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20.12.05

Les enjeux de la formation des �lites africaines en France

Les enjeux de la formation des �lites africaines en France

Les solides liens d?amiti� tiss�s sur les bancs des �coles et des universit�s entre les �lites fran�aises et les �lites africaines qui devaient arriver au pouvoir dans les ann�es 1960, ou encore ceux existants entre les militaires blancs de � la Coloniale � et leurs anciens homologues noirs -lesquels seront parfois � l?origine du renversement des premiers pr�sidents africains issus des ind�pendances- ont probablement �t� � l?origine de la relation privil�gi�e qui s?est maintenue entre la France et ses anciennes colonies d?Afrique subsaharienne jusqu?aux ann�es 1990.

Ils ont donc longtemps constitu� une chance, chacun des protagonistes de cette relation franco-africaine en tirant b�n�fice : la France, qui devait trouver dans sa politique d?influence sur le continent une occasion de conserver son rang de � grande moyenne puissance mondiale �, mais aussi les pouvoirs africains, qui firent de la rente d�coulant des politiques bilat�rales d?aide publique au d�veloppement la base d?un compromis postcolonial g�n�rateur de stabilit� qui perdurera quelques d�cennies, bien qu?accept� plus ou moins volontairement par les soci�t�s africaines.

Cette politique africaine se perp�tue tout au long des ann�es 1970 et 1980, certes parce qu?elle sert les int�r�ts de tous, mais aussi parce que les �changes � physiques � entre �lites restent nombreux et participent encore � renforcer la relation : envoi massif de coop�rants fran�ais, accueil d?�tudiants -parfois opposants- et de stagiaires militaires africains dans l?intention d?aider � la formation des arm�es des jeunes Etats, etc. La r�alit� est donc �loign�e de l?image de � barbouzerie � g�n�ralis�e que mettront plus tard en avant les pol�mistes pourfendeurs de la � Fran�afrique �. Force est cependant de constater que c?est la France qui a le mieux profit� de cette relation, et que cette derni�re ne sera jamais condamn�e par la majorit� de la classe politique fran�aise ni au lendemain de l?alternance de 1981 ni m�me quand l?�chec du d�veloppement de la partie francophone du continent deviendra de plus en plus patent (ce constat �tant au demeurant valable pour nombre de pays anglophones et lusophones).

Avec la chute du mur de Berlin, la contestation des r�gimes africains par leur propre population, le g�nocide rwandais, le conditionnement de l?aide � un accord pr�alable avec le FMI et sa constante diminution, les appels � la d�mocratisation qui font douter les dirigeants africains de la r�ciprocit� de leur amiti�, la d�valuation du franc CFA, la part de plus en plus importante des pays d?Afrique non francophone dans l?exc�dent de la balance commerciale fran�aise, le choix de l?Europe plut�t que de l?Afrique comme nouveau multiplicateur de rayonnement et la r�forme du dispositif militaire fran�ais en Afrique, ainsi qu?avec la disparition du minist�re de la Coop�ration, on assiste dans les ann�es 1990 � la d�construction de la relation entre la France et l?Afrique. Et ce � l?heure o�, dans un mouvement exactement contraire, la Grande-Bretagne s?implique sur le continent (cr�ation du DFID, intervention militaire en Sierra Leone?) !

Tout cela, conjugu� � un contexte d?int�gration particuli�re du continent � la mondialisation (seule l?Afrique voit sa part dans le commerce mondial r�gresser, passant de 3% � 1% en une d�cennie), d?affaiblissement de l?Etat, voire d?instabilit� ou encore de conflit intra-�tatique, ach�ve de consommer le divorce entre la France et la partie francophone du continent. Un �loignement peu profitable � l?espace francophone si l?on en juge � l?aune de l?expansion des syst�mes de conflit sur le sous-continent (Afrique des Grands Lacs, Afrique centrale, Afrique de l?Ouest). Les autoflagellations des bien-pensants auront pour cons�quence d?aggraver le mal, l�gitimant les politiques de restriction d?attribution des visas d?�tude et autres tracasseries administratives qui vont dissuader les �lites d?Afrique francophone de poursuivre leur formation en France, tandis que celles qui s?ent�tent � obtenir le pr�cieux s�same n?ont alors souvent pas les moyens mat�riels de vivre en France faute de bourses d?Etat. Ce qui n?a pas manqu� de cr�er un foss� d?une d�cennie entre �lites fran�aises et africaines.

Or les attentats du 11 septembre 2001 et peut-�tre plus encore les �v�nements de C�te d?Ivoire am�nent la r�implication -multilat�ralis�e- de la France en Afrique, et plus particuli�rement dans sa � zone d?int�r�t prioritaire �. Dans ce nouveau contexte, le souvent long maintien au pouvoir des pr�sidents d?Afrique francophone et les solides amiti�s qu?ils ont nou�es avec les �lites politiques fran�aises au cours de l?exercice de leur mandat ne manqueront pas d?impliquer d?office la France dans des successions qui se profilent � court terme (pour des raisons biologiques �videntes) et qui se r�v�leront d?autant plus difficiles qu?on peut les assimiler � la remise en question des contrats et des �quilibres sociaux qui s?�taient �tablis au lendemain des ind�pendances. Et quand bien m�me ces obstacles seraient surmont�s, quels interlocuteurs restera-t-il � la France si les jeunes �lites africaines qui succ�dent aux � �l�phants � sont celles qui ont �t� form�es ailleurs que dans l?Hexagone pendant les ann�es 1990 ? Tous ces arguments sont le meilleur plaidoyer pour que Paris cesse de ne consid�rer comme interlocuteurs valables que les �lites africaines et s?int�resse aussi aux jeunes soci�t�s civiles africaines. Plaidoyer aussi pour que la France, plut�t que de laisser se perp�tuer la discrimination qui frappe ses jeunes d?origine africaine, fasse le maximum pour les int�grer et que les mieux form�s tout comme ceux qui ont gard� un lien fort avec l?Afrique deviennent ses relais avec le continent, comblant ainsi le foss� des ann�es 1990. Loin d?�tre une menace, ils constituent une opportunit�.

Nicolas Berembaum

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