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20.12.05

Le mouvement serbe Otpor : une strat�gie de subversion

Le mouvement serbe Otpor : une strat�gie de subversion

Les guerres ayant d�chir� l'ex-Yougoslavie forgent la conviction, aux Etats-Unis, qu'il faut absolument mettre au pas la Serbie accus�e d'�tre l'initiatrice des conflits. Elle repr�sente un obstacle dans la strat�gie r�gionale am�ricaine d'implantation dans les Balkans. La puissance �tasunienne met en oeuvre une politique bas�e, dans un premier temps, sur la contrainte et la coercition, traduite dans les faits par l'�tablissement d'un embargo �conomique sur la Serbie et l'appui aux r�publiques s�cessionnistes (soutien dans les instances internationales alors que les Russes prendront timidement le parti de la Serbie, envoi de conseillers militaires am�ricains par le biais de soci�t�s priv�es ainsi que d'armes, etc.). L'apog�e de cette politique se cristallise dans la campagne de bombardements de la Serbie par l'OTAN pendant trois mois. Malgr� cela, le r�gime de M. Milosevic reste in�branlable.

C'est alors, que le gouvernement am�ricain d�cide de changer de strat�gie et de se concentrer sur une d�stabilisation du pouvoir serbe par l'int�rieur. Cette option commence d�j� � se d�finir en 1998, lorsque Bill Clinton donne carte blanche � la CIA pour tout entreprendre afin de renverser le gouvernement serbe. Une aide financi�re est octroy�e aux partis d'opposition (leur d�sunion a tr�s longtemps profit� au pouvoir serbe) et aux m�dias ind�pendants. Les municipalit�s d'opposition ne font plus l'objet d'un embargo. Le message est clair : d�barrassez-vous de ce r�gime et nous vous aiderons.

Cr�ation d?Otpor, son id�ologie et recherche de soutiens financiers

Les pr�c�dentes manifestations contre le pouvoir, depuis 1991 et surtout celles de 1996-1997, bien qu'elles aient fait descendre dans les rues des centaines de milliers de personnes se sont montr�e inefficaces s?essoufflent finalement.
Le mouvement d'�tudiants Otpor (r�sistance) n� en octobre1998 saura en tirer les le�ons. Il d�cide de s'implanter dans toute la Serbie et ne pas se cantonner uniquement aux grands centres urbains. Le mouvement est d�nu� de leader mais dispose d'un noyau d'une vingtaine de personnes. La t�che s'av�re difficile du fait de l'�troite surveillance polici�re et du manque de moyens financiers. Pour cela, les dirigeants d'Otpor prennent contact avec les fondations �trang�res. Les Am�ricains, convaincus de leur s�rieux, d�cident de les soutenir principalement � travers l'USAID.
L'id�ologie du groupe sera form�e � travers des s�minaires organis�s par l'International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute (NDI), entre autres. La strat�gie subversive d'Otpor se construit sur le principe de r�sistance non violente tir� des �crits de Gene Sharp. Ce dernier est le th�oricien de la r�sistance non violente. En analysant les diff�rents soul�vements pacifistes dans le monde, il met au point des techniques pour renverser des dictatures en attaquant leurs points faibles. Ces m�thodes seront enseign�es lors d'un s�minaire organis� en mars 2000, � Budapest, par Robert Helvey, colonel am�ricain � la retraite, travaillant pour l'Institut Albert Einstein fond� par Gene Sharp et mandat� par l'IRI aupr�s des membres d'Otpor. Homme d'exp�rience, il a d�j� form�, entre autres, des insurg�s au Myanmar ainsi que des �tudiants chinois � la d�sob�issance civile.


Strat�gie d?Otpor et soft power

Les principes de base du combat non violent sont : l'affaiblissement des piliers du r�gime que sont l'arm�e, la police et les m�dias; l'identification et l'exploitation des faiblesses du r�gime; l'obtention du soutien d'une large frange de la population et m�me des membres du gouvernement; le non recours � la violence qui risquerait d'ali�ner les gens ordinaires et la communaut� internationale. A cela s'ajoutent des tactiques op�rationnelles pour savoir surmonter sa peur face � la police, cr�er des slogans courts et percutants (qui seront d'ailleurs utilis� lors des soul�vements en Ukraine et en G�orgie), pr�parer des gr�ves, user de la d�rision pour discr�diter le pouvoir, organiser des concerts pour r�unir les gens. Pour attirer les personnes �g�es (votant le plus souvent pour Milosevic), Otpor soutient les revendications des retrait�s et fait front commun avec les partis d'opposition. Des fleurs sont offertes aux soldats et � la police lors des manifestations. Le but du groupe est de convoquer des �lections libres et �quitables. La strat�gie d'Otpor est tr�s offensive et s'attaque aux piliers du pouvoir en les divisant par tous les moyens non violents possibles.
Il est � noter qu'Otpor est parrain� par l'ambassadeur am�ricain � Belgrade Richard Miles qui sera affect� ensuite en G�orgie pour coacher Saakachvili avant sa prise du pouvoir. Ce combat asym�trique parvient pourtant � �roder le pouvoir et rallie � sa cause de nombreux citoyens �puis�s et appauvris par des ann�es de privation. De plus, les Am�ricains font miroiter une consid�rable aide �conomique pour remettre le pays � flot en cas de changement politique. La grande force des Am�ricains est leur ma�trise du soft power. En effet, ils utilisent un contre pouvoir issu de la soci�t� civile serbe qui servira leur cause au lieu de tenter d'imposer leurs vues par la force Le changement politique n'en sera que plus facilement accept� puisqu'il provient des Serbes et non pas de l'ext�rieur; il s'agit du choix l�gitime de la population.

La r�volution d?octobre

En juillet 2000, le pr�sident Milosevic d�cide de convoquer des �lections pour sa r��lection au poste de Pr�sident de la Yougoslavie, s�r de l'emporter, il compte ainsi asseoir son pouvoir par les urnes. Convaincu qu'il y a fraude par un d�compte parall�le avec l'appui de l'OSCE et d'ONGs, l'opposition organise des manifestations qui mobilisent des centaines de milliers de personnes dans tout le pays. On retrouve exactement cela en G�orgie et en Ukraine avec chaque fois des organismes internationaux et des ONGs (aux financements am�ricains comme l'Open Society Institute ou la Freedom House) cens�s �tre impartiaux lors du d�compte des bulletins de vote.
L'assaut du Parlement, le 5 octobre 2000, provoque l'effondrement du r�gime. Malgr� des �chauffour�es avec la police, cette derni�re et l?arm�e restent inactives face � l?ampleur du soul�vement populaire. Des manifestants de toute la Serbie participent au renversement du pouvoir en prenant d?assaut les t�l�visions fid�les au r�gime. Les piliers du pouvoir sont ma�tris�s. Cependant, le combat non violent poss�de ses limites car c'est finalement un acte violent qui renverse M. Milosevic. Ce mod�le de r�volution "de velours" sera repris en G�orgie et en Ukraine avec succ�s. Ce seront les membres d'Otpor eux-m�mes qui dispenseront les s�minaires d'initiation aux techniques non violentes. Ces r�volutions sont encadr�es par les Am�ricains qui financent l'opposition et les m�dias. On observe clairement les similitudes dans les m�thodes utilis�es pour en faire de v�ritables mouvements spontan�s populaires. Par exemple, la t�l�vision Roustavi-2, la plus populaire de G�orgie, diffuse plusieurs fois un documentaire sur la chute de Milosevic, alors que M. Chevardnadze est encore au pouvoir. On voit alors appara�tre les m�mes symboles utilis�s par Otpor parmi l'opposition g�orgienne. Les esprits sont pr�par�s.

L?extension des r�volution dans l?ancien bloc sovi�tique

Ces r�volutions sont � l'oeuvre dans bon nombre de pays d'Asie centrale. Les membres d'Otpor qui, d�sormais, sont r�mun�r�s pour leurs services en conseils pour r�volution non violente re�oivent des appels d'immigr�s cubains, du Venezuela et du Liban. Il reste � savoir si ce mod�le subversif est exportable partout. Aleksandar Maric, activiste d'Otpor, pense que cette m�thode ne peut r�ussir que dans des "dictatures souples" c'est � dire avec suffisamment d'espace pour l'existence d'un petite opposition (et donc, de m�dias ind�pendants), c'est pour cela qu'il refuse de travailler � Cuba et que la r�volution a �chou� en Bi�lorussie.
Gr�ce aux r�cents changements politiques en Asie centrale, les Am�ricains avancent leurs pions et renforcent leurs positions aux d�triments des Russes qui peuvent difficilement s'opposer � des r�gimes "d�mocratiques" n�s de r�volutions populaires. Le soft power appara�t comme �tant une arme redoutable dans la strat�gie globale de l'empire am�ricain. Pour l'instant rien ne semble pouvoir la contrer.

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