Blog Infoguerre

10.11.05

Interview de Christian Harbulot sur le site international guruonline.tv

Infoguerre.com - Interview de Christian Harbulot sur le site international guruonline.tv

Fond� en 2000 pour rendre compte de la complexit� du monde, le site gurusonline.tv interroge depuis sa cr�ation, les universitaires, consultants, journalistes et dirigeants de multinationales dont les travaux et activit�s contribuent � la cr�ation de paradigmes. Jorge Nascimento Rodrigues, fondateur et �diteur principal du site international Gurusonline (versions en portugais, espagnol et anglais) s?attache � mettre en valeur ceux qui, ind�pendament de leurs visions politiques, �conomiques ou sociales influencent de mani�re significative, durable et au niveau mondial la r�flexion ainsi que l?action en management et en strat�gie. En une d�cennie, ce site a questionn� quelques 120 personnalit�s.

Gurusonline.tv est un projet du groupe Adventus (http://www.groupadventus.com) fond� par Jorge qui a d�but� ses activit�s en 1995 avec la parution du site http://www.janelanaweb.com en portugais. Le groupe est bas� � Lisbonne, Buenos Aires, Barcelone, Porto Alegre/Br�sil et Macao/Chine.

L?interview de Christian Harbulot est la confirmation de la reconnaissance internationale dont ses travaux font l?objet depuis quelque temps.
En 2000, le centre de recherche du congr�s am�ricain citait l?Ecole de Guerre Economique comme l?un des deux seuls centres europ�ens de niveau mondial en ce qui concerne les recherches sur l?information dominance (chapitre France du CRS Report for Congress sur le Cyberwarfare r�dig� par Steven A. Hildreth, expert au National Defense Foreign Affairs).
En 2001, l?EGE est cit�e dans le rapport Strategic and Organisational Implications for Euro-Atlantic Security of Information Operations. Ce rapport est destin� � l?OTAN et r�alis� par la branche europ�enne de la Rand Corporation.
En 2003, la version europ�enne de la Harvard Business Review faisait appel � son expertise pour d�crypter les nouveaux ressorts de la comp�tition �conomique plan�taire. Aujourd?hui, l?interview de Christian Harbulot sur gurusonline.tv permet d?�clairer plus encore la n�cessit� de prendre en compte le r�le du management de l?information dans des perspectives offensives. En effet, c?est une nouvelle grille de lecture des rapports de force qui se trouve exprim�e au travers du concept de � guerre cognitive �. Parce qu?il existe une constante historique des nations � rechercher la puissance, l?expression des rivalit�s prend corps avec les conflits immat�riels de nature informationnelle du XXI� si�cle (influence, lobbying, info-d�stabilisation).

D�sormais le directeur de l?EGE prend d�sormais place parmi les experts qui l?ont pr�c�d� sur ce site. Parmi eux, nous retenons :

Les th�oriciens du management strat�gique

Alfred Chandler, Prahalad et Gary Hamel, Carl Shapiro (Berkeley), Daniel Quinn Mills (Harvard), Henri Minztberg, le fran�ais Hugue de Jouvenel, James Collins, Kencichi Ohamae (LE strat�ge japonais), Peter Drucker, William T. Allen (NUY university), Peter Senge (MIT) ou encore Richard d?Aveni (Darmouth college), etc.

Les praticiens les plus innovants

Ged Davis (le prospectiviste de Shell pour l?horizon 2050), Arie de Geus (le coordinateur historique de la planification strat�gique chez Shell), Bernard Liautaud (co-fondateur Business Object), Bill Joy (le strat�ge de Sun Microsystems), Jillis Jonk (le strat�ge d?AT Kearney), Niklas Zennstromm (co-fondateur de Skype Technologies), Michael Dell (Pr�sident de Dell computers), Shai Agassi (le strat�ge de SAP).

Des universitaires de renomm�e mondiale

Les sociologues Alain Touraine, Jagdish Bhagwati (Columbia, sp�cialiste des questions d?immigration internationale),
Les politologues de Harvard Francis Fukuyama et George Modelski, Mickael Klare (le sp�cialiste de la p�trostrat�gie), Daniel Treisman (g�opoliticien, UCLA), Barry Eichengreen (Directeur de l?institut d?�tudes europ�ennes � Berkeley).
Les �conomistes : Kenneth Arrow (Prix Nobel), Robert Mundell (Columbia, Prix Nobel), Lester Turrow (le plus �cout� des �conomistes du MIT), Paul Krugman (� l?autre � �conomiste du MIT), Hal R. Varian (th�oricien de l?�conomie de l?information, Berkeley).

Mais aussi?

Le � futurologue � Alvin Toeffler, le prospectiviste Jo�l de Rosnay, Peter Williamson (le sp�cialiste de la g�o�conomie de la chine � l?INSEAD), Nicholas Carr (ancien r�dacteur en chef de la Harvard Business Review), Nicolas Negroponte (le penseur des technologies digitales au Mit), Le g�ophysicien Didier Sornette, le physicien Jean Philippe Bouchaud, le g�o�conomiste indien Ashutosh Sheshabalaya, etc.

et les � stars � du net.

David Siegel, Georges Gilder, Jeff Bezos (homme de l?ann�e 1999 du Times, fondateur d?Amazon), Kevin Kelly, Paul Romer (consid�r�, il y a peu par le Times comme l?une des 25 personnalit�s les plus influentes des Etats-Unis), Jeffrey Funk, etc.

Didier Lucas

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DE LA GUERRE COGNITIVE

La guerre cognitive c?est le stade supr�me de l?intelligence �conomique. C?est l?expression plus moderne de la guerre suivie par des autres moyens

Une interview avec CHRISTIAN HARBULOT le principal th�oricien europ�en de la nouvelle guerre �immat�rielle�

Le champ d?action prioritaire, dans cette p�riode de transition de cycle longue g�opolitique, s?est d�plac� de la guerre ? dans le sens de violence comme continuation de la politique ? pour la g�o�conomie. Dans ce changement, l?intelligence �conomique a �t� substitu�e pour sa fille plus moderne, la �guerre cognitive�, une esp�ce de �main invisible� des puissances et des lobbies les plus forts, et toutes les sph�res du monde s?sont d�j� concern�es par cette mutation. L?homme au centre de cette nouvelle �buzzword� c?est le Fran�ais Christian Harbulot. Il nous dit que la nouvelle guerre marque une diff�rence majeure avec l?intelligence �conomique. C?est une des armes fondamentales de la diplomatie �conomique ouverte ou informelle, qu?on le veuille ou non, qu?on l?ignore ou le d�plore les plus na�ves.

Le monde a pass� d?une �poque o� le renseignement et l?espionnage industriel �taient rois � une autre o� la communication, les id�es, les symboles et le lobbying dominent et fait des �victimes� et des �vassaux�. �La guerre cognitive ne traduit pas une volont� de persuasion par une argumentation directive mais une d�marche indirecte fond�e sur l?influence. La principale arme en est la connaissance. Dans cette guerre sans champ de bataille, le plus fort est celui qui oblige l?autre � accepter tacitement sa domination, sans coup f�rir �, s?explique Harbulot dans l?interview � Gurusonline.tv.

Harbulot a publi� ce juin 2005 chez les �ditions Ellipses La Main Invisible des Puissances. Les Europ�ens face � la guerre �conomique, un livre qui a bouscul� les id�es re�ues de certaines �lites fran�aises, en revenant sur le sujet de la dimension politique de puissance, un th�me oubli� ou discut� en sourdine dans les milieux politiques et des affaires. Surtout dans les milieux de la D�fense nationale le d�bat aux mois d?�t� a �t� tr�s chaud en France. Harbulot argumente que la guerre cognitive c?est tant un sujet de d�fense nationale ou europ�enne, comme question de strat�gie des affaires. Ce n?est pas seulement question pour les militaires ou politiciens, c?est aussi une affaire pour les PDGs et la globalisation des entreprises. La variable �g�o� doit entrer dans la fonction du management. Harbulot ne vas pas jusqu'� sugg�rer pour le moment d?avoir un CGO (chief-geoeconomic officer) comme on? a d�j� un CEO.

Mais, if faut agir d?urgence, r�clame Harbulot et son �cole de Guerre �conomique, fond� � Paris en 1997 (dans la Web au site http://www.ege.fr). Et pour �a, il faut pr�parer les entreprises au d�fi des ph�nom�nes de concurrence exacerb�e et des man?uvres de diplomatie �conomique et aux nouvelles formes de rapports de force g�o�conomiques. Cette guerre en cours se �choque� avec les strat�gies de court terme, soit des politiciens pour sa r��lection toutes les quatre ann�es, soit des hommes d?affaires pench�s sur le business au jour le jour ou rest�s ancr�s dans une vision tr�s id�ologique et d�mod�e des rapports de force �conomiques.

Depuis la chute du Mur de Berlin et de la nouvelle g�opolitique am�ricaine au sujet des ressources strat�giques mondiales (poursuivit plus ouvertement par George W.Bush) et de l?�mergence en particulier de la Chine, la culture de puissance est en train de revenir sur le devant de la sc�ne et de s?imposer � nouveau. La guerre cognitive c?est une guerre immat�rielle, qui fait appel � la ma�trise de l?�conomie de la connaissance, � des moyens op�rationnels pour comprendre et dominer par le savoir le fonctionnement de la globalisation et de l?asym�trie de la r�alit�.

Pour les pays europ�ens encercl�s comme une �sandwich� entre l?Am�rique et les nouvelles grand-puissances �mergentes de l?Asie, la discussion est � l?ordre du jour - ce n'est pas de la prospective lointaine, mais question tr�s pragmatique, que les �lites europ�ennes ma�trise tr�s mal.

Christian Harbulot est aussi co-fondateur et directeur du cabinet Spin-Partners, sp�cialiste fran�ais en communication d?influence et gestion du risque informationnel. Spin-Partners, sur le model des �spin doctors�, est n� d?une fusion de deux cabinets en 2004. �Spin doctors� a entr� dans le vocabulaire des PR (relations publiques) comme un mot pour les nouveaux sp�cialistes de la communication d?influence politique. �Spin� c?est un acronyme anglais pour �Significant Progress In the News�, une technique des sp�cialistes de PR de la Strategic Defense Initiative de Ronald Reagan dans les ann�es 1980. Christian dirige aussi le site Infoguerre.com cr�� en 1999.


Interview par Jorge Nascimento Rodrigues, �diteur de http://www.gurusonline.tv. Une version adapt� en portugais a �t� sortie � Expresso, l?hebdomadaire publi� � Lisbonne.


10 Id�es cl�s

. La dimension g�o�conomique prend une importance croissante du fait du changement de contexte.

. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les grandes entreprises s?�taient habitu�es � un march� mondial domin� par l?Occident et plus pr�cis�ment par l?�conomie des Etats-Unis. L?irruption de la Chine et bient�t de l?Inde modifie � la fois la g�ographie des �changes mais celle des rapports de force.

. Il reste � sensibiliser la population la plus strat�gique, � savoir les milieux patronaux qui en France en sont rest�s encore � une vision tr�s id�ologique des rapports de force �conomiques

. La construction de l?Europe est encore trop lente et incertaine pour rendre caduque une r�flexion de fond sur la puissance d?une nation comme la France et la mani�re de la faire �voluer

. Les petits pays ont plut�t l?objectif de pr�server une marge de man?uvre pour ne pas subir la loi du plus fort

. Le patriotisme �conomique ne doit pas �tre confondu avec le nationalisme �conomique qui est une des causes de la naissance des r�gimes totalitaires du XX� si�cle. Il est la condition sine qua non d?une r�flexion strat�gique sur le devenir d?un pays

. Apr�s le p�trole, c?est la fois de l?eau au centre des guerres �conomiques

. Aujourd?hui, les pays qui marquent des points d�cisifs sont ceux qui ont su b�tir une strat�gie de puissance g�o�conomique sur le moyen/long terme. Les autres pays subissent de facto cette nouvelle configuration des relations internationales depuis la disparition des Blocs

. La diplomatie �conomique est la face �merg�e de l?iceberg. Il ne faut pas oublier la face immerg�e. Le monde de la finance en constitue l?une des parties les lus importantes. C?est le monde le plus opaque et le moins contr�l� de l?ensemble de l?�conomie de march�

. Avec le Web le faible a de nouveau les moyens de se battre contre le plus fort et m�me de vaincre celui-ci. Avec le Web, tous les acteurs �conomiques peuvent devenir des communicants directs

Vous pensez que la dimension "g�o�conomique" doit entrer rapidement au c?ur des strat�gies de l'entreprise, surtout pour les groupes ou �start-up� de dimension globale? Est-ce que les directions g�n�rales et les chefs d?entreprise y sont pr�par�s ?

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les grandes entreprises s?�taient habitu�es � un march� mondial domin� par l?Occident et plus pr�cis�ment par l?�conomie des Etats-Unis. L?irruption de la Chine et bient�t de l?Inde modifie � la fois la g�ographie des �changes mais celle des rapports de force. La dimension g�o�conomique prend une importance croissante du fait de ce changement de contexte. La p�nurie de certaines ressources, les risques de surproduction, les effets de la d�sindustrialisation d?une partie de l?Occident en cr�ant notamment des d�pendances qui n?existaient pas, le durcissement de la comp�tition en raison de la multiplication des pays industrialis�s, sont autant de facteurs qui peuvent parasiter les strat�gies des entreprises �globales�. La France est sur ce point un cas d?�cole. Le pouvoir politique en est r�duit � parler de patriotisme �conomique sans �tre capable de d�finir des strat�gies de moyen et long terme, � force de concentrer son attention principale sur les strat�gies purement �lectorales.


�La guerre au terrorisme est une petite guerre par rapport aux efforts tous azimuts de la puissance g�o�conomique am�ricaine pour pr�server sa supr�matie mondiale. Il en est de m�me pour la Chine dans les efforts qu?elle d�ploie pour devenir une v�ritable puissance mondiale�

En p�riode de transition dans le cycle long g�opolitique (si on suit le raisonnement de George Modelski), la question de la "puissance" est-elle fondamentale pour la diplomatie �conomique ?

La probl�matique de la puissance n?a jamais cess� d?�tre au c?ur des relations internationales. La fin de la guerre froide a sorti cette probl�matique du ghetto id�ologique dans lequel l?avait enferm� la politique des Blocs. La course aux armements n?est plus aujourd?hui l?expression dominante de la puissance. Les enjeux sont d�sormais principalement �conomiques. Le pr�sident d�mocrate Bill Clinton l?avait dit d�s 1994 : la priorit� num�ro de la politique �trang�re des Etats-Unis est la d�fense de ses int�r�ts �conomiques. Le 11 septembre n?a rien chang� � cet ordre des choses. La guerre au terrorisme est une petite guerre par rapport aux efforts tous azimuts de la puissance g�o�conomique am�ricaine pour pr�server sa supr�matie mondiale. Il en est de m�me pour la Chine dans les efforts qu?elle d�ploie pour devenir une v�ritable puissance mondiale.

Est-ce que vous pensez que la Chine - avec sa diplomatie �conomique globale (le �go global� de la propagande - et l'Inde sont plus avanc�es que l'Europe sur le sujet de la guerre �conomique ?

Ces deux pays vont devoir �tre tr�s habiles dans la mesure o� les Etats-Unis ne les laisseront pas cro�tre en puissance au point de menacer leur supr�matie. La Chine a certainement tir� des enseignements de ce qui est arriv� au Japon au d�but des ann�es 1990. L?agressivit� commerciale de l?ex-empire du Soleil Levant � l?�gard de l?Occident fut stopp�e par Washington par diff�rents moyens (attaques r�p�t�es pour casser le protectionnisme invisible nippon, d�stabilisation de son syst�me bancaire, blocage se sa strat�gie sur le technoglobalisme, limitation des jeux d?influence japonais dans le syst�me politico administratif am�ricain). La chute du mur de Berlin priva le Japon de l?objet de son chantage implicite � l?�gard de l?Am�rique. Les autorit�s gouvernementales am�ricaines n?avaient plus � craindre le basculement de cet alli�/ancien adversaire dans la sph�re d?influence sovi�tique, au cas o� les Etats-Unis n?accorderaient pas � Tokyo une marge de man?uvre significative dans la construction de la puissance �conomique nipponne.


Retrouver le sens de puissance, est-ce un objectif pour des grands �tats (comme la Grande Bretagne, la France, et l?Allemagne) ou des �tats moyens (comme l?Espagne, et demain la Pologne) europ�ens? Ou est-ce une affaire globale � traiter au niveau de l'Union Europ�enne? Quelle pouvait �tre la position des petits �tats, comme la Hollande, le Portugal ou la Finlande ?

Il n?est pas simple de retrouver le sens de la puissance. Pr�cisions d?abord qu?il existe plusieurs formes d?expression de la puissance. Les Etats-Unis et peut-�tre la Chine sont des puissances qui cherchent � imposer une supr�matie. La France, l?Allemagne et la Grande Bretagne qui ont �t� jadis des puissances importantes, cherchent aujourd?hui leur positionnement. Les petits pays ont plut�t l?objectif de pr�server une marge de man?uvre pour ne pas subir la loi du plus fort. La construction de l?Europe est encore trop lente et incertaine pour rendre caduque une r�flexion de fond sur la puissance d?une nation comme la France et la mani�re de la faire �voluer.

Quelle d�finition donnez-vous au patriotisme �conomique ?

Le patriotisme �conomique ne doit pas �tre confondu avec le nationalisme �conomique qui est une des causes de la naissance des r�gimes totalitaires du XX� si�cle. Il est la condition sine qua non d?une r�flexion strat�gique sur le devenir d?un pays. Si certaines �lites cherchent leur salut en se mettant syst�matiquement au service du plus fort - La France a connu cette situation dramatique avec Pierre Laval entre les deux guerres et durant la seconde guerre mondiale -, elles accentuent les risques de d�clin et d?affaiblissement de leur pays. Le contexte est certes tr�s diff�rent des ann�es 1940, mais ce type de comportement n?a pas disparu. A droite comme � gauche de l?�chiquier politique fran�ais, des personnalit�s influentes s?entretiennent naturellement une relation de une connivence avec la puissance la plus forte. Pour la plupart d?entre eux, ce comportement ne traduit pas une vision g�ostrat�gique de la France mais plut�t la volont� quasi pavlovienne de prot�ger leurs int�r�ts individuels. C?est ce qui explique la force du camp pro am�ricain dans les milieux dirigeants de l?hexagone. Cette r�alit� rend tr�s difficile la r�flexion n�cessaire sur la puissance.


�Les Am�ricains ne sont pas les seuls � mener une politique de puissance dans le domaine du p�trole. Il en est de m�me pour les Russes qui cherchent � s�curiser leurs richesses �nerg�tiques ainsi que les territoires sus lesquels passent les conduites de pipe line. La politique �nerg�tique de la Russie est l?expression la plus caract�ristique de sa recherche de puissance depuis la chute de l?empire sovi�tique.�

Le p�trole et demain l'eau seront-ils les �tincelles des nouvelles guerres �conomiques ?

C?est d�j� le cas. La guerre en Irak est une le�on de choses. Les Am�ricains ne sont pas les seuls � mener une politique de puissance dans le domaine du p�trole. Il en est de m�me pour les Russes qui cherchent � s�curiser leurs richesses �nerg�tiques ainsi que les territoires sus lesquels passent les conduites de pipe line. La politique �nerg�tique de la Russie est l?expression la plus caract�ristique de sa recherche de puissance depuis la chute de l?empire sovi�tique. Vous avez raison de citer aussi le domaine de l?eau.

Pourquoi ?

Depuis plusieurs ann�es, les Etats-Unis et l?Europe s?affrontent sur ce sujet par l?interm�diaire des n�gociations de l?Accord G�n�ral sur le Commerce des Services (AGCS) qui doivent se terminer en d�cembre 2005 lors de la r�union de l?Organisation Mondiale du Commerce � Hong-Kong. Dans cette partie de bras de fer, chacun d�fend ses int�r�ts en fonction de ses points forts. L?Union europ�enne revendique que les services dits d?environnement dont le captage et �puration de l?eau soit prise en compte par l?AGCS. Cette revendication n?est pas �trang�re au fait que les plus grandes firmes de ce secteur soient europ�ennes. A contrario, les Etats-Unis, qui n?ont pas encore r�ussi � s?emparer du leadership du march� mondial par leur propre dynamisme industriel, ne cessent de r�p�ter que ces services ne tombent pas sous la coupe de l?AGCS, �tant �fournis dans le cadre de l?exercice du pouvoir gouvernemental�. L?argumentation nord-am�ricaine est d?autant plus paradoxale que les autorit�s am�ricaines sont les plus ardents partisans de la d�r�glementation et donc de la privatisation des services publics. On peut l�gitimement se poser la question si les campagnes de protestation v�h�mentes, lanc�es par des ONG comme Public Citizen, et concentr�e sur les cibles Suez et Veolia, ne sont pas le rideau de fum�e qui masque le combat que se livrent Europ�ens et Am�ricains sur la lib�ralisation des services.

Qu?est-ce que la guerre cognitive? Comment la diff�rencier de la propagande d'Etat, pure et dure, des ann�es 1930/1940 ?

La guerre cognitive est l?expression la plus moderne de la guerre. Contrairement aux op�rations de propagande qui ont domin� les grands conflits du XX�me si�cle, la guerre cognitive ne traduit pas une volont� de persuasion par une argumentation directive mais une d�marche indirecte fond�e sur l?influence. La principale arme en est la connaissance. Dans cette guerre sans champ de bataille, le plus fort est celui qui oblige l?autre � accepter tacitement sa domination, sans coup f�rir. La mani�re dont les Etats-Unis font pression en amont pour imposer � leurs vassaux leurs r�gles du jeu dans de nombreux secteurs �conomiques, est souvent � d�crypter sous l?angle de la guerre cognitive. Aujourd?hui, les pays qui marquent des points d�cisifs sont ceux qui ont su b�tir une strat�gie de puissance g�o�conomique sur le moyen/long terme. Les autres pays subissent de facto cette nouvelle configuration des relations internationales depuis la disparition des Blocs. S?ils veulent ma�triser leur devenir, ils devront t�t ou tard r�fl�chir � leur propre approche de la notion de puissance par la guerre cognitive.


�Aujourd?hui, l?Etat fran�ais est tr�s mal arm� pour identifier les man?uvres financi�res mena�ant nos int�r�ts �conomiques. Il n?est pas le seul dans ce cas.�


Quelles sont les implications pratiques pour la diplomatie �conomique ou informelle des �tats ?

Que ce soit pour la diplomatie �conomique ou la diplomatie informelle, l?Etat Strat�ge n?est plus un non-sens. Pour b�tir une bonne diplomatie �conomique, les pouvoirs politiques d?un Etat doivent avoir la capacit� de r�former les principes de gouvernance, en incluant ces nouvelles probl�matiques. Des cabinets am�ricains comme Ernst and Young sont d�j� en train de pr�parer des offres de service allant dans ce sens. Ils n?h�sitent pas � utiliser de la comp�tence fran�aise pour y parvenir. Je pense notamment � une m�thodologie con�ue par une ancienne magistrate et un consultant en intelligence �conomique qui vise � identifier les points faibles financiers d?une entreprise. Mais ne nous trompons pas d?ordre de grandeur, la diplomatie �conomique est la face �merg�e de l?iceberg. Il ne faut pas oublier la face immerg�e. Le monde de la finance en constitue l?une des parties les lus importantes. C?est le monde le plus opaque et le moins contr�l� de l?ensemble de l?�conomie de march�. Qui note les brokers de Wall Street et de la City ? Et c?est pourtant ce monde-l� qui cherche � vendre aux entreprises les r�gles de conduite sur la transparence financi�re. A ce propos, notons que l?opacit� financi�re de l?�conomie chinoise renforce le caract�re incontr�lable de ces dynamiques informelles. Aujourd?hui, l?Etat fran�ais est tr�s mal arm� pour identifier les man?uvres financi�res mena�ant nos int�r�ts �conomiques. Il n?est pas le seul dans ce cas.

Le r�le de la Web a-t-il chang� les r�gles de la guerre ?

Il est en train de subvertir les r�gles de la guerre cognitive telle qu?elle a �t� pratiqu�e lors du si�cle pr�c�dent. Le faible a de nouveau les moyens de se battre contre le plus fort et m�me de vaincre celui-ci. A c�t� de l?art de l?intoxication pratiqu�e par les Britanniques contre Hitler et de la d�sinformation mise en ?uvre par les Sovi�tiques, l?art de la pol�mique est un nouveau champ d?action sur lequel les Fran�ais n?ont pas fini de surprendre car c?est leur principale culture du combat.

Quel a �t� le feedback de votre bouquin en France et en Europe ?

La cible � atteindre �tait les personnes qui s?int�ressent � la question, en particulier dans le monde de la D�fense au sens large du terme. Leur r�action a �t� plut�t positive. Il reste � sensibiliser la population la plus strat�gique, � savoir les milieux patronaux qui en France en sont rest�s encore � une vision tr�s id�ologique des rapports de force �conomiques (luttes sociales, r�duction des charges fiscales). Abrit�s derri�re le dynamisme de l?�conomie am�ricaine, les patrons fran�ais ont construit leurs sch�mas de pens�e dans le p�rim�tre occidental, sans anticiper les nouvelles formes de rapports de force g�o�conomiques.

Courriel : harbulot@ege.fr
Le livre : http://www.spinpartners.fr/content/view/65/

Sites de r�f�rence
�cole de Guerre �conomique : http://www.ege.fr
Site Infoguerre : http://www.infoguerre.com
Spin-Partners : http://www.spinpartners.fr/index.php


Autres Ouvrages de Christian Harbulot

. La France a-te-elle une strat�gie de puissance �conomique, �ditions LaVauzelle, 2004
. La Guerre Cognitive ? L?arme de la connaissance, Ed. LaVauzelle, 2002
. La France doit dire non, 1999
. La Machine de guerre �conomique, 1992

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