Le territoire du Vietnam, où l’eau et la terre se mêlent, est mis à contribution : Tran Hung Dao (1228-1300) fait planter à marée basse des pieux dans un fleuve ; il y attire la flotte mongole à marée haute, la laisse avancer et vaincre sa propre flotte. Mais quand la marée baisse les bateaux mongols, dont le tirant d’eau est plus fort, sont défoncés par les pieux et la marine mongole est détruite.
La culture militaire vietnamienne se transcrit en savoureux proverbes que tout Vietnamien connaît, ce qui facilite grandement la discussion stratégique. Lors de la préparation du siège de Dien Bien Phu, certains dirigeants nord-vietnamiens proposaient de « pénétrer avec les dents du peigne » (diviser le dispositif de l'ennemi en le pénétrant par plusieurs combats parallèles au corps à corps). Vo Nguyen Giap proposa au contraire « d’enlever la peau de la banane » (attaquer d’abord les positions périphériques pour arriver progressivement au centre du dispositif ennemi). Cette méthode, plus économe en vies humaines, fut finalement adoptée.
Contre l’ennemi américain, l’armée du Vietnam du nord ne s’appuyait donc pas seulement sur le courage de ses soldats mais sur l’expérience millénaire de la lutte du faible contre le fort, apanage de tout un peuple et pas seulement de ses experts. Les militaires du Vietnam du sud, également courageux et compétents, ont quant à eux commis l’erreur d'adopter la stratégie de puissance des Américains.

Néanmoins, si l’application de la stratégie du faible au fort a permis par deux fois au Vietnam de vaincre ses ennemis (en 1954 contre la France et en 1975 contre les Etats-Unis), elle s’est révélée inadaptée, car dépourvue de créativité, face à l’opposant khmer. Excellents dans la guérilla et la résistance sur leur propre territoire, les communistes vietnamiens, une fois au pouvoir ont en effet transformé leurs partisans en troupes régulières. Ainsi les divisions lourdes et aguerries des généraux Giap, Dung et Lê Duc Anh (proconsul vietnamien au Cambodge devenu en 1992 chef de l’Etat vietnamien) n’ont pas fait mieux que ses homologues françaises ou américaines, quand elles sont à « contre-emploi » dans un espace étranger. Elles n’ont pas pu venir à bout de la guerre de l’ombre menée par les Khmers rouges au Cambodge.

L’armée populaire vietnamienne n’a jamais pu utiliser les recettes qui ont fait sa réputation pour vaincre. Au contraire, son ennemi khmer rouge a assimilé les enseignements des conflits d’Indochine (9 ans de guerre française, 6 ans de guerre américaine) pour enliser, 12 ans durant, son envahisseur. Pas d’affrontement frontal (« manh nhu yêu cuong », opposer souplesse à force, fermeté à faiblesse), mais un harcèlement continuel. Donc, guerre d’usure du matériel et du moral adverse : face à la posture statique des troupes d’occupation, jouer de la mobilité, choisir le terrain d’affrontement, conjuguer au mieux tactique et météorologie. Surtout, %@!#%&éner à l’adversaire le coup qui fait mal, physiquement et psychologiquement. Comme ses devancières française ou américaine, l’armée populaire vietnamienne, éloignée de ses bases et malgré la supériorité du nombre et de la technique, n’a pas remporté la bataille.

H.

3.11.04

Aller bien ou aller mieux ?

Infoguerre.com

Les grands économistes évaluent le potentiel industriel européen à deux fois celui des États-Unis. À défaut de n’être pas totalement en face d’une Europe-puissance, nous assistons à tout le moins à la réémergence d’une Europe industrielle et entrepreneuriale de premier plan, avant tout grâce aux efforts quotidiens du système productif français.

Seulement voilà, le potentiel remarquable de notre tissu économique souffre de plusieurs maladies dangereuses. L’année dernière, sur notre sol national, sont nées 294 000 entreprises. Ce chiffre est encourageant, d’autant plus qu’il se maintient chaque année depuis 10 ans. Mais sur la même période, 40 000 autres sont mortes (1). Ce chiffre représente le nombre d’établissements cumulés du Limousin (2) et de la Guyane (3), ou de la seule Guadeloupe (4). Chaque année, l’équivalent d’une région française disparaît. En 1993, nous avons atteint le chiffre record de 60 000, assistant par là à la terrible évaporation de la Picardie (5) ou de l’Auvergne (6), ou encore de tout le tissu industriel d’Île-de-France (7).

Ces dangereuses maladies dont il était question à l’instant, se matérialisent sous la forme d’une baisse de la productivité, d’un aléa de prospective, d’un risque mal évalué, d’une stratégie inefficace ou inadaptée, voire encore, pour ne citer que ces quelques exemples, d’un mauvais positionnement sur les marchés ou d’une méconnaissance des moyens de la concurrence. Ces maladies ne sont pas incurables, tout simplement parce qu’elles ont toutes une origine commune : une erreur humaine.

Aucun des problèmes que rencontrent les entreprises n’est lié à une quelconque fatalité du marché, à un hasard de l’environnement, à une malveillance de l’invisible « main invisible ». La vérité simple n’est malheureusement pas pour autant la plus aisée à admettre : tout risque est évitable, du risque informationnel au risque financier, en passant par les risques éthiques et de performance, comme ceux d’image et de management. Bien entendu, tout ceci n’est que théorie. Il sera bien évidemment impossible d’éviter tous les risques. Mais si nous commencions déjà, pour faire un premier pas dans le sens de l’accroissement de compétitivité, par seulement tenter de les minimiser ?

Beaucoup d’experts, du manager d’exception au politiste averti, savent ce que l’intelligence économique n’est pas : une boule de cristal, une chasse aux rumeurs, une simple recherche électronique ou encore un ersatz d’espionnage. Ce n’est rien de tout ça, pas plus qu’une invention récente, une histoire de journaux ou d’informaticiens. Retenons simplement, pour bien nous comprendre, qu’elle est un moteur stratégique du développement des entreprises et de l’efficacité de l’action des acteurs économiques.

On pourrait dire que l’intelligence économique est une activité de gestion de l’information, à des fins offensives ou défensives, mais il est aussi possible de la voir comme un simple fruit du bon sens de l’homme moderne. L’intelligence économique concerne effectivement la coordination des activités liées à l’information, de la simple donnée jusqu’à la stratégie complexe, mais il est sans doute plus opérationnel de la caractériser comme un simple moyen de faire mieux en faisant autrement. Car il ne s’agit pas d’inventer et de réinventer, ni de penser et de repenser, mais simplement d’accomplir, différemment.

Autour de l’intelligence économique gravite tout naturellement la multitude d’outils et de matières que les entreprises utilisent au quotidien, sans forcément les organiser de manière consciente, à savoir : la sûreté et la sécurité, matérielles ou non, la stratégie, la prospective, le marketing, la documentation, le lobbying, la propriété industrielle, le benchmarking ou encore le renseignement. L’intelligence économique se propose tout simplement de fédérer ces disciplines, et de les agglomérer de manière efficace afin de produire des résultats opérationnels. Car tout comme ces maladies à la cause commune que nous venons d’évoquer, les boîtes à outils que nous avons énumérées ont un point commun et un seul : l’information. Elles l’utilisent toutes afin de produire du résultat. Ainsi, même si le raccourci intellectuel est rapide, une entreprise qui gère mieux son information, génère plus de résultats.

Prenons, à titre d’exemple, le cas des Américains ; ils sont ce que nous appelons des coopétiteurs. Il y a une quinzaine d’années, déjà, naissait à l’université de Berkeley, en Californie, la « Doctrine de sécurité économique élevée au rang de politique nationale ». Elle a bénéficié d’une audience considérable sous l’administration de George Bush, puis fut consacrée par Bill Clinton sous la forme d’une « Politique de sécurité nationale ». Un Conseil Économique National a donc été créé, afin de travailler en étroite collaboration avec le Conseil National de Sécurité, et de réorienter les activités de renseignement pour soutenir les exports des entreprises américaines. Pour information, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, 40 % des 30 milliards de dollars du budget du renseignement américain sont consacrés au secteur économique. Aussi, l’Information Security Oversight Office (ISOO) réunissant le Pentagone, le département de l’Énergie et les agences de renseignement, a été créé pour assurer la protection et la gestion de toutes les informations confidentielles circulant dans les domaines économique et technologique. Enfin, les États-Unis ont même créé un National Industry Security Program, destiné à sensibiliser la communauté industrielle et technologique américaine à la défense de ses intérêts.

Presque quinze années que l’intelligence économique est une politique publique outre-Atlantique. Forts des points marqués par les rapports d’Henri Martre, de Bernard Carayon, de l’IHESI (aujourd’hui l’INHES) ou du Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises (CIGREF), nous pouvons espérer nous engager dans la même voie. Acte fort du gouvernement, Jacques Chirac lui-même a signé de sa main le décret présidentiel nommant Alain Juillet Haut Responsable chargé de l’intelligence économique au Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN). Des expérimentations ont été déployées dans sept régions tests, pilotées par le ministère de l’Intérieur.

Dans toutes ces initiatives, il s’agit tout simplement de penser et de traiter l’information autrement. Certains managers ont depuis longtemps adopté des stratégies d’intelligence économique variables, répondant certainement à leurs besoins, leur permettant de déceler des opportunités et des menaces, des forces et des faiblesses, et offrant l’avantage stratégique fondamental de connaître leurs environnements et de les surveiller. Ainsi, ces décideurs sont surpris et plus réactifs. Ils peuvent prévoir et se défendre. D’autres sont très certainement hésitants, comprenant bien l’intérêt d’une telle prise de conscience collective pour les grands capitaines d’industries, mais n’osant pas se doter eux-mêmes des instruments nécessaires à une démarche d’intelligence économique. Aux États-Unis ou en Asie, les PME-PMI sont spontanément plus offensives. En France, à l’exception de nos grands groupes, nous sommes actifs ou réactifs, voire même dormeurs. Nous devons nous demander ce qu’il arrive à notre poing quand nous ouvrons la main. C’est le même problème pour le dormeur : lorsqu’il se réveille, il cesse d’exister.

La démarche d’intelligence économique n’est peut-être pas encore mise en œuvre par toutes les entreprises parce que ces dernières n’ont pas conscience de son importance. Une société qui va bien n’a pas besoin de changement, c’est un fait communément établi. Et pourtant, ça et là, avec nos quinze années de retard, nous refusons de voir les murs se lézarder, et continuons de nous satisfaire d’« aller bien », alors que nous pourrions aller mieux.


Rémy Pautrat, Préfet, Vice Président Exécutif de l’ADIT,
Éric Delbecque et Swann Outin.


1) Source : INSEE, répertoire SIRENE.
2) 30 450 établissements. Source : INSEE, répertoire SIRENE.
3) 7 602 établissements. Source : INSEE, répertoire SIRENE.
4) 40 397 établissements. Source : INSEE, répertoire SIRENE.
5) 60 276 établissements. Source : INSEE, répertoire SIRENE.
6) 59 123 établissements. Source : INSEE, répertoire SIRENE.
7) 57 469 établissements industriels pour un total de 662 764. Source : INSEE, répertoire SIRENE.